Parfois l’eau bleu-vert

Parfois mettre ses lunettes roses ne change rien. Parfois il pleut trop, parfois il fait trop gris, trop froid.

Parfois il faut conjurer le sort, revenir sur ses pas et affronter le passé. Y mettre du sien, faire un effort, effacer, ranger dans un coin ce qui ne peut être oublié. Faire la paix.

Accepter de déposer son fardeau sur le ponton avant de poser le pied sur le pont en teck du bateau vert menthe. Sentir le vent emmêler ses cheveux, les gouttes d’eau rouler sur sa peau. Assourdie par le bruit du moteur, grisée par la vitesse, le souffle coupé par la beauté.

Ne pas voir venir le coup de soleil sur le nez.

Plonger en criant dans l’eau bleu-vert.

Renaître, jusqu’à la prochaine fois.

 

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Place du XX août

J’ai pris le train ce matin-là comme tant d’autres, toutes les années d’avant. Mais au lieu de tourner à droite après le square, j’ai continué tout droit. J’ai marché dans les rues à l’heure où l’odeur de javel remplace peu à peu celle de la bière qui déborde, mêlée à celle de vomi et d’urine.

Je suis entrée dans le bâtiment vieux et sale, il sentait la poussière des livres, les larmes et la sueur. J’ai fait la file comme tout le monde, dans cette grande salle où les tables étaient disposées en U. J’ai écrit mon nom et celui de mes parents. J’ai écrit Faculté de Philosophie et Lettres, et puis en dessous Philologie Germanique. J’ai tendu mon diplôme, ma carte d’identité, peut-être un extrait d’acte de naissance aussi, je ne sais plus. L’argent que mon père m’avait confié. J’ai pris les papiers que la dame m’a tendus, je les ai rangés dans ma pochette. J’ai dit merci, et au revoir.

Je suis ressortie, un peu sonnée, mais fière. J’avais dix-huit ans, et je venais de décider de ma vie. Mon premier grand pas dans l’inconnu, pleine d’espoirs et de naïveté.

J’ai retraversé la Place du XX août dans l’autre sens.

Nous étions le 20 août 1993. Il faisait chaud.

J’avais signé pour des années de poussière des livres, de larmes, et de sueur. J’ai repris le train pour rentrer, et je crois que je suis allée manger une glace avec mon amoureux, comme si rien n’avait changé.

 

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La jolie boîte à Manzanista

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J’ai toujours aimé faire les choses à contre-courant. Laisser pousser mes cheveux quand Garance les coupe en prenant le monde à témoin. Repasser mes housses de couettes quand Elisabeth me dirait que ça s’apparente à de l’esclavage. Trouver les ballerines ultra moches et peu flatteuses pour la silhouette quand les blogueuses mode pavanent en Repetto. Couper twitter quand il y a apparemment #adp à la télé.  Manger de la raclette un 15 août quand mon slim me souffle que ce n’est pas une bonne idée, même si ça pèle en Haute-Savoie.

Et puis, surtout, partir en vacances quand tout le monde en revient. J’adore. Attendre le dernier moment. Prendre l’autoroute à contre-flux. Déballer un cadeau inattendu, dans sa jolie boîte vert pomme.

 

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Renoncer pour un temps au mojito, trop vu, trop connu, trop attendu. Et craquer pour un nouveau cocktail au goût fruité de pomme verte, frais et acidulé, super simple à réaliser soi-même pour épater les copines, j’ai nommé le Manzanista. Mon verdict: ultra frais, ultra gourmand, ultra fille!

 

 

8 cl de Manzanita Marie Brizard*

8 cl Eau gazeuse

1 Quart de Citron Vert pressé

2 Tranches de Concombre

2 Feuilles de Basilic

 

Remplir un verre ballon de glaçons.
Ajouter le concombre et le basilic.
Remplir le verre à moitié de Marie Brizard Manzanita et à moitié d’eau gazeuse.
Ajouter 1/4 de citron vert pressé.
Mélanger à l’aide d’une cuillère ou d’une jolie paille.

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*Créée en 1755 à Bordeaux, Marie Brizard s’est initialement développée via la célèbre anisette. La Manzanita®, liqueur de pomme verte à 18%, est lancée en 2001.

 

Je t’offre un verre? Un voyage à Barcelone?

Pour le lancement de ce nouveau cocktail, Marie Brizard lance un concours avec un week-end à Barcelone à gagner et 50 kits cocktail « Manzanista » dans leur jolie boîte verte (jusqu’au 30 novembre). Trouve les ingrédients du Manzanista cachés dans l’image (astuce: tu peux te faire aider de tes mômes, ils vont adorer – le jeu, pas le cocktail, hein).

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Pour plus d’informations sur la Manzanita et son cocktail de l’été, rendez-vous sur la page Facebook MANZANITA.

 

 

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 L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

 

 

 

Orphelins

Merde, Robin, j’aime pas faire ça. Ecrire à chaud. Ecrire un truc qui va fleurir partout, un peu comme le marronnier de la rentrée, celui de Noël ou celui des résolutions de janvier. Ecrire mainstream.

Mais Robin, les trentenaires sont tous orphelins ce matin, tu comprends ?

Un peu comme à la fin de Friends. Un peu comme avec Kurt Cobain, quand on déchirait nos jeans et que ça emmerdait nos parents (leur faute, ils avaient qu’à accepter de nous les acheter troués. Enfin, moi, ma mère, elle réparait les trous, te dire la honte). Un peu comme quand Antenne 2 est devenue France 2, tu sais. Ou que Raider est devenu Twix. On s’est sentis cons, et bien seuls, d’un coup.

On était un peu tous amoureux de toi, Captain. Bon et aussi de tes étudiants hein. On avait quatorze ans, on était au collège, y avait toi, et puis y avait Ethan Hawke, aussi. Alors évidemment.

Alors ça changera rien, que tu sois plus là, concrètement. Tu nous as donné le meilleur de toi, déjà. Tu nous as fait rire, pleurer, et aussi grandir. Tout est là, gravé sur des bobines. De toi on n’oubliera rien. Mais savoir que tu n’es plus là, à l’autre bout du monde, putain, ça nous fait un choc quand-même. Regarder derrière l’écran, ça fait toujours mal.

Va falloir qu’on pense à grandir, maintenant, Jack.

C’est malin.

 

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Wonderland

Je dis souvent que j’emprunte des routes désertes chaque matin pour aller au travail. C’est faux.

Il y a le chien qui fait sa première sortie du matin, quand les matous se décident à rentrer récupérer de leur nuit de vadrouille. Il y a le lièvre surpris qui détale à perdre haleine. Les vaches lèvent un œil (bovin, évidemment) et retournent à leur rumination. Après le carrefour, Maître Goupil veille sur son domaine. S’il savait que quelques kilomètres plus tôt, j’ai effrayé un faisan de toute beauté. Il daigne s’ôter de ma route, pas trop vite, c’est le maître des lieux. Son cousin, quelques centaines de mètres plus loin, est plus véloce : il traverse la route ventre à terre, a-t-il comme moi aperçu le lapin blanc se faufiler entre les tiges de blé coupé ?

Je tourne à droite, en direction de la rivière. Dans le champ humide, deux hérons cendrés font la causette. Je longe l’eau, les familles de canards se succèdent, les cygnes se font des signes (forcément), les oies cancanent, sans doute la trouvent-elles fraîche ce matin. Je remonte, traverse la forêt, prête à sauter à pieds joints sur le frein si d’aventure une biche trouvait l’herbe plus verte de l’autre côté, mais pas ce matin, pour une fois. Dans le pré à droite, le troupeau de poneys haflinger dort encore, tête-bêche et queues rythmées comme des pendules.

La ville, enfin, et ses drôles d’animaux en costume, ses bécasses perchées sur talons-aiguilles.

 

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Devant nous l’étendue des possibles

La voiture a disparu derrière la haie tandis que nous agitions nos mains, et j’ai refermé la porte de la maison et contemplé le vide. Esquissé un pas de danse. Que ce fut bon de retrouver le calme. Devant nous l’étendue des possibles quand on n’a plus que deux enfants au lieu de quatre, le temps d’une semaine.

Que ce fut étrange ce premier repas, trois assiettes seulement, une seule conversation au lieu de quatre qui se croisent bruyamment au milieu des verres d’eau renversés et du rab de pâtes maman s’il te plaît.

Que ce fut doux ces câlins du soir sans devoir se partager. Que ce fut simple de partir sur un coup de tête manger des tomates cerises avec quelqu’un de chouette ♥, rentrer trop tard et ce n’était même pas grave.

Que ce fut émouvant d’entendre leurs voix joyeuses au téléphone, heureux loin de nous, heureux sans nous, la semaine multisports (le trampoline le judo le bowling l’escalade la piscine la journée à vélo le grand jeu en forêt le saut en « parachute » du toit du gymnase ça fait même pas peur et c’est trop trop bien ici maman), les cousins, les cousines, les quatre cents coups, les nuits à faire les fous dormir c’est pas pour nous.

 

Home

 

***

Que ce fut bon d’entendre son cri suivant mon coup de sonnette, que ce fut doux de la retrouver, peau hâlée et cheveux en bataille, boule chaude se pendant soudain à mon cou. Que ce fut drôle de le voir arriver, l’air de ne pas y toucher, grandi, les genoux noirs d’un jeu mystérieux entre camps ennemis répartis dans les jardins de la ruelle, m’embrasser quand même, avant de filer à nouveau défendre son poste en haut de la cabane construite par son oncle – et ne réapparaître qu’à l’odeur des crêpes.

Que ce fut dur de sonner la fin de la récré, de les convaincre de monter dans la voiture, les vacances étaient finies, il fallait rentrer. Pendant deux heures, leurs récits croisés, temps de parole mesurés et répartis équitablement, ont rythmé les kilomètres de bitume, avant que soudain le silence quand le sommeil les prit tous les deux.

Que ce fut beau au petit matin de regarder les retrouvailles de la fratrie, les yeux encore gonflés de sommeil, les cris de joie, les câlins qui débordent à nouveau des bras, les jeux, les petits et les grands, ensemble.

Que ce fut émouvant de les voir à nouveau reprendre leur place, comme si rien n’avait changé, et pourtant, plus riches d’avoir vécu sept jours intensément sept jours uniques et construit des souvenirs bien à eux.

Que ce fut évident que nous ne sommes vraiment au complet que quand toutes les chambres de la maison sont pleines, tous les lits occupés, toutes les conversations emmêlées.

 

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Christel, dix-sept ans

Je crois qu’elle s’appelait Christel, je ne me souviens plus de son nom. C’était du temps où les filles s’appelaient Stéphanie ou Nathalie ou Valérie, et la seule audace consistait à enlever deux lettres à un prénom pour le rendre original.

Nous avions lu Eugène Savitzkaya cet automne-là, nous avions dix-sept ans. L’auteur nous avais fait l’honneur d’une rencontre, au cours de laquelle il avait lu des passages de son dernier livre. Nous avions ensuite, réparti les thèmes et préparé des petits exposés suite à notre lecture à présenter devant la classe, et ce matin -là, c’était au tour de Christel.

Elle portait un jeans et ses éternelles Converse, un T-shirt blanc, et un gilet noué autour desa taille. Comme nous toutes en pareille posture, à quelques exceptions près, elle n’était pas très à l’aise. Pour autant que je m’en souvienne, l’exposé avait été clair et s’était bien déroulé. Les élèves n’avaient pas eu de questions, et avaient noté de manière positive sa prestation. La professeure avait ensuite donné son opinion.

J’ai complètement effacé de ma mémoire comment elle en était arrivée à commenter la tenue de Christel, qui se dandinait encore d’un pied sur l’autre  devant la classe. Comment, et surtout pourquoi. Pourquoi elle avait insisté sur ce gilet sombre noué à la taille, questionné la volonté de masquer les hanches naissantes, et, partant, de se cacher elle-même? Nous étions en 1992 et j’entendis Christel avouer d’une voix blanche devant la classe suspendue à ses lèvres qu’elle se trouvait grosse, qu’elle n’aimait pas ses bras, trop dodus.

Le silence de la classe se fit pesant, les regards baissés. La sonnerie nous délivra toutes. Nous étions au cours de français et une élève venait d’être humiliée non en raison de son travail médiocre mais de son apparence.

Parfois le matin, quand je vois mes bras dans le miroir, je pense à Christel, dix-sept ans.

 

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