Les amoureux de Bonporteau

Les amoureux de Bonporteau

L’amour dure trois ans et après sont venus les enfants. On s’est un peu oubliés, Antoine et moi, entre les biberons et les couches, les devoirs du soir, les samedis piscine et les dimanches tennis. On a tenu bon. Julien et Chloé étaient gentils, travaillaient bien à l’école, et, à part quelques portes claquées, ils ne nous ont pas posé de soucis. Julien veut être avocat, Chloé sera bientôt médecin. J’appréhendais un peu ce moment où nous nous retrouverions à deux. J’avais tort. Nous sommes plus complices que jamais, et redevenus amants passionnés. Nous prenons goût au luxe du temps partagé. Etre simplement côte à côte. Nous sommes venus si souvent sur cette plage quand les enfants étaient petits. C’est drôle de s’y retrouver sans eux. Nous emmènerons peut-être bientôt nos petits-enfants. Mais avant, encore un peu de temps pour nous deux. Les amoureux sont seuls au monde tandis que le monde court autour d’eux.

 

Sylvie s’est couchée dans le sable, a posé sa tête sur ma cuisse et fermé les yeux derrière ses lunettes fumées. Elle est toujours aussi belle. Je lui lis un paragraphe du roman que j’ai emporté ce matin mais ma tête est ailleurs. Nous sommes le 5 mai. Ca fait trente ans. Trente ans aujourd’hui que j’ai pris sa main pour ne plus la lâcher. Dans la file au supermarché, je la serre contre moi.  Ce soir, nous boirons un verre de vin, nous danserons sans doute un peu au salon, enlacés, et je la porterai dans mes bras jusqu’à notre chambre.

 

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Les amoureux de Bonporteau

On croit toujours que la vie est toute tracée quand on se retrouve devant l’autel à vingt-quatre ans. On avait prévu d’acheter une maison, d’avoir des enfants. Deux. Un garçon et une fille, forcément. Pour rire, on les appelait César et Rosalie. On n’était pas trop pressés. On ne s’est pas inquiétés au début. On a acheté la maison, et puis Jean était si fatigué. Quand le docteur a prononcé le mot terrible, Jean m’a serré la main tellement fort, j’ai cru qu’il me brisait les doigts. Deux mois plus tard, c’était fini. Il avait trente ans. J’ai beaucoup travaillé ensuite, pour oublier, pour ne pas avoir le temps de penser. Quand Antoine m’a abordée, ce soir-là à l’opéra, pour me rendre mon étole qui avait glissé par terre, je n’ai pas su quoi dire. J’avais oublié comment les humains se comportent entre eux. Il m’a fallu tout réapprendre. Antoine a été un professeur patient et doux. J’ai appris que la vie est rarement linéaire, j’ai appris à refaire confiance, j’ai appris que l’amour est tapi là, le plus souvent sans qu’on s’en doute. J’ai réappris le bonheur.

Viviane et moi nous étions séparés avec fracas -Viviane et Antoine, quelle rime ridicule! -  et c’est en vidant les cartons dans mon nouvel appartement que j’avais retrouvé cet abonnement à l’opéra que je lui avais offert pour son dernier anniversaire. Ce soir-là, on donnait le Cosi fan tutte de Mozart, et j’avais dû me forcer à sortir, cela faisait des semaines que je me terrais dans mon trou, entre deux vies, entre deux eaux. Je prenais un verre de champagne au foyer après la représentation quand j’ai remarqué Sylvie, seule, qui regardait par la fenêtre les lumières de la ville. Son étole avait glissé par terre, laissant apparaître sous la robe décolletée un dos d’une blancheur troublante. Je me suis approché, et elle s’est retournée au moment où je ramassais l’étoffe soyeuse. Mes mains se sont attardées une seconde de trop sur ses épaules tandis que je la replaçais. Nous avons pris le temps. Chaque soir désormais je contemple son dos tandis qu’elle se déshabille au bord du lit.

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Les amoureux de Bonporteau

On ne vit qu’une fois. Je ne suis pas malheureuse avec Daniel, mais depuis le temps, la routine s’est installée, on ne partage plus grand chose si ce n’est le crédit de la maison qu’il a absolument voulu faire construire il y a deux ans. Il voyage beaucoup, et maintenant que les enfants sont grands, je passe beaucoup de mon temps libre dans les musées. C’est là que j’ai rencontré Antoine, de passage à Paris. Avec lui, tout est simple. Daniel est à Singapour. J’ai rejoint Antoine dans le sud. Si les enfants savaient! Je suis sûre que Chloé comprendrait. Julien, lui, prendrait certainement le parti de son père. Antoine et moi partageons la passion de la littérature. Nous passons des heures à faire la lecture à l’autre. Dans la file du supermarché tout à l’heure, il a passé son bras autour de ma taille. Je me sens femme. Je me sens jeune.

Les femmes ne sont jamais restées avec moi. Je crois que je ne suis pas fait pour la vie à deux au long cours. J’aime bien trop ma liberté pour m’attacher. Elles le sentent, je suppose. Je n’ai jamais cherché à les retenir. Pourtant je sens bien que j’aime un peu trop la compagnie de Sylvie. Elle m’a plu dès que je l’ai vue. Le vert de ses yeux – et son alliance. Je compte chaque minute de sa présence comme les plus précieuses de ma vie. Je regarde ses pieds jouer avec le sable, ses cuisses fines, sa peau si douce, sa voix si jolie aux intonations presqu’ enfantines quand elle me fait la lecture. Demain, elle s’en ira retrouver sa vie, et il me faudra oublier son rire. Ou peut-être qu’elle reviendra?

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Le monde parallèle

Ne pas déborder. Garer sa voiture entre les lignes, comme chaque matin, sans dépasser. Parcourir les kilomètres de couloirs gris, le carrelage sable sans faire résonner trop les talons. Les portes vitrées, les entrées sécurisées, les bureaux de verre.

Rien ne doit transparaître. Ne pas faire de vagues. Aquiescer, toujours. Protester mollement, parfois, pour la forme. Ne rien montrer. Ne pas se laisser atteindre. Ne pas dévoiler qu’on est atteint tout de même, parfois. Sourire impassible collé aux lèvres, même quand les cils battent trop vite. Regarder dehors et respirer. Donner le change.

Entrer ses mots de passe, justifier son identité protégée. Etre une autre, pour quelques heures. Etre celle qu’on me demande d’être. En mission commandée – rétribuée. Les doigts sur le clavier en pilote automatique. Ne pas flancher, ne pas pleurer, ne pas rire trop fort, ne pas s’énerver, ne pas s’emporter, ne rien raconter, ne rien laisser échapper, ne rien dévoiler au dehors. Se taire, toujours. Ne jamais se révolter.

Regarder parfois par la fenêtre les avions s’envoler et la vie continuer, irréelle. Les tenues légères, les enfants qui courent, les couples qui s’embrassent à l’heure des retrouvailles,  alors qu’au dedans tout est climatisé, aseptisé. Chacun sa place et que rien ne dépasse.

Je ne suis rien d’autre qu’un bon petit soldat, huit heures par jour, dans ce monde parallèle.

Chaque jour à dix-huit heures, je fais ma révolution.

 

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Rosarum rosis rosis

les ongles géranium dans mes sandales le parfum des roses les sorbets à la cerise les pastèques l’odeur de l’humus après l’orage les robes légères les jupes qui tournent le thé glacé les kilomètres à vélo le clapotis de l’eau le bleu de la piscine le doré des blés l’orage qui zèbre le ciel les trombes d’eau l’herbe coupée la promenade d’après dîner les envies d’ailleurs les verres qui brillent à le lueur des bougies à la citronnelle le bruit des talons sur la jetée les jeux des enfants les cahiers au feu les chamallows fondus les cartes postales les siestes dans le hamac les bébés hirondelles les arcs-en-ciel le bruit des glaçons dans la citronnade le goût du sel sur la peau la fraîcheur au petit matin le soleil déjà les soirées qui n’en finissent pas le sommeil qui ne vient pas la maison qui se vide les amis qui passent les fenêtres ouvertes les rideaux qui dansent les petites nuits les fruits rouges la glace qui coule sur les doigts le nez collé à la fenêtre où coule la pluie les photos à trier les larmes un peu les mots qui se bousculent les talons à la main les pieds nus maintenant la nostalgie des étés d’avant les surfinias la clématite les hortensias les braises encore rouge dans la pénombre les tentes au jardin le tuyau d’arrosage les cascades de rire les bombes à eau le catsitting les salades le goût des tomates mûres les limaces au potager la balançoire les cailloux dans la rivière les projets fous les kilomètres ton bras sur mes épaules rester à quai rêver quand même

 

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Au moins une fois dans sa vie

Migrants. Pour ne pas dire réfugiés, ni immigrés, avec tellement d’espoir encore dans leurs corps fatigués. Pour ne plus les voir, on invente un mot qui ne veut rien dire. Migrants. Surtout, ne vous arrêtez pas chez nous, on ne sait quoi faire de toute votre misère.

Nous, c’est l’été, on veut s’entasser sur l’autoroute du sud et sur les plages de la Grande Motte, boire des pastis, jouer aux boules et danser sur Maître Gims, reluquer le cul de la voisine de serviette, pas les bidonvilles de Calais. Cachez cette faim que je ne saurais voir.

 

L’Indien venait de comprendre qu’il avait devant lui les vrais aventuriers du XXIème siècle. Ce n’étaient pas les navigateurs blancs, dans leurs bateaux à cent mille euros, leurs courses à la voile, leurs tours du monde en solitaire dont tout le monde se foutait sauf leurs sponsors publicitaires. Eux n’avaient plus rien à découvrir.

Ajatashatru sourit dans la nuit. Il voulut lui aussi, au moins une fois dans sa vie, faire quelque chose pour quelqu’un d’autre et non plus seulement pour lui-même.

 

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Romain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Le Dilettante, 2013.

 

 

Il est midi pile, tu tentes ta chance?

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Si je te dis midi, tu penses manger, et tu as bien raison. Ou virée super rapide au Zara du coin, promis, juré, je n’achète rien, c’est juste pour voir s’ils ont des robes (oui, ils ont des robes. Plein.) (ah ah ah).

C’est pas très joli pour la pleine conscience ni le commerce écolo-équitable, mais on n’est pas tous les jours des filles parfaites, c’est trop fatigant.

 

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On peut aussi jouer, à midi pile. Ou quand on veut, sur MidiPile. L’idée? Chaque jour à midi pile (forcément), on découvre de nouveaux produits, on s’inscrit (c’est gratuit, youhou), on partage si on a envie, et surtout, on reçoit une chance à tenter. Qu’on décide de miser sur le produit du jour, s’il nous tente, ou sur un autre jeu encore en cours.

Si on ne gagne pas, on peut aussi profiter des bons plans de la marque. Ou retourner chez Zara, juré, promis, c’est pas pour moi, c’est pour les gosses. (Mais ils ont des robes. Plein.)

Cette semaine par exemple, on a découvert des csométiques bio, des chaussures qui financent la musique, des bijoux faits main,…

Toutes ces petites choses jolies qu’on repère sur les blogs des filles qui savent, ou sur Pinterest, toutes ces envies, ces cris du coeur, ces J’EN VEUX! , ces boutiques ultra tendance déco – mode – high-tech -food – beauté et ces éditions limitées, on peut les gagner d’un seul clic!

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Midipile, c’est aussi un blog de dénicheurs de tendance, avec de jolies photos et des objets waouw, puis aussi la recette des popsicles mojito, alors forcément…

 

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Pour les Parisiennes, Midipile organise parfois des boutiques éphémères (ça s’appelle pop-up store quand on est branchouille et fluent de l’anglais): quelque chose me dit que ça sera bientôt the place to be de la blogueuse qui fait #hiiiiii et #want tout le temps.

 

Coucou partenariat

Et pour les têtes en l’air, y a la petite pub là juste à droite dans la colonne, avec le décompte du temps qui te reste pour remporter un objet. Si tu es des millions à cliquer chaque jour, il se peut que je gagne 3 centimes, je l’avoue. Je l’ai mise parce que je trouve le concept vraiment sympa, et qu’il peut te faire gagner des trucs sympas et gratuits, et que les CM de Midipile sont environ les plus choux de la terre. Absolument pas pour le gain éventuel et minimal.

Toutes les photos proviennent du blog de Midipile.

 

 

 

La valse à mille temps

J’ai trois ans quand je chante la danse des canards en remuant le bas des reins pour te faire rire.

J’ai cinq ans quand j’aligne avec toi les pions du jeu de l’oie.

J’ai sept ans quand j’ai peur si le film se passe un peu trop dans le noir.

J’ai sept ans quand je te vois dans ton tutu rose, perchée sur tes demi-pointes, une mèche folle s’échappant de ton petit chignon blond.

J’ai dix ans quand tu me racontes en chuchotant pour ne pas que tes soeurs l’entendent, que Jean-Kevin t’a encore dit nique ta mère dans l’escalier de l’école. J’ai envie de rire très fort et je pense tare ta gueule à la récré mais je te dis que c’est bientôt fini, vendredi les vacances.

J’ai treize ans quand ce joli garçon te regarde d’un peu trop près, et passe comme toujours depuis des années la main dans tes cheveux.

J’ai quinze ans quand nous hurlons comme des forcenées aux concerts où nous allons encore ensemble.

J’ai dix-sept ans quand tu fais des projets d’avenir, rêves fous de l’insouciante adolescence où tout est encore possible.

J’ai vingt ans quand je danse jusqu’au petit matin.

J’ai vingt-cinq ans quand on sort le soir et qu’on rentre trop tard, en oubliant qu’on a des enfants.

J’ai vingt-sept ans et le rose aux joues sous le regard de mon amoureux.

J’ai trente ans quand on taille une minijupe pour l’hiver aux blogueuses mode nounouilles avec les copines.

J’ai trente-deux ans quand je déjeune avec ma collègue qui me fait toujours des compliments.

J’ai trente-quatre ans quand je trouve que j’ai un peu pris, là, non?

J’ai trente-cinq ans quand je supprime les photos de moi qui ne me semblent pas très flatteuses (toutes).

J’ai trente-neuf ans quand je remplis les papiers du consulat. Et sur mon permis de conduire.

J’ai quarante ans l’année prochaine.

Je n’ai pas d’âge pour mes enfants.

Je n’ai pas d’âge pour mes parents.

J’ai cinquante ans quand je ne comprends rien au mode d’emploi du lecteur DVD.

J’ai soixante ans quand je repose mes fesses sur le vélo de mes dix-huit.

J’ai quatre-vingt-quatre ans quand le réveil sonne chaque matin à six heures.

J’ai cent ans, je danse une valse à mille temps.

 

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Pour Shaya.

L’autre fille

Sur la photo, je souris. J’ai les cheveux très longs, et lisses. Je porte un jeans moulant, un T-shirt blanc, des Converse que je porte comme toujours pieds nus et qui font puer des pieds. C’est l’été, on aperçoit le jardin de la résidence étudiante par la fenêtre de ma chambre du premier étage. J’ai vingt-deux ans. Dans mes yeux, l’insouciance. J’ai passé une année de liberté et de livres, de sorties et de travaux à rendre au petit matin, de rencontres et d’expériences. Dans un an, tout cela sera fini. Je serai rentrée au pays, rentrée dans le rang.

Longtemps je me suis imaginé que je ressemblais à cette photo, que c’était l’image que les autres avaient de moi. Ça m’arrangeait bien. Combien de temps ai-je souri comme sur cette photo ? Combien de temps l’insouciance encore ?

J’ai repensé à cette photo il y a quelques jours, avec une certaine tendresse. J’ai souri. Je ne suis plus cette jeune fille sur le fil ténu qui sépare l’adolescence de la vie adulte. Depuis quand ai-je basculé de l’autre côté? Sur cette photo, ce n’est plus moi. C’est une autre fille, qui ne sait rien encore de la suite, qui ne connaît pas le mot resposabilités. Ce n’est plus moi, c’est une autre fille, dans une autre vie.

Aujourd’hui mes hanches se sont un peu arrondies, mes yeux cernés, mes traits durcis, j’ai les cheveux plus courts. Voilà pour la photo. A l’intérieur, j’ai arrondi quelques angles, j’ai changé de colères, je me suis adoucie, j’ai appris à entendre d’autres voix que la mienne, j’ai choisi d’être heureuse plutôt que d’avoir raison.

J’ai enfin accepté de vieillir, je crois. Il était temps.

 

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