Huguette

Le ciel et la mer sont assortis dans un camaïeu de gris ce matin-là alors que nous explorons à pied les voies sans issue de la colline cossue, jetant des coups d’oeil furtifs à travers les haies pas encore très fournies pour la saison, espérant apercevoir villas élégantes et piscines azur.

Elle devait nous guetter, Huguette. Elle surgit de son jardin aussi vite que ses maigres jambes le lui permettent. Elle dit qu’elle attend le facteur, comme pour s’excuser de nous être tombés dessus – enfin quelqu’un à qui parler, ne serait-ce que quelques minutes. Nous sommes en vacances, et nous sommes heureux de lui offrir ces quelques minutes de compagnie.

Huguette est toute fluette, elle frissonne dans son gilet. Se plaint du temps, qui n’est pas comme les autres années, tellement froid. Nous sourions.

-Vous n’avez pas froid, vous?

-Non, il fait doux pour nous. Gris, mais pas froid.

-Ne me dites pas… Venez-vous de là haut?

Ses yeux délavés par le temps s’éclairent quand nous acquiesçons. Huguette a vécu toute sa vie dans notre région, elle est née là bas, tout en haut.. Elle conte en quelques mots son mari militaire, décédé il y a quatre ans, la vie de garnison, les enfants, quatre, à élever seule, au gré des missions de son officier de mari, la retraite dans le sud, cette grande maison, trop grande désormais, puisque les enfants sont partis, ou restés là bas, la solitude, aujourd’hui. L’argent que coûte l’entretien du jardin, avec cette glycine flamboyante, magnifique. La dame de service, qui vient préparer son repas, elle l’attend, il n’est que dix heures, mais elle l’attend, aujourd’hui ses jambes ne la portent plus, impossible de préparer à manger.

-J’ai quatre-vingt-dix-neuf ans, ajoute-t-elle, plus lasse que fière.

Ses yeux se posent à nouveau sur les enfants. Qu’elle trouve bien propres sur eux, et bien polis. Elle complimente l’un sur ses joues rouges, l’autre sur sa jolie coiffure. Leur dit combien être mère est difficile, qu’ils ont de la chance que je veille sur eux. Les recompte encore, les trouve nombreux, avant de se rappeler qu’elle aussi en a élevé quatre. Elle leur dit qu’ils sont beaux, et bien gentils. Ils sourient, elle sourit aussi, et leur dit encore.

Huguette est fatiguée maintenant. Elle mélange un peu, recommence son histoire. Evoque à nouveau son mari, et l’on peut ressentir le vide qu’il a laissé, ce compagnon de toute une longue vie. Huguette a froid, nous lui conseillons de rentrer maintenant. Huguette oublie qu’elle attendait le facteur, ou quelqu’un, n’importe qui, et se résout à regagner sa maison. Du perron, elle nous regarde nous éloigner, et nous lui faisons signe, au revoir, Huguette, à l’année prochaine, pour vos cent ans! Mais Huguette n’attend pas ses cent ans, elle attend la délivrance, la fin de ces jours identiques, le bout de ces heures si longues, quand on a fait le tour de sa vie.

 

 

ClaraBulle, ma veste de portage cocorico (cadeau)

J’ai enfanté un bébé koala. A l’insu de mon plein gré. Qu’ils me semblent loin déjà les premiers mois où Ultime était collée à moi jour et nuit. Qu’il me semblaient éprouvants alors ces jours et ces nuits. Pourtant, pas un instant je n’aurais imaginé la confier, la céder, la coller à un autre. Qu’il est bon pour l’égo de se sentir indispensable – un peu moins pour le dos, je te l’accorde.

Alliée indispensable de la mère d’un bébé koala: une écharpe de portage, celle qui convient le mieux à son mode de vie. Alliée indispensable de la mère d’un bébé koala vivant au-dessus d’une certaine latitude, voire carrément comme moi, dans un igloo: la veste de portage.

Pour toi, ami lecteur, j’ai pu tester une veste de portage de la marque ClaraBulle dans les conditions extrêmes: dans ma rue. Je rigole. En vrai, j’ai commencé par me familiariser (en deux secondes chrono) avec ma veste en faisant le tour de Troupaumé en Cambrousse un jour de janvier et de grand vent. Ca rigolait moyen, j’avais mis Ultime en combi pilote dessous, et elle s’est endormie… en bas de l’allée de la maison. Après, j’ai emmené ma veste Cali Calo Stella à la montagne. J’ai aussi emmené Ultime, pour pouvoir porter ma veste (quel boulet, c’était même pas nécessaire, vu que l’insert dédié au portage est amovible – mais je te rappelle que j’ai un bébé koala – à moins que je ne sois une maman koala – bref).

Je l’ai prise en tout noir et en XL, pour que le Jules puisse la mettre, mais je suis pas folle, jusque là, j’ai refusé de lui prêter. Elle est en polaire toute douce, conçue et fabriquée dans le sud de la France, avec des matières premières également fabriquées en France. J’avais le chaud patriotique, en somme. IMG_2201

Après j’ai eu le chaud énergique et puis solaire, aussi.

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En vrai, pour rien au monde je n’aurais troqué nos balades quotidiennes et solitaires sur les pistes de ski de fond contre tout le fromage à raclette du monde.

Depuis, il neige un peu moins – quoique. Mais ma veste continue de m’accompagner partout, de la balade postprandiale quotidienne au cours de poney des grands.

J’ai aimé particulièrement:

-la matière polaire toute douce et bien épaisse qui ne laisse pas passer le vent

-la qualité des finitions, notamment les fermetures éclair qui ne coincent jamais

-l’élastique qui permet d’ajuster la veste sous les fesses du bébé

-la flexibilité de la veste qui permet un portage ventre ou dos

-la coupe qui fait sport mais pas trop, adaptée en toutes circonstances

-le grand choix des coloris et des longueurs selon la morphologie de chacun

-les poches immenses qui permettent d’y glisser un tas de trucs en plus des mains: paquet de mouchoirs, smartphone, clés de voiture,…

-le col relevable pour protéger la nuque de bébé en cas de vent

-la possibilité d’enlever l’insert d’un coup de fermeture éclair pour porter la veste sans bébé

-le contact et le conseil personnalisé

-la conception et la fabrication françaises

J’ai moins aimé:

-l’absence de notice d’utilisation pour le portage dos, j’avoue être une quiche qui s’y prend toujours au dernier moment, et je n’ai toujours pas pris le temps d’étudier la question – ni compris le système de pressions du col à l’arrière

-l’absence de système pour fixer le col relevé en cas de vent

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Et comme l’hiver semble ne devoir jamais finir, ou pour le prochain, Cécile de ClaraBulle offrira à deux d’entre vous un lot coordonné d’écharpes adulte + enfant en polaire toute douce, coloris au choix. Pour participer, tu seras gentil d’aller faire un tour sur le site de ClaraBulle, et tu reviens me dire quel modèle/coloris de veste te plaît le plus (comme ça hop on fait un sondage non facturé à l’Elysée). En plus, tu t’apercevras que ClaraBulle a également d’autres produits éco-responsables accompagnés d’une vraie réflexion derrière.  Tirage au sort mercredi 10 avril, 20 heures.

Veste offerte par ClaraBulle

Edit: profitant du beau soleil ce dimanche, Ultime a testé la promenade en version dos. Parfait et simple, même pour une quiche (même si je n’ai toujours pas compris à quoi servent les pressions en diagonale du col.

 

 

Edit du mercredi 10 avril: Les deux gagnantes des lots d’écharpes sont Adèle et Laurianne. Bravo à vous, et désolée pour les autres, notamment celles qui ont cru qu’une veste était en jeu! Lisez bien les modalités des concours avant de participer!

Quatre petites heures

Pas plus tard qu’hier matin, j’ai compris un truc. Un truc de filles, surtout. Un truc qui explique pourquoi il est très important d’avoir un périnée en béton, et accessoirement pourquoi plein de filles sont abonnées aux cystites comme leurs homologues masculins au Grand Prix du dimanche.

Les gosses confiés au bus scolaire, un besoin naturel me rappela que le thé -oublié sur un coin de la table et donc froid- bu une heure avant était arrivé à destination. Tout en me dirigeant vers les lieux d’aisance, je gagnai un quart de seconde en dégrafant déjà ma ceinture et… tombai dans une faille spatio-temporelle.

En chemin j’aperçus un doudou crasseux qui m’adressa un regard me suppliant de le confier à la machine à laver pour quelque temps. Oui, mais pas tout seul. Je fis donc demi-tour et entamai la tournée des paniers à linge sale dans les chambres. Je redescendis trier le tout. Démarrai une machine. Préparai les autres. Passai un coup de balai dans la buanderie. Avisai l’évier qui avait bien besoin d’un coup de propre. Allai chercher de quoi le nettoyer. En profitai pour emmener au garage les bouteilles à recycler. Retournai à la buanderie laver l’évier. Remplis le flacon distributeur de savon liquide – après avoir été à la cuisine chercher les ciseaux nécessaires à l’ouverture de la recharge. Rapportai les produits d’entretien dans l’armoire adéquate. Passai devant le feu de cheminée qui avait bien besoin d’être nourri. Allai chercher du bois. Entendis mes pas crisser sur le sol, décidai de passer l’aspirateur. Découvris qu’il faisait franchement cracra dans la cuisine. Décidai de passer la serpillère. Après avoir posé les chaises en hauteur, donc rangé la table du petit déjeuner. Donnai à manger au lapin qui manifestait dans sa cage. Ce qui me fit penser que les mésanges aussi avaient faim, dehors. Allai chercher la nourriture des piafs, accrochai des élastiques aux boules de gras, et les boules au lilas, dehors. Saluai la voisine, de loin (j’avais pas le temps de faire causette, j’avais besoin de pisser, je te rappelle). Rentrai laver le sol. M’aperçus que des petits doigts avaient fait des smileys dans la buée des fenêtres. Lavai les fenêtres. Finis de laver le sol. Retournai à la buanderie. La machine avait fini. Allai au jardin étendre le linge. Démarrai une seconde machine. Croisai quelques paires de chaussures à ranger. Trébuchai sur un sac de sport abandonné dans le couloir. Jurai. Rangeai le sac de sport. Rangeai les chaussures. Descendis les chaises de la cuisine de la table. Mis de la crème pour les mains. Rechargeai le feu. Ouvris au facteur qui avait un colis pour toi, lectriçounette (un jour, bientôt)(soupire). Constatai que le lave-vaisselle répandait son eau sur le sol de la cuisine fraîchement lavée. Soupirai. Me retins de pleurer. Essuyai le sol. Terminai la vaisselle à la main. Répondis au monsieur des portes et fenêtres Closlhuis que non, merci, je n’avais besoin de rien. Ecoutai le répondeur, tant qu’à faire. Rangeai la vaisselle. Avisai l’horloge. Préparai à manger pour le retour des enfants. Descendis en courant jusqu’à l’arrêt de bus pour les accueillir.

Entendis un gling gling suspect.

Merde, ma ceinture.

 

Coupable.

Tu disais toujours

Tu disais toujours que quand on a eu très peur, il faut faire pipi sur une pierre bleue. Chez moi, il n’y a que des carrelages vieux et moches, alors je suis restée là, plantée sur mes deux pieds, avec comme un grand trou qui s’ouvrait en dessous.

Tu allumais toujours une bougie quand tu voulais penser à quelqu’un qui passait un moment difficile. Quand je passais mes examens d’histoire de la littérature allemande, tu mettais même une image de Sainte-Rita (patronne des cas désespérés, on savait rire chez nous) juste à côté. Ca avait même fini par marcher. Moi, j’ai pas osé. D’abord, j’avais pas besoin de bougie pour penser à toi. Et puis, surtout, surtout, j’avais bien trop peur qu’elle s’éteigne.

Tu tenais toujours ma main pour traverser quand j’étais petite. Et moi, j’ai serré la tienne si fort, pour te retenir. Pour ne pas que tu traverses pour de bon la ligne blanche. Elle était froide, si froide, ta main. Et pourtant elle serrait la mienne à son tour, comme pour me dire "je reviendrai", quand tes yeux ne s’ouvraient plus. Comme pour t’accrocher à la vie que tu avais donnée, il y a si longtemps.

Tu m’as attendue de longues heures, la première fois où j’ai découché. Et nous, on a attendu, aussi, de longs jours, que tu nous reviennes. J’ai caressé ta main, j’ai caressé ton front. Pas une ride. Tu étais si belle, maman. Peu importe les tuyaux, les machines. Je ne les voyais pas.

Tu n’as pas compris quand j’ai quitté la maison trop vite, sans explication. Et moi, je me suis sentie à ma place quand je suis entrée dans le box où tu gisais, petite chose inconsciente et immobile. Il fallait que je sois là, c’est tout, peu importe les kilomètres de bitume que j’ai avalés en quelques jours. Et moi, j’ai pleuré quand j’ai dû lâcher ta main, m’en retourner vers les miens, avec le sentiment de t’abandonner. Je t’ai confiée à mes frères.

Tu as ouvert des yeux las, quelques secondes, comme pour t’assurer que nous étions auprès de toi. Comme pour nous rassurer. Tu reviendrais, mais tu avais besoin de temps. Nous étions là, fatigués, hagards, les yeux mouillés, souvent.  Chacun à notre tour, on t’a juré de te sortir de là. Le reste du boulot, c’est toi qui l’as fait. Pas à pas. Tu as encore plein de ces pas à faire, mais à chaque jour suffit sa peine. Et papa est là, qui veille sur toi, d’un peu plus près qu’avant encore,  peut-être trop, mais comment le lui reprocher.

Tu me racontais des histoires de ton enfance, quand je me glissais dans ton lit, le soir, quand papa rentrait tard. Et moi, je t’ai raconté ces jours qui te manquent désormais. Et tu as ri, tu disais que je me moquais de toi, tu ne voulais pas me croire. Et après tu répétais "Quelle aventure!" de ta voix désormais rauque, de ton souffle fuyant.

Tu as compris qu’on vivrait notre vie, tous les trois, sûrement différente de celle que tu avais imaginée, mais pas pire, même si on faisait souffler un vent de rébellion dans les convenances. Tu as appris à te suffire de notre bonheur. Et moi, j’ai compris que même à trente-sept ans, même quand on se croit blasée, différente, éloignée, grande, une maman, ça se cache toujours au fond du coeur, histoire de faire coucou, je suis là, comme quand j’étais petite.

Maman, on est tellement fiers de toi.

Waiting

La vie en couleurs (dans ma télé)

Ce printemps-là, je fis un tout petit mensonge qui allait m’occasionner une honte cuisante dont je me souviendrais encore plus de vingt ans plus tard. J’avais à peu près treize ans, et chez nous, pas de Téléviseur Sony dernier cri, mais un vieux poste noir et blanc  – et parasites, pas très souvent allumé. Nul besoin de se lever pour changer de chaîne, nous n’en captions qu’une, avec notre antenne préhistorique sur le toit. Chez mes camarades de classe, le poste familial était bien sûr en couleurs, et évidemment relié au câble qui leur donnait accès notamment aux chaînes françaises.

Il ne m’en coûtait pas de ne pas connaître Dorothée et ses Musclés, le Capitaine Flamme qui n’est pas de notre galaxie, ni Goldorak. J’avais les Schtroumpfs, ils étaient tous bleus, même en noir et blanc, j’étais donc comblée, et gardais mon secret honteux pour moi. Jusqu’au jour où je dus éluder la demande d’une copine de classe que j’avais invitée pour l’après-midi: nous ne pourrions pas regarder Charles Ingalls, et j’ignorais totalement la couleur de la prairie où était plantée sa petite maison, même si j’avais bien une petite idée sur la question. Je fus bien forcée d’avouer qu’en matière de télé, nous en étions restés aux années soixante, lorsque les familles se réunissaient chez leurs voisins pour assister au Journal Télévisé.

Un jour pourtant, la chaîne nationale diffusa le chef d’oeuvre du moment, Jean de Florette, suivi de Manon des Sources, la semaine suivante. Ces deux soirs là, je crois que le pays entier était devant son petit écran. J’avais eu le droit de veiller tard. Le lendemain, dans la cour du collège, on ne parlait que du film. Pour une fois, je pouvais prendre part à la discussion. C’était sans compter sur la perfidie des filles de treize ans,et notamment celle qui avait vu l’antiquité qui trônait dans mon salon, face au canapé en velours côtelé marron, et au papier peint à grosses fleurs orange et vert (j’ai eu une enfance particulièrement difficile, tu en conviendras). Je ne sais à quel propos j’en vins à prétendre que oui, oui, moi aussi, j’avais vu le film en couleurs, parfaitement, sur le nouveau Téléviseur Sony familial sans doute -  j’avais tellement honte. Suspicieuse, elle me porta le coup fatal en me demandant de préciser la couleur du ruban que Daniel Auteuil coud sur son coeur…

Bleu. Le ruban est bleu. Plus de vingt ans après, je me sens encore rougir tandis qu’aucun son ne sort de ma bouche et que mes copines me dévisagent comme une bête curieuse, celle qui n’avait pas la télé en couleur en 1988, avant de se détourner et d’oublier cet épisode en même temps que ma petite personne.

Cette histoire a vingt-cinq ans. Le temps pour nos télés de vivre une véritable révolution technologique, entre écrans plats et intelligents, programmes à la demande, et images tellement réalistes que tu croirais pour un peu avoir invité Brad Pitt à dîner – il adore la blanquette de maman. Dingue, non?

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Bliss

J’ai senti la morsure du froid et la caresse du soleil sur ma peau.

J’ai senti le noeud dans mon ventre peu à peu se défaire et mon corps lâcher du lest, doucement, laisser retomber la pression et s’offrir aux virus, plier pour mieux renaître ensuite.

J’ai senti l’air pur de la montagne emplir mes poumons et les nettoyer, mon sang circuler à nouveau librement et redonner vie à mon corps.

J’ai senti mon esprit s’alléger à mesure que mes pas s’imprimaient dans la neige fraîche.

J’ai senti la vie gagner du terrain, tandis que les rires de mes enfants emplissaient l’espace.

J’ai senti le bonheur simple comme une boule de neige, un tire-fesses pris sans tomber, une piste dévalée sans s’arrêter.

J’ai senti la fierté un peu niaise des médailles gagnées, des premières cuillerées de légumes avalées avec appétit.

J’ai senti le plaisir d’un goûter partagé, du pain, du fromage, de l’authenticité. Du gâteau surprise au dessert.

J’ai senti la félicité, cet état où l’on a envie de fixer l’instant et de ne surtout plus rien changer, jamais.

J’ai senti le rire attendri des enfants dans mon dos, quand, chaque soir à la même heure, je m’exclamais "Encore une excellente journée!".

J’ai senti mon nez rougir un peu sur la terrasse, il était temps de rentrer, reprendre la vie là où on l’avait laissée une semaine avant, mais plus forts de ce que nous avions partagé.

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Le premier jour où… je suis allée à une boum

Il y a longtemps loin d’ici, dans une autre vie, celle où les collèges non mixtes existaient encore, il y avait une petite trentaine de filles dans ma classe. Et c’était chouette. Ca ne nous empêchait pas de lorgner sur les garçons du collège voisin, qui souvent nous attendaient à la sortie, mais c’était chouette d’être entre filles. L’absence de jeu de séduction, de rapport de forces entre les sexes était reposante – même si je suppose que six cents dindes qui caquètent ne devaient pas être de tout repos pour nos professeurs.

En ce temps-là, on invitait encore quelques copines chez soi pour fêter son anniversaire. Pas de sortie en ville, pas de cinoche, pas de McDo. Les mamans préparaient une fondue et nous laissaient seules à la grande table de la salle à manger, et se retiraient dans la cuisine en fermant la porte. Sans doute prenaient-elles aussi un petit coup de vieux en même temps qu’un coup de rouge pour faire passer.

Un jour, je devais avoir quatorze ans, une de mes amies me convia ainsi qu’une petite dizaine de condisciples. Une fois les bougies soufflées, nous avons alors envahi le salon, repoussé les lourds fauteuils, fermé les rideaux, et posé un disque vinyle sur la platine. Je n’ai plus aucun souvenir des chansons qui passaient à l"époque, mais je dansai cet après-midi là mon premier slow dans les bras d’une camarade de classe.

Certes, j’ai été adolescente dans un autre temps. Ma Collégienne a, pour ses dix ans, organisé une boum d’enfer, avec moult décibels, boule à facettes et jeux de lumières, il y a bientôt deux ans. Enfin, je crois qu’on ne dit plus "boum" aujourd’hui. Sur l’invitation, elle avait écrit "Bikini Party". Et un slow, elle a du mal à s’imaginer ce que c’est. Comme un vinyle.

bikini party