De cette vie qui est un fabuleux cadeau

Un autre temps, un autre vie déjà depuis ces jours que recouvrait la nuit. Déplacer légèrement les curseurs de ma vie, remettre les choses à leur place doucement, sans heurts, juste un peu d’eau salée qui lave tout. Le regard désembué enfin, réaliser que tout le monde va bien, croire à nouveau que rien ne peut nous atteindre. A tort bien sûr, mais l’optimisme a toujours été la meilleure des thérapies. On verra bien quand ça nous tombera dessus. En attendant, jouissons. De la chance d’être tous là, bulle mouvante et déformante selon les jours, selon les nuits. De leurs mains qui se glissent encore dans les miennes sans prévenir. De mon doigt qui dessine un cœur sur une épaule bronzée salée. De cette vie qui est tout de même un fabuleux cadeau. De ce bonheur qu’on provoque. De nos coeurs qui chavirent. De la beauté.

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Cette année encore la chance inouïe et le pouvoir magique du Sentier des Douaniers du Cap Corse, comme un pèlerinage, balayé par le vent tellement violent qu’il nous coupe le souffle et emporte la peine. Leur apprendre dans la poussière et la chaleur ces mots de l’Amoureux qui me portent depuis des années maintenant : « nulle montagne n’est infranchissable, il suffit de poser un pied après l’autre, inlassablement ». Leur dire la vie c’est comme les montagnes. Lui offrir ces mots comme le cadeau le plus précieux qu’on m’ait fait, et lui transmettre à mon tour pour ses quinze ans. Laisser pleurer la fille de l’île dans mes bras, et pleurer avec elle. Lui dire qu’elle a le droit de s’effondrer, de tomber sur le chemin, et que nous serons là pour l’aider à se relever. Lui dire, souviens-toi du Sentier, toujours. Pour la première fois lui dire à une fille que je l’aime, et le penser tellement fort que mon départ ressemble à un abandon. Rentrer et reprendre sa vie là où on l’avait laissée, mais avec, imperceptiblement, ce petit supplément d’âme dedans.

On devrait toujours avoir un coin de bleu dans sa vie, qu’il soit de la mer ou du ciel. Ou des deux. On devrait toujours avoir un endroit secret, un billet d’avion, un ticket de train d’avance. Une évasion possible. Un rêve.

Nous repartons tous ensemble demain, ailleurs, d’autres montagnes, d’autres sommets, parce que la vie fait des surprises, surtout à ceux qui ne les attendent pas. Après, au-delà, d’autres rêves, toujours.
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A toi, qui sais. Merci, tellement. 


Corse: le Sentier des Douaniers

J’avais besoin de solitude, de silence et de beauté. J’avais besoin de bleu et de soumettre mon corps à l’effort pour que mon esprit s’apaise. J’allais avoir quarante ans quelques jours plus tard, et tout se bousculait un peu dans ma tête. Je n’ai rien trouvé de mieux que le Sentier des Douaniers à la toute pointe nord du Cap corse pour me mettre à l’épreuve. Là, la Corse cache un de ses joyaux les plus purs, inaccessible par la route, réservé à ceux qui n’hésitent pas à mouiller le débardeur et couvrir les mollets de poussière ocre.

 

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J’ai rempli mon sac à dos des indispensables: crème solaire,  un litre d’eau, de quoi grignoter, une carte IGN, un maillot de bain et un bon livre. A mes pieds, mes Salomon qui en avaient vu d’autres. Au port de Macinaggio, j’ai embarqué à bord d’une navette maritime (réservation obligatoire) à destination du minuscule port de Barcaggio. Une petite heure de navigation commentée, et agrémentée par les cris des cormorans, à travers la réserve naturelle des îles Finocchiarola, ponctuée par le bon conseil du commandant de bord: « dans le doute, choisissez toujours le sentier le plus à gauche, ne vous engagez jamais dans le maquis, on mettrait plusieurs jours à vous retrouver ».

 

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J’ai fait le tour du minuscule port de Barcaggio, et j’ai dit adieu à la civilisation, direction plein sud. Ramassé un caillou de serpentine qui orne depuis mon bureau, grimpé toujours plus haut d’où le camaïeu de bleu nous coupe le souffle, redescendu les chemins escarpés, traversé les genêts, évité les lézards qui traversaient sans prévenir, traversé un troupeau de vaches nonchalantes, enlevé mes chaussures pour marcher dans l’eau fraîche du début mai, lu sur la plage, et repris enfin ma route pour Macinaggio (il y a un délicieux glacier artisanal en face du port…)

 

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Comptez environ cinq heures de marche, à partir de 10-12 ans. 


Eloge du rien

Ce samedi-là, l’agenda était encore plus serré que les autres. Les enfants enchaîneraient qui une audition publique de danse, qui des examens de musique. Les parents ne se croiseraient que sur la route du conservatoire – réussissant même l’exploit de s’arrêter à mi-chemin, chacun d’un côté de la route, pour s’échanger Ultime tels de vulgaires trafiquants d’enfants.

Il est revenu ébloui par la grâce de sa petite ballerine de sept ans et demi. Elle a partagé le stress, souri pour encourager, eu le ventre noué, et, comme toujours, les larmes aux yeux en entendant les notes filtrer sous la porte de la salle d’examen, écouté les commentaires toujours bienveillants des jurys, félicité les héros du jour, séché les larmes du stress qui retombe, fait des muffins aux pommes et à la cannelle qui font tout oublier aussitôt que leur parfum s’échappe du four.

Le soir venu, un barbecue avec des amis, sous une pluie tellement forte que les sardines auraient pu venir à la nage, serrés à l’intérieur, le soleil était sur la grande télé où défilaient les photos de cette grande aventure de l’été dernier. Bien sûr on s’est couchés trop tard, bien sûr un peu trop avinés, bien sûr Ultime s’est malgré tout levée bien trop tôt, et il a fallu ruser pour qu’elle n’aille pas sonner du clairon chez ses frère et soeurs. L’après-midi, nous avons promené nos jolis habits du dimanche dans les allées d’un concours hippique très chic, admirant la technique, l’élégance et la fougue réunies, nous enflammant pour les cavalières plutôt que les cavaliers, attendant chaque obstacle le coeur battant, laissant nos glaces à la fraise fondre et couler sur nos mains.

Dimanche soir, il a eu ce mot qui m’a laissée songeuse: « Encore un week-end où on n’a rien fait! » Rien, comprenez les corvées le ménage les courses les travaux de rénovation les obligations qui font ressembler nos journées à des marathons. Rien. Rien. J’ai tellement aimé ne rien faire ce week-end. Ce rien plein de nous, ce rien plein de temps qui file et peu importe puisque nous sommes ensemble, ce rien si plein de tout.

 

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Un autre été

On avait mis nos jolies robes et nos sandales neuves ce dimanche-là. Il était tôt pour un dimanche mais nous étions grimpés de bon coeur dans la voiture. Sur le parvis les invités s’attroupaient déjà, s’embrassaient en riant, heureux de se revoir. Nous avons attendu les retardataires, copieusement applaudis à leur arrivée. Nous avons écouté les discours, les remerciements, les mots d’amour et d’engagement. Il est des couples dont l’amour rayonne tellement qu’il en éclabousse leur entourage. Oh bien sûr, la vie ne les a pas gâtés plus que d’autres, loin de là. Mais chaque jour qui passe ils ont à coeur de faire le bonheur de l’autre. Et c’est très très joli à regarder. Nous avons écouté Louise jouer la Comptine d’un autre été au piano, et j’ai pleuré, découvrant à cette occasion que non seulement je pleure quand mes enfants jouent, mais je pleure aussi quand les enfants de mes amis jouent. J’ai l’âme en crue, moi aussi, que voulez-vous. Nous avons tenté de nous serrer tous, pour rentrer dans le cadre d’une photo souvenir, dans un joyeux brouhaha.

 

 

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Ils nous avaient donné rendez-vous dans ce lieu si cher à notre adolescence à tous. Devant le point de vue, nous tentions désespérément de raconter la légende du Géant et nos exploits peu recommandables de l’époque à nos enfants, qui eux, avaient surtout faim. Mais pour nous, les jours heureux de l’insouciance étaient là, devant nos yeux. Le temps d’avant, le temps des possibles, le temps des équations à mille inconnues.

Ce dimanche-là, on riait un peu devant nos photos d’il y a vingt ans, qu’elle avait disposées en noir et blanc tout le long de la grande table nappée de blanc. Nous avions bien un peu vieilli, tous, échangeant sur les affres de la gravité, la sournoiserie des cheveux blancs et des grossesses qui grignotent les attributs et nous laissent des réserves que nous jugions disgrâcieuses. Nous mesurions cependant notre chance de nous voir vieillir réciproquement, vingt-cinq ans après notre rencontre, et de reprendre nos dicussions là où nous les avions laissées, juste après les présentations de nos derniers-nés.

Dans l’après-midi le tonnerre se mit à rouler, les éclairs à zébrer le ciel, mais l’orage s’en fut sans entacher la perfection de la journée. Sur la terrasse à l’étage, juste avant de nous quitter, nous parlions du sourire qui caractérise cette famille, cette chaleur, cette attention à l’autre qui se fait si rare, leur porte toujours ouverte. La quarantaine nous avait certes un peu volé de notre fraîcheur, mais elle nous avait, à tous, apporté cette capacité de se concentrer sur l’essentiel.

 

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Vingt-et-un virgule zéro neuf sept cinq, puisqu’ici on aime mieux les lettres que les chiffres.

C’était l’automne 2014 et les copines Marie et Sabine me narguaient avec leurs baskets fluos, elles rayonnaient, je les enviais un peu. Je me suis dit que si moi aussi j’achetais des chaussures roses, je vaincrais la malédiction des poumons trop petits et du coeur incertain.

On ne résiste pas aux chaussures roses. Pour faire bonne mesure, j’ai aussi acheté une veste rose: l’hiver pointait déjà le bout de son nez quand je me suis vraiment décidée. J’ai réveillé mon entorse. J’ai attendu patiemment (en jurant beaucoup) janvier. Et puis je me suis dit que j’allais vraiment enquêter et enfin découvrir ce qui nous pousse, tous, à sortir courir par tous les temps (outre les chaussures roses).

J’ai couru. Seule, dans les bois, sur les chemins. J’ai eu mal aux poumons, j’ai eu mal aux jambes. J’ai parfois eu froid, je suis souvent rentrée trempée. Mais toujours avec ce sentiment de victoire, quelle que soit la distance. J’ai couru pour évacuer, pour oublier, ou pour réfléchir, pour penser. Pour me dépasser. Pour m’octroyer un moment rien qu’à moi. Pour sentir le corps qui obéit, qui travaille et qui s’adapte.

Et puis l’envie de partager. L’envie du défi fou, du challenge qui paraît impossible pour moi. Samedi 28 mai 2016, la ligne du départ de mon premier semi-marathon. Avec G. et A., parce qu’il aurait été impensable de faire ce grand pas sans eux. J’ai un objectif avoué: terminer. Et un objectif secret: en 2 heures 30 si possible.

 

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Je pourrais vous dire que j’ai été émue, que j’ai pleuré. La vérité, c’est que j’ai surtout beaucoup rigolé, entre les pipis buissons de dernière minute, le départ donné alors que j’avais complètement oublié ce que je faisais là, les douches surréalistes, les blagues. Les erreurs de débutante. La satisfaction de voir les kilomètres s’enchaîner sans souffrance.

Nous partons doucement, le parcours est très vallonné dès le départ. G. assure l’ambiance parfois un peu mollassonne derrière les barrières de sécurité. Il fait chaud et moite, au bout d’une heure de course, A. souffre un peu, et je freine pour rester ensemble. Au treizième kilomètre, G. me pousse dans le dos, il dit: c’est maintenant, tu y vas, lâche les chevaux, tu peux encore réaliser ton objectif. J’enfonce mes écouteurs dans mes oreilles, je traverse le parc, les rues du centre-ville pleines de monde défilent, des gens crient mon prénom, tendent la main pour un highfive, je trace ma route, ultra concentrée. Quinzième kilomètre, je sais que le parcours monte en continu jusqu’à l’arrivée. De plus en plus de gens marchent devant moi, je croyais qu’il serait réjouissant de les doubler, mais c’est le contraire: ils me donnent envie d’abandonner moi aussi. Je résiste. La nuit tombe doucement, les côtes s’enchaînent. Dix-huitième kilomètre, je me sens seule, j’ai envie que G. soit là, me file à boire, me fasse rire avec ses chansons cons. Ca monte raide, je l’entends me dire « allez on pousse avec le cul! », je me rends compte que je n’ai mal nulle part, et qu’il est donc hors de question d’abandonner si près du but. Je me paie le luxe d’un petit sprint sur les trois cents derniers mètres, enfin à plat. J’arrive seule, je ne réalise pas vraiment, personne ne saute à mon cou en hurlant en même temps. Je savoure ma première médaille officielle en attendant G. et A. qui arrivent quelques minutes après moi. I DID IT!

C’est ma victoire à moi, celle d’avoir volé du temps au quotidien, celle d’avoir enchaîné les kilomètres d’entraînement seule, par tous les temps. Ce sentiment qui me gagne que tout est possible, si on le veut vraiment, si on s’en donne les moyens. C’est ça le secret du running.  Temps officiel : 2h32’22 » , juste au-dessus de mon objectif. Il va donc falloir recommencer, et… c’est déjà prévu (fin septembre).

 

Merci à ma Supporter Team, vous êtes précieux. 

 

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Bonus ING Night Marathon Luxembourg

Les +

  • -l’organisation au top, le nombre de bénévoles et leur gentillesse
  • -les ravitos tous les 2,5 km
  • -l’ambiance internationale
  • -les encouragements dans les quartiers résidentiels / le centre-ville

Les –

-le parcours très vallonné, avec les 6 derniers km en côte (faut aimer)
-les douches… dehors
-l’ambiance un peu morne sur certaines parties du parcours (quartier européen désert et en travaux)