Le monde parallèle

Ne pas déborder. Garer sa voiture entre les lignes, comme chaque matin, sans dépasser. Parcourir les kilomètres de couloirs gris, le carrelage sable sans faire résonner trop les talons. Les portes vitrées, les entrées sécurisées, les bureaux de verre.

Rien ne doit transparaître. Ne pas faire de vagues. Aquiescer, toujours. Protester mollement, parfois, pour la forme. Ne rien montrer. Ne pas se laisser atteindre. Ne pas dévoiler qu’on est atteint tout de même, parfois. Sourire impassible collé aux lèvres, même quand les cils battent trop vite. Regarder dehors et respirer. Donner le change.

Entrer ses mots de passe, justifier son identité protégée. Etre une autre, pour quelques heures. Etre celle qu’on me demande d’être. En mission commandée – rétribuée. Les doigts sur le clavier en pilote automatique. Ne pas flancher, ne pas pleurer, ne pas rire trop fort, ne pas s’énerver, ne pas s’emporter, ne rien raconter, ne rien laisser échapper, ne rien dévoiler au dehors. Se taire, toujours. Ne jamais se révolter.

Regarder parfois par la fenêtre les avions s’envoler et la vie continuer, irréelle. Les tenues légères, les enfants qui courent, les couples qui s’embrassent à l’heure des retrouvailles,  alors qu’au dedans tout est climatisé, aseptisé. Chacun sa place et que rien ne dépasse.

Je ne suis rien d’autre qu’un bon petit soldat, huit heures par jour, dans ce monde parallèle.

Chaque jour à dix-huit heures, je fais ma révolution.

 

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Rosarum rosis rosis

les ongles géranium dans mes sandales le parfum des roses les sorbets à la cerise les pastèques l’odeur de l’humus après l’orage les robes légères les jupes qui tournent le thé glacé les kilomètres à vélo le clapotis de l’eau le bleu de la piscine le doré des blés l’orage qui zèbre le ciel les trombes d’eau l’herbe coupée la promenade d’après dîner les envies d’ailleurs les verres qui brillent à le lueur des bougies à la citronnelle le bruit des talons sur la jetée les jeux des enfants les cahiers au feu les chamallows fondus les cartes postales les siestes dans le hamac les bébés hirondelles les arcs-en-ciel le bruit des glaçons dans la citronnade le goût du sel sur la peau la fraîcheur au petit matin le soleil déjà les soirées qui n’en finissent pas le sommeil qui ne vient pas la maison qui se vide les amis qui passent les fenêtres ouvertes les rideaux qui dansent les petites nuits les fruits rouges la glace qui coule sur les doigts le nez collé à la fenêtre où coule la pluie les photos à trier les larmes un peu les mots qui se bousculent les talons à la main les pieds nus maintenant la nostalgie des étés d’avant les surfinias la clématite les hortensias les braises encore rouge dans la pénombre les tentes au jardin le tuyau d’arrosage les cascades de rire les bombes à eau le catsitting les salades le goût des tomates mûres les limaces au potager la balançoire les cailloux dans la rivière les projets fous les kilomètres ton bras sur mes épaules rester à quai rêver quand même

 

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Au moins une fois dans sa vie

Migrants. Pour ne pas dire réfugiés, ni immigrés, avec tellement d’espoir encore dans leurs corps fatigués. Pour ne plus les voir, on invente un mot qui ne veut rien dire. Migrants. Surtout, ne vous arrêtez pas chez nous, on ne sait quoi faire de toute votre misère.

Nous, c’est l’été, on veut s’entasser sur l’autoroute du sud et sur les plages de la Grande Motte, boire des pastis, jouer aux boules et danser sur Maître Gims, reluquer le cul de la voisine de serviette, pas les bidonvilles de Calais. Cachez cette faim que je ne saurais voir.

 

L’Indien venait de comprendre qu’il avait devant lui les vrais aventuriers du XXIème siècle. Ce n’étaient pas les navigateurs blancs, dans leurs bateaux à cent mille euros, leurs courses à la voile, leurs tours du monde en solitaire dont tout le monde se foutait sauf leurs sponsors publicitaires. Eux n’avaient plus rien à découvrir.

Ajatashatru sourit dans la nuit. Il voulut lui aussi, au moins une fois dans sa vie, faire quelque chose pour quelqu’un d’autre et non plus seulement pour lui-même.

 

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Romain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Le Dilettante, 2013.

 

 

Il est midi pile, tu tentes ta chance?

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Si je te dis midi, tu penses manger, et tu as bien raison. Ou virée super rapide au Zara du coin, promis, juré, je n’achète rien, c’est juste pour voir s’ils ont des robes (oui, ils ont des robes. Plein.) (ah ah ah).

C’est pas très joli pour la pleine conscience ni le commerce écolo-équitable, mais on n’est pas tous les jours des filles parfaites, c’est trop fatigant.

 

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On peut aussi jouer, à midi pile. Ou quand on veut, sur MidiPile. L’idée? Chaque jour à midi pile (forcément), on découvre de nouveaux produits, on s’inscrit (c’est gratuit, youhou), on partage si on a envie, et surtout, on reçoit une chance à tenter. Qu’on décide de miser sur le produit du jour, s’il nous tente, ou sur un autre jeu encore en cours.

Si on ne gagne pas, on peut aussi profiter des bons plans de la marque. Ou retourner chez Zara, juré, promis, c’est pas pour moi, c’est pour les gosses. (Mais ils ont des robes. Plein.)

Cette semaine par exemple, on a découvert des csométiques bio, des chaussures qui financent la musique, des bijoux faits main,…

Toutes ces petites choses jolies qu’on repère sur les blogs des filles qui savent, ou sur Pinterest, toutes ces envies, ces cris du coeur, ces J’EN VEUX! , ces boutiques ultra tendance déco – mode – high-tech -food – beauté et ces éditions limitées, on peut les gagner d’un seul clic!

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Midipile, c’est aussi un blog de dénicheurs de tendance, avec de jolies photos et des objets waouw, puis aussi la recette des popsicles mojito, alors forcément…

 

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Pour les Parisiennes, Midipile organise parfois des boutiques éphémères (ça s’appelle pop-up store quand on est branchouille et fluent de l’anglais): quelque chose me dit que ça sera bientôt the place to be de la blogueuse qui fait #hiiiiii et #want tout le temps.

 

Coucou partenariat

Et pour les têtes en l’air, y a la petite pub là juste à droite dans la colonne, avec le décompte du temps qui te reste pour remporter un objet. Si tu es des millions à cliquer chaque jour, il se peut que je gagne 3 centimes, je l’avoue. Je l’ai mise parce que je trouve le concept vraiment sympa, et qu’il peut te faire gagner des trucs sympas et gratuits, et que les CM de Midipile sont environ les plus choux de la terre. Absolument pas pour le gain éventuel et minimal.

Toutes les photos proviennent du blog de Midipile.

 

 

 

La valse à mille temps

J’ai trois ans quand je chante la danse des canards en remuant le bas des reins pour te faire rire.

J’ai cinq ans quand j’aligne avec toi les pions du jeu de l’oie.

J’ai sept ans quand j’ai peur si le film se passe un peu trop dans le noir.

J’ai sept ans quand je te vois dans ton tutu rose, perchée sur tes demi-pointes, une mèche folle s’échappant de ton petit chignon blond.

J’ai dix ans quand tu me racontes en chuchotant pour ne pas que tes soeurs l’entendent, que Jean-Kevin t’a encore dit nique ta mère dans l’escalier de l’école. J’ai envie de rire très fort et je pense tare ta gueule à la récré mais je te dis que c’est bientôt fini, vendredi les vacances.

J’ai treize ans quand ce joli garçon te regarde d’un peu trop près, et passe comme toujours depuis des années la main dans tes cheveux.

J’ai quinze ans quand nous hurlons comme des forcenées aux concerts où nous allons encore ensemble.

J’ai dix-sept ans quand tu fais des projets d’avenir, rêves fous de l’insouciante adolescence où tout est encore possible.

J’ai vingt ans quand je danse jusqu’au petit matin.

J’ai vingt-cinq ans quand on sort le soir et qu’on rentre trop tard, en oubliant qu’on a des enfants.

J’ai vingt-sept ans et le rose aux joues sous le regard de mon amoureux.

J’ai trente ans quand on taille une minijupe pour l’hiver aux blogueuses mode nounouilles avec les copines.

J’ai trente-deux ans quand je déjeune avec ma collègue qui me fait toujours des compliments.

J’ai trente-quatre ans quand je trouve que j’ai un peu pris, là, non?

J’ai trente-cinq ans quand je supprime les photos de moi qui ne me semblent pas très flatteuses (toutes).

J’ai trente-neuf ans quand je remplis les papiers du consulat. Et sur mon permis de conduire.

J’ai quarante ans l’année prochaine.

Je n’ai pas d’âge pour mes enfants.

Je n’ai pas d’âge pour mes parents.

J’ai cinquante ans quand je ne comprends rien au mode d’emploi du lecteur DVD.

J’ai soixante ans quand je repose mes fesses sur le vélo de mes dix-huit.

J’ai quatre-vingt-quatre ans quand le réveil sonne chaque matin à six heures.

J’ai cent ans, je danse une valse à mille temps.

 

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Pour Shaya.

L’autre fille

Sur la photo, je souris. J’ai les cheveux très longs, et lisses. Je porte un jeans moulant, un T-shirt blanc, des Converse que je porte comme toujours pieds nus et qui font puer des pieds. C’est l’été, on aperçoit le jardin de la résidence étudiante par la fenêtre de ma chambre du premier étage. J’ai vingt-deux ans. Dans mes yeux, l’insouciance. J’ai passé une année de liberté et de livres, de sorties et de travaux à rendre au petit matin, de rencontres et d’expériences. Dans un an, tout cela sera fini. Je serai rentrée au pays, rentrée dans le rang.

Longtemps je me suis imaginé que je ressemblais à cette photo, que c’était l’image que les autres avaient de moi. Ça m’arrangeait bien. Combien de temps ai-je souri comme sur cette photo ? Combien de temps l’insouciance encore ?

J’ai repensé à cette photo il y a quelques jours, avec une certaine tendresse. J’ai souri. Je ne suis plus cette jeune fille sur le fil ténu qui sépare l’adolescence de la vie adulte. Depuis quand ai-je basculé de l’autre côté? Sur cette photo, ce n’est plus moi. C’est une autre fille, qui ne sait rien encore de la suite, qui ne connaît pas le mot resposabilités. Ce n’est plus moi, c’est une autre fille, dans une autre vie.

Aujourd’hui mes hanches se sont un peu arrondies, mes yeux cernés, mes traits durcis, j’ai les cheveux plus courts. Voilà pour la photo. A l’intérieur, j’ai arrondi quelques angles, j’ai changé de colères, je me suis adoucie, j’ai appris à entendre d’autres voix que la mienne, j’ai choisi d’être heureuse plutôt que d’avoir raison.

J’ai enfin accepté de vieillir, je crois. Il était temps.

 

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La douleur

Elle ne me quitte pas, depuis quatre jours maintenant. Quatre jours et trois nuits. C’est long, quatre jours et trois nuits, quand la douleur vous vrille la tête et brouille la vue.

Cette fois-ci, elle a commencé à droite, deux longues journées: A la fin de la troisième, elle se déplace, en sens inverse de son habitude, vers lagauche, signifiant ainsi que les prochaines heures seront intenses, et puis le vide, enfin, ce vide mou, cotonneux de l’après.

C’est long quatre jours. Au fil de la descente dans la douleur, mes pensées vagabondes, toujours plus profondes, mélancoliques, terrifiantes. Parallèlement, je m’inflige la lecture audio d’Un roman français, de Frédéric Beigbeder, en voiture. Au milieu de la décadence triste de la jeunesse dorée de belle ascendance, quelques réflexions ne me font finalement pas regretter le voyage. Mon mépris se mue lentement en compréhension – parfois, il suffit de m’expliquer les choses. J’aime avoir à changer d’avis, j’aime l’idée d’en être encore capable, et surtout heureuse.

Au bout de quatre jours au tréfonds de moi-même et du noir, je me dis parfois qu’il serait tellement plus facile d’en finir, pour ne plus souffrir, jamais – je crois que c’est au moment de sa garde à vue où Frédéric Beigbeder envisage de se coincer la tête dans le soupirail pour en finir qu’il m’est devenu sympathique. Coïncidence ou synchronicité.

On est terriblement seul dans la douleur. Seul à la ressentir, tandis qu’autour de soi la vie continue, au delà des murs d’incompréhension. Seul à la comprendre. A savoir combien, comment, tout le temps, sans qu’elle nous laisse le moindre répit. Le réveil, implacable, qui sonne et nous ramène à la conscience de la douleur implacable, le corps engourdi de médicaments, mais elle, là, qui cogne encore.

Un jour, quand la douleur s’estompera, il faudra revenir au monde. Sortir de mon côté sombre.

 

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