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Les copains,

 

je sais qu’il est midi et que tu n’as pas encore eu ta lecture quotidienne ici-même.

 

Je t’explique. Je suis occupée à une mission de la plus haute importance – pour ma survie psychologique, il va de soi.

 

Depuis ce matin, 8h37, heure de mon arrivée tonitruante (j’ai tambouriné sur la porte du parking qui ne voulait pas s’ouvrir, j’ai imaginé que personne ne trouve mon cadavre avant 2017, ça m’a un peu pété les nerfs) au Knast, je traque le mail indésirable, le truc qui me pourrit la vie et la touche delete de mon clavier bien trop de fois par jour.

 

Non mais t’as remarqué qu’on te met des filtres à tout, contre tout, et surtout officiellement contre la perversité de l’univers entier, mais que dalle on te protège contre les Madame Irma intempestives qui font sans cesse irruption dans ta vie pour te promettre au choix du flouze ou de la lose, ou plus généralement, comme elles s’avancent pas trop, les astres sont pas très coopératifs en ce moment, « un grand événement ».

 

Bref depuis ce matin, telle une pêcheuse de crevettes avec son petit filet, je chasse le bulot pas frais, je traque le petit lien écrit en gris tout pâle tout en bas, et je me désabonne de tout ce que j’ai jamais demandé.

 

Y compris Voici et Gala, tu te rends compte ?

Y a juste, je me demande s’il est corporately correct de bloquer les mails de BigBoss, ils me saoulent ceux-là aussi. Pis y a même pas de lien pour se désinscrire, en plus. Pffff.

 

J’y retourne, v’là TV Magazine.

PARCE QUE J'AI PAS LA TELE ET QUE TU M'EMMERDES, LÀ!

Féedulogis (c’est ma femme de ménage), je l’aime bien.

 

Bon, d’accord, j’ai envie de l’étrangler avec le tuyau de son aspirateur XXL des fois. Genre chaque semaine. Parce que le grand truc d’une femme de ménage, même si elle vient chez toi depuis presque trois ans, et que tu ne changes pas les meubles de place toutes les lunes, c’est de jamais remettre les trucs à leur place. Pas loin, mais jamais à leur place, comme ça tu vois bien « qu’elle est passée », qu’elle a fait son job. Genre, si le bib du matin se casse la gueule dans le micro-onde, c’est parce que le plateau a été mal remis, mais au moins t’es sûre qu’il a été lavé. Oui, ça va jusque là. Si ça s’arrêtait à foutre le bordel dans mes armoires deux fois par an, finalement, ce serait vivable.

 

Trois ans que ma cuisine est sens dessus dessous chaque semaine. Trois ans que la déco de ma salle de bains est refaite chaque semaine. Pour le reste, je vois pas : j’y suis pas.

 

Mais je l’aime bien. Pire, elle m’est indispensable. Genre, je tremble souvent qu’elle démissionne, comme ses douze collègues avant elle, rapport au foutoir chronique chez nous. Les gamins l’adorent, elle nous dépanne souvent quand on est en rade, et c’est la fête à la maison quand ses enfants viennent babysitter les miens. Puis elle a un lapin nain qu’elle nous prête quand elle part en vacances, comme ça je peux démontrer aux gosses que c’est chiant, un lapin, faut nettoyer la cage. Ouais, c’est mignon aussi. Mais faut nettoyer la cage.

 

Puis surtout, quand Féedulogis part en vacances, elle rapporte des souvenirs. Et comment te dire, Féedulogis et moi, on n’a pas DU TOUT les mêmes goûts.  Et c’est encore pire que quand ta belle-mère que tu vois une fois toutes les années bissextiles t’offre une suspension de plante en macramé, là, tu peux même pas les planquer, puisqu’elle peut vérifier chaque semaine que la chose est toujours bien à sa place, dans la chambre des enfants (oui, je suis lâche).

 

Mais je l’aime bien, Féedulogis. Vraiment.

Prends deux enfants lambda, aka pour l’expérience un Moelleux de presque sept ans et une Pili-Pili d’un peu plus de trois ans, par ailleurs pas trop mal constitués au niveau du gêne marmotte.

 

Tente, du lundi au vendredi, de les réveiller entre sept heures et sept heures et quart, voire plus tard. Tu obtiens ?

 

Au mieux rien, au pire, une grève générale, assortie de rébellion domestique.

 

Attends le samedi. Tente de grappiller quelques minutes de sommeil jusqu’à un indécent huit heures, accord pris la veille avec la Marmaille : SOUS AUCUN PRETEXTE TU RAMENES TA FRAISE AVANT QUE LE LAPIN DU REVEIL SE LEVE, OK ?

 

Bingo, à exactement six heures et cinquante-quatre minutes, la Pili-Pili a un besoin urgent. Et braille dans ton oreille : « MAMAN JE DOIS FAIRE CACAAAAAA ». Comme ça, au moins, c’est clair. Ta grasse mat’ pue du cul. Surtout que son frère l’a suivie, au cas où il manquerait un épisode palpitant de la vie familiale, qui bat son plein à cette heure, c’est bien connu.

 

Attends le dimanche, croyant encore naïvement à un raté intestinal fâcheux. Profite que ton amoureux est exceptionnellement encore sous les plumes pour lui susurrer des trucs qui vont le réveiller tout à fait.

 

Bingo, à exactement sept heures et dix minutes, le Moelleux a soif, va chercher de l’eau, et chuchote à 45 décibels qu’il va voir si par hasard son père serait pas dans la cuisine ou dans la salle de bains, si ce serait pas l’heure de grailler, suivi de sa sœur qui braille QUE NON ILS FONT ENCORE DODOOOOO VIENS VOIR. Dans ta face. Et ajoute que t’es toute décoiffée et que tu sens pas bon.

 

Attends le lundi. Déboule dans la chambre à sept heures tapantes, constate que tout le monde dort à poings fermés, petits salopards, ouvre les volets et braille qu’hier à la même heure, ils jouaient déjà aux agents trotte-menu dans la maison.

 

Savoure ta revanche.

 

Jusqu’au week-end prochain.

 

 

 

 

 

L’autre soir, en démarrant dans le garage du Knast, la Mentalomobile, qui a toujours un truc à me dire au moyen de son petit écran à cristaux liquides (roses, parce qu’on se caille les miches en ce moment), me dit: « Niveau de lave-glace bas ».

 

Ciel. Moi, si j’ai pas de lave-glace pour rouler, ça m’enquiquine autant qu’un string pas stretch : je me tortille sur mon siège. Du coup, si je m’arrêtais à la prochaine station en acheter, puis après, je ferais l’expérience exaltante du remplissage de réservoir lave-glace avec des moufles, juste pour la beauté de la science.

 

Bon, quand je suis arrivée à la station, je me suis dit que tant qu’à faire, j’avais qu’à faire le plein de gasoil, aussi.

 

J’ai une vie passionnante, surtout le mercredi soir.

 

Y avait un peu de monde. Y avait plein de gens avec le coffre ouvert, remplissant des bidons. Je pestai. C’est interdit, c’est dangereux, pis ça prend un temps fou.

Je fis un malaise vagal quand le type devant moi s’en alla en sifflotant, laissant sa voiture sur place, dévaliser la boutique de la station. Douze minutes, le con. Douze. Plus dix avant pour remplir ses bidons ET son réservoir, si tu suis. Donc vingt-deux. Pour pas devoir marcher dix mètres, s’il avait déplacé civiquement sa caisse. Ce genre de comportement me hérisse le poil du mollet d’une force, t’imagines même pas.

 

C’est comme ça que finalement, j’achetai un paquet de Tuc, un paquet de chips Salt’n Pepper que j’attaquai aussitôt (les nerfs ont bon dos), et des mini pizzas surgelées pour les gamins – vu l’heure.

 

J’ai toujours pas de lave-glace.

 

Mais j’ai changé de culotte.

 

 

Oh oui, l'allumette!

Il fallait bien que ça arrive un jour. Oh, je n’étais ni franchement pressée, ni franchement prête. Je m’étais juste juré, il y a bien longtemps de cela, de n’être ni trop tyrannique, à l’image de mes propres parents (ce dont j’avais beaucoup souffert adolescente), ni trop permissive – mais là, je n’avais pas encore pris le temps de définir vraiment mes limites de tolérance.

 

Elle m’avait bien prévenue au téléphone, en rentrant du Collège, une heure plus tôt :

-Maman, Zoé m’a offert trois paires de boucles d’oreilles !

-Oh, mais comme c’est gentil-mignon ! avais-je répondu, moitié distraite, moitié heureuse que ma Collégienne ait de chouettes copines.

-Tu sais, je lui avais offert les savons-cœurs, pour Noël.

 

Ensuite, nous parlâmes d’autre chose – d’endives au gratin de midi (trop bon) et d’œufs à la florentine (c’est quand que t’en refais ?), exactement, et j’oubliai l’anecdote.

 

Quand je rentrai à la maison, elle sortait de la douche, et sous ses boucles mouillées…

 

-AAAAAAAAH, mais qu’est-ce que t’as à tes oreilles ?

-Ben, je t’ai dit, maman, c’est Zoé qui…

-Ah, euh, oui, euh…

-Je les trouve trop belles !

-Oui bon, hein, euh, je suis pas sûre que j’aie envie de te voir au Collège avec ça…

 

Si je tiens le Chinetoque qui a créé ces horreurs...

Et là je me frappai mentalement. Quelle importance !

 

Oui mais quand même, dix ans à lui inculquer le bon goût, et elle trouve ça beau  ? Désespoir et consternation. En même temps, laisse-la s’affirmer, elle n’a plus quatre ans. Oui mais merde, quoi, nous on s’affirmait en Converse, à son âge. En Stan Smith pour les plus rebelles! Eh merde!  Laisse la grandir, laisse la grandir….

 

Je te laisse, faut que je prépare la parade pour le jour où elle se radine en string. En attendant, je vais lui mjoter un truc à base d’allergie et de danger d’infection, hin hin hin.

 

Putain de revival des années punk.

 

 

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