Une bulle de légèreté?

 

Je devisais l’autre jour avec beaucoup de légèreté sur un sujet grave qui remue pas mal d’histoires pas trop rigolotes chez nombre d’entre nous.

La question de la légitimité de ma légèreté s’est imposée à mon esprit a posteriori, quand la vie réelle s’est rappelée à moi. (Dois-je te rappeler que le blog est un roman (certes relativement autobiographique) dont la Fille aux yeux couleur menthe à l’eau est le personnage principal ?)

Un peu dans le style du « peut-on rire de tout ? », même si pour ma part c’est franchement un truc qui ne me fait pas rire. Je précise, si besoin est, que le sujet de mon billet était bien cette propension que nous, les filles, avons décidément pour transformer le moindre événement de la vie en excuse pour nos débordements shopping.

Le cancer nous touche tous. Le cancer, et puis toutes les autres calamités diverses qui nous pourrissent la vie. A nous ou à nos proches. A nous donc à nos proches. A nos proches donc à nous.

Faut-il pour autant en perdre sa légèreté ?

Sans jamais manquer de respect à ceux qui mènent ce combat difficile, ni à ceux qui les accompagnent tout aussi courageusement, je crois que porter leur deuil avant l’heure serait leur faire offense.

Que notre douleur affichée s’ajoute encore à la leur. Et que, quand le temps vient à nouveau où nous en sommes capables, une bulle de légèreté allège peut-être un tout petit peu leur fardeau.

La légèreté comme un pied de nez au destin. Parce qu’à côté, la vie et son cortège de joies et de peines continue.

La légèreté comme une furieuse envie de vivre au présent, avant qu’un futur pas toujours simple ne nous attrape.

La légèreté comme une parade, une façade qui cache les fissures, aussi.

Parce que disserter sur le choix idéal du vernis de pieds est tellement plus simple que de dire adieu à ceux que l’on aime.

La légèreté pour museler la rage, la colère, la révolte,  masquer le désespoir, l’impuissance.

 Je n’oublierai jamais l’image de ma fille de six mois jouant avec une orange sur le lit d’hôpital sous les yeux plissés de sourire de ma grand-mère chérie qui devait décéder quelques jours plus tard. Ni le regard de ma nièce de onze ans en aplasie semblant s’excuser de nous imposer la vue de son crâne chauve et de son corps décharné. Je lui ai dit qu’elle était si belle: on ne voyait plus que son sourire, oubliant le reste. 

A L., J., D., R., M, F., R., A., A., L., M., S., C., E. , J., C. et tant, trop d’autres…

Les commentaires

bbflo

Je pense que cette « bulle de légèreté » est vitale. Parce que sans ça, la vie serait juste infernale. D’autant plus que le cancer est un sujet parmi d’autres. Et par ailleurs, pour ceux qui souffrent ou ont souffert, et puis pour les autres aussi, notre entourage, nos enfants, on n’a pas le droit de ne pas vivre pleinement.

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BBT

Soyons légères pour puiser la force d’affronter la réalité, il le faut pour nous, pour ceux qui nous entourent….

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Moo

Ton article me touche énormément. Face au cancer et à toutes ces horreurs qui tombent sur nos proches on ne sait jamais vraiment comment réagir. Comment pourrait on rire alors qu’eux souffrent et se battent au quotidien ? Je pense que cette « bulle de légèreté » dont tu parles est en fait essentielle… J’ai récemment eu besoin de demander conseil à la maman d’une petite ange du cancer (Maylis, tu l’as vu sur mon blog) sur l’attitude à suivre face à une proche atteinte de ce satané crabe. Tout ce qu’elle ma répondu c’est de continuer à vivre, et de lui balancer le plus de joie, de rires, de légèretés et de bétises dans la tête. Pour qu’elle sache pour quoi elle se bat et pour ne pas laisser l’horreur du cancer l’envahir.

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Miss Cz

j’ai appris il y a peu de temps que la vie passe trop vite
ces moments de légèreté sont des bouffées d’oxygène ils sont essentiels

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alorom

« L’humour est la politesse du désespoir »…Qui a dit ça je ne sais plus…
Une fois n’est pas coutume je vais être sérieuse..Je suis, par mon métier ( je ne parlerais pas de ma vie perso..), hélas, parfois confrontée à des personnes atteintes de cancer.
Souvent jeunes, souvent parents…
Je vais les voir, parfois jusqu’au bout de la chambre d’hôpital..
Il n’y a pas longtemps j’ai rencontré une femme absolument admirable: elle m’a dit que ce qu’elle attendait c’est que la vie entre chez elle, la maladie, la souffrance, son corps elle connaît par coeur.. »Racontez moi la vie », m’a t elle demandée..
Alors je l’ai fait, à ma façon, j’ai balancé des anecdotes du boulot, j’ai déconné sur ses coussins en fourrures..
Ce fut un moment extraordinaire d’échange et de respect..

« je crois que porter leur deuil avant l’heure serait leur faire offense. »
Que cette phrase est juste, que cette phrase est Juste!
C’est admirable ce que tu as écrit….

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