La Teutonie du Grand Nord: Jour 1

.Ce matin-là, j’ai laissé mes mômes désespérés ravis à l’idée de vivre une semaine de haute gastronomie pizzas-plats surgelés-céréales, le cerumen bien tranquille dans les oreilles et les vitamines-pour-pas-être-malade-mon-chéri bien dégueulasses dans leur bouteille.

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L’Homme me dépose à la gare avec une heure d’avance : il doit aller bosse (lui). Moi, je vais m’offrir une traversée sud-nord de la Teutonie aux frais de la princesse du Grand Capital.

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Je pénètre dans la gare de cette petite ville de Provincie teutonne reculée. Bien bien bien. Je vais pas y tenir une heure, c’est sûr : ça caille et ça pue. Un tour du point presse : pas une futilité féminine, même en langue locale, par contre, je suis sûr que Bbflo serait ravie : il y a un magazine « Etangs et Poissons ». J’envisage de l’acheter pour me donner une contenance, mais à la question « contenance de quoi ? », je ne trouve pas de réponse, donc je me rabats sur une boîte de Tictac.

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Je ressors de la gare pour me chercher un chocolat chaud, je trouve un boui-boui polonais qui n’en a pas, donc un thé, merci. L’endroit est minuscule, peuplé de gens bizarres qui descendent des chopines à pas neuf heures du mat’, et surtout, fumeur : Je décède du poumon gauche à l’instant.

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Je maile un mot d’adieu à mes copines La Mère Joie et Zette, les confiant aux bons soins l’une de l’autre et inversement en mon absence, et leur recommande de prendre soin de Ginie, aussi.

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Je m’extrais du boui-boui polonais alors que ses occupants commencent à devenir insistants dans leurs questions, ils aimeraient savoir où nous allons en vacances, ma valise et moi.

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Je ressors et je prends le chemin de la gare. La grande horloge a sept minutes de retard : Il est donc 9h09 +7= 9h16, je pue la clope, et j’ai déjà explosé mon forfait roaming. Tout va bien, ce voyage commence sous les meilleurs auspices.

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Je pose mon cul sur un banc gelé d’une propreté douteuse inexistante, les pigeons, ces saletés urbaines, broutent dessous. Deux heures de train régional m’attendent, reliant la Provincie reculée à une ligne express digne de ce nom.

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Plus glauque, tu meurs.

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Sur le quai, une dame d’environ 70 ans a la même coiffure que moi. En gris. J’ébouriffe mes cheveux pour twister mon look et mets les genoux en dedans, pour me rappeler et signaler à mon public que j’ai 25 35 ans. Le train arrive. Je m’installe. Bonne pioche : la retraitée devant moi mange un sandwich au pâté. Il est 9h21. Mon estomac rejoint mon poumon gauche au cimetière. Décidément, ça va pas être facile d’aller courir tous les matins comme promis (à qui, déjà ?). Je pue toujours la clope.

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Je ferme un œil pour le rouvrir d’urgence et découvrir que ma valise à roulettes s’est tirée au milieu du couloir, profitant d’une secousse pour affirmer sa liberté au syndicat des valoches.

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Teuton-Stadt. Ils ont pas inventé le chauffage, dans les gares, nos voisins. Ils ont pas inventé le hall de gare, déjà, alors le chauffage, tu penses, Hortense.

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Quarante minutes à tirer. Je fais l’inventaire des possibilités en procédant pas élimination : ce sera Mc Do. Les Teutons mangent debout, je me cherche un banc, affirmant ma différence et ma culture de la gastronomie (sic). Je fais un peu clodo à manger toute seule sur mon banc, le pied sur la valise pour pas qu’elle prenne des pattes. Le BigMac est dégueu, le coca aussi. Y a plus de valeurs sûres ma bonne dame. Bon.

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Mon train est annoncé avec trente minutes de retard. Re-bon. Finalement cinquante. Re-re-bon. Que je passerai à me geler sur le quai malgré le soleil. De toutes façons, en bas, fait frois aussi, mais sans le soleil. Un TGV passe par là, je monterais bien dedans, et retour au bercail. Mais il file vers l’est, c’est pas de bol, quand-même. Zette m’écrit de me faire rapatrier pour cause de grand froid, quand mon train arrive enfin et je découvre que j’ai en fait une réservation en première classe. Ca m’apprendra à pas savoir lire, j’aurais pu m’épargner la retraitée au pâté. Un mètre pour mes jambes à moi toute seule, et il fait chaud.

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Je vais pouvoir dormir. Que je crois. Vu que je pue la clope. Donc je dors pas. Alors je lis, je twitte et je maile des conneries.

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Et puis j’arrive, enfin, le ciel est bleu azur, l’air vivifiant,  je prends mes quartiers dans ma chambre immense, et je pars à l’assaut de la tour de verre juste à côté. Alorom tente bien de s’inviter par texto, je suis heureuse de lui manquer, d’un coup, mais je refuse poliment sa compagnie, et le soir, j’irai manger dans la maison de Lotte, déchiffrer des vers du texte original de Goethe pour elle, Die Leiden des jungen Werthers et refaire le monde à l’envers.

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Les commentaires

Bismarck

‘tain, y a même pas une cabine de téléphone (rose), dans cette gare!
(Et dis-moi, le Goethe, il écrivait vraiment en ronde lisible comme je l’ai vu sur un fac simile, ou en gothique pointue indéchiffrable? – Et comment ça, des VERS dans le jeune Werther?)

Réponse
Zette

« ma valise à roulettes s’est tirée au milieu du couloir, profitant d’une secousse pour affirmer sa liberté au syndicat des valoches. » TALENT.

la semaine est super vite passée, tant et si bien que j’ai pas pris des niouz des 2 paires d’ovaires.

oh oui fouettez-moi maîtresse

Réponse
La Teutonie du Grand Nord: Jour 5 «

[…] Un autre train encore, d’autres heures encore, d’autres fous-rires encore, nos compagnons de voyage préfèrent changer de voiture que supporter nos gloussements, un verre de champagne pour sceller nos promesses et nos adieux, et enfin, me revoilà sur le quai de ma petite gare de Provincie. […]

Réponse
Errance «

[…] pas (tout) sur les bancs de l’école. Néanmoins, il va sans doute me falloir repartir en Teutonie du Grand Nord. Ou aller faire swinger London. Voire même les deux. Dans quelle mesure l’enseignement prodigué […]

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