La Teutonie du Grand Nord: Jour 2

J’émerge une première fois à 6h30, j’ai très peu dormi, et c’est quoi cette sonnerie qui me vrille les oreilles ? Mon réveil ? N’importe quoi. James (Blunt), la ferme ! Finalement, je m’offre encore quarante-cinq minutes sous la couette. Après, c’est un peu la bourre, mais finalement, ça ne me change guère.

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Je rejoins mes deux comparses au petit déjeuner. L’une nous raconte, effarée, avoir cru apercevoir un collègue au bar de l’hôtel la veille au soir, et craint pour sa santé mentale : nous sommes à près de mille kilomètres de nos bases. Nous nous moquons gentiment d’elle. Quand entre le collègue en question, accompagné de quelques autres. Finalement, notre table de trois devient une joyeuse tablée de huit expatriés du même bord, comme si on ne s’était pas vu depuis des semaines. Ah bonjour le dépaysement ! Ah bonjour l’incognito!

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Nous nous préparons à affronter moralement le labyrinthe de verre. Déjà, faut trouver l’entrée, qui n’est pas la même que celle de la veille. La forteresse occupe tout le quartier. Notre salle de formation se trouve au rez-de-chaussée, mais pour l’atteindre, il faut monter au premier étage, traverser le tunnel, et le bon, pas l’autre, ahem, trouver l’autre escalier et redescendre. Opération qui nous prendra une vingtaine de minutes. Avant de faire une entrée remarquée dans la salle pleine, avec, forcément, une bonne demi-heure de retard.

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Mais il faut se rendre à l’évidence : nous n’avons rien manqué. Nous assistons alors à un spectacle étonnant : une salle remplie de douze adultes de 25 à 45 ans, tous salariés d’une même entreprise, qui s’envoient des noms d’oiseaux d’un bout à l’autre de la pièce pour une sombre histoire d’horaires, de temps de pause, d’heure de visite de la cantoche, et de libération finale. Le Teuton peut être très con (on me dit que c’est valable pour tout le monde ? Ah oui.).

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Bon, ça dure plus d’une heure, ce cirque, alors j’en profite pour observer mes congénères d’une semaine. Le prof s’appelle Ronald, et j’hésite entre le fou rire et la faim, quand je me rappelle le BigMac du banc de la veille. Donc je ris, et je me fais remarquer. Je maile en loucedé à La Mère Joie qu’ils sont tous fous, ici, et que je veux rentrer à la maison mailer des conneries de mon bureau. Je continue mon tour de salle quand je m’aperçois que mon voisin de gauche a la main dans le pantalon et remonte l’horlogerie de manière ostentatoire. Laissez-moi sortir, j’ai besoin de vomir. Heureusement, le prof enchaîne les vannes pourries (que je peux pas traduire, hein, désolée pour les amateurs), ce qui me maintient à peu près éveillée. Rien ne m’étonne plus, je me crois définitivement au zoo quand il se met à lancer des friandises aux auteurs de bonnes réponses à ses questions nases. Huit heures par jour. Quatre jours à ce rythme à tirer. Bien bien bien.

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Heureusement, ce soir là, on a prévu une sortie resto thaïlandais. Et les collègues, c’est plus ce que c’était, même quand ils t’assurent qu’ils ont fait les scouts, ou l’armée, vaut quand même mieux vérifier qu’ils tiennent la carte à l’endroit, parce qu’à tout les coups tu te retrouves dans des rues louchissimes et tu finis par demander à ton iPhone de te sortir de ce mauvais pas, parce que c’est pas pour dire mais les émotions fortes, ça creuse.

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Environ quarante-douze fous rires plus tard, l’estomac bien repu de mets aussi délicieux que parfumés, nous reprendrons le chemin de l’hôtel, bizarrement bien plus court que l’aller… le vin aiderait-il au sens de l’orientation – ou ferait-il oublier les détours?

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