Bleu pâle

La jeune fille avança d’un pas décidé vers la rambarde et s‘arrêta, comme hésitant soudain. Elle dénoua le voile bleu pâle qui couvrait ses longs cheveux marron qui tombaient en cascades et le rajusta lentement, passant sous le menton, et noua à l’arrière d’un geste sûr, habile. Elle était très mince et le vent prenant dans son long gilet gris la faisait presque vaciller. Elle avait l’air d’une adolescente malgré ses vingt-sept ans. Elle semblait pourtant lasse, vide.

 

Je roulais lentement, ce matin là, la circulation était dense pour un vendredi. Je l’aperçus au bord de l’autoroute, et instantanément je sus. Je pris ma place auprès du Grand Capital avec le souvenir de ce visage, de ce voile bleu pâle et de ces mains au geste expert. La journée de travail fut fructueuse, j’avais de l’or dans les doigts, j’avais la chance avec moi et l’ambiance dans le groupe était, de ce fait, joyeuse. J’enchaînais réussite sur réussite, bonne nouvelle sur bonne nouvelle, à peine troublée dans l’après-midi par la découverte d’un bug de communication entre la Zette et moi.

 

La jeune fille inspira profondément. Avança d’un pas, puis deux, franchit la rambarde et se mit à courir. Soudain, après avoir furtivement croisé la mienne,  sa vie croisa celle d’un camion.

 

 

 

 

Les commentaires

MrB

Que ce soit une métaphore ou un tragique fait divers, le message me semble le même.
On laisse s’envoler les foulards bleus sur bord de la route et à part celui ou celle qui a été touché par le fanal bleu pâle et qui sentira longtemps la morsure du remord, les autres oublieront le temps d’un soupir la tragédie…ainsi tourne le monde. :/

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