Korczak ou le coup de foudre du jeudi soir

Madame Déjantée, que je ne connais pas encore beaucoup mais dont j’apprécie généralement les interventions au hasard de nos rencontres sur la Toile, a émis l’idée d’un partage de lectures. J’ai bien sûr dit oui oui, vas-y, partage nous. Avant de m’apercevoir qu’il nous faudrait bosser nous aussi, et faire salon dans le cadre des Vendredis Intellos. Tout de suite, eh eh, j’étais moins enthousiaste. Parce que je n’aime ni les cases ni les groupes, ni les choses forcées ni les habitudes, ni les obligations ni l’écriture qui ne coulerait pas de la course effrénée de mes dix doigts boudinés sur un clavier. Puis le vendredi, en général, c’est jour de connerie ici.

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Et pourtant hier soir, sans doute parce que c’était jeudi,  l’évidence apparut à la page 36 de Comment aimer un enfant, de Janusz  Korczak, que la Mère Joie dans son immense sagesse a eu la générosité de me faire parvenir. Si les premières pages sont empreintes, outre de bon sens et d’amour, de conceptions très 1920 (notamment l’espoir placé dans l’eugénique et le discours adressé exclusivement à la mère, du moins jusqu’à la page 46 où je suis actuellement), qu’il faut mettre évidemment de côté pour en venir à l’essence même de son discours passionnant envers l’enfant, soudain ces quelques phrases firent écho à mon credo profond à moi:

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« Tu n’es pas mère, tu le deviens. Laisse ton enfant t’en apprendre un peu plus chaque jour, sois ouverte à cet apprentissage, et ne crains pas de le remettre en question à chaque instant, et à chaque nouvel enfant. »

(moi, en toute modestie bien sûr, 2001, 2005 et 2008)

 

Le livre, avec ses formules toutes prêtes, a émoussé notre regard et rendu notre pensée paresseuse. A force de puiser dans l’expérience, rechercher les résultats de l’opinion d’autrui, nous avons perdu confiance en nous-mêmes au point de nous refuser le droit au moindre regard personnel. La mère est prête à transformer le livre en vade-mecum comme si, par le seul fait d’être imprimé, il contenait des révélations. Elle oublie qu’il n’est que le produit de l’interrogation de quelqu’un qui n’est pas elle, au sujet de quelqu’un d’autre qui n’est pas son enfant, à une époque qui n’est pas forcément celle d’aujourd’hui.

 

 

(Comment aimer un enfant, Janusz Korczak,
Collection Réponses chez Robert Laffont, page 36)

Les commentaires

Mme Faust

il est vrai que parfois se distancer du livre et de son contenu est difficile en particulier lorsque l’on est en difficulté…
J’aime beaucoup la citation de Moi…

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mamanbavarde

Quel joli extrait! Il est vrai que noyés sous le flot de conseils, lectures, nous parents, aurions tendance à suivre des théories fixées, dans le but de nous donner bonne cosncience, ou d’être sûrs de bien faire. Tu fais bien de remettre les choses en perspective.

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Charline

Noyée sous les informations , les thérories , les conseils, on oublie forcement l’essentiel ….

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Mme Déjantée

Merci pour ta participation aléatoire!!!
Je ne connaissais pas ce bouquin, mais j’y retrouve bien les interrogations de la mère Joie… très très vaste débat (à chaque fois que je m’y colle j’ai l’impression de n’en entrevoir qu’une minuscule facette!!) que l’accession symbolique, sociétale et affective au rang de mère!!!
Je suis contente, je sais ce que je vais lire sous le tilleul…

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Clem la matriochka

Ah bah, la Mère Joie me l’a conseillé aussi mais quand j’ai cherché, il n’était plus disponible… Mais là je viens d’en trouver et je vais le commander de ce pas.
J’aime beaucoup ton billet.

Bon week-end !

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magda627

Korczak est un grand écrivain polonais que j’aime beaucoup. Il est excellent dans les histoires pour enfants, je recommande particulièrement Le Roi Mathias 1er qui bien que pour enfants a toute une sagesse pour les adultes. Merci de partager !!

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