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Quand je suis rentrée, il avait laissé presque s’éteindre le feu dans la cheminée. Il faisait froid dans la maison. Un signe ?

Elle était fort occupée avec la marmaille surexcitée de les voir arriver avec leur cousine. Il était question de qui aurait le droit de partager le lit de la Collégienne pour ces quelques nuits.

 

Le brouhaha habituel à notre famille augmenta encore de plusieurs crans le temps que je prépare le repas. Un joyeux désordre d’enfants qui ont du mal à se poser, fatigués par une journée de jeux.

 

Ils ont leur vie, nous avons la nôtre, tellement éloignée. Lorsque nous nous croisons, quelques fois par an, il est bien difficile de faire un pas vers l’autre, même si au départ les intentions sont bonnes.

 

Ils ne dirent pas les mots que nous attendions, ne montrèrent guère leur affection, sans que pourtant nous puissions douter qu’elle est là, en dessous, enfouie sous des années de contrôle, de retenue, d’incompréhension peut-être. Sentiment mitigé à l’arrivée, sans qu’on puisse vraiment savoir s’il résulte d’un manque de chaleur ou au contraire d’un excès de respect de la loi de non-ingérence dans les affaires privées.

 

Sans doute fûmes-nous, nous aussi, en deçà de leurs espérances, je suppose. Peu prompts à apprécier leur dévouement que nous trouvons, à chaque fois, un peu à côté, sans véritable questionnement sur nos attentes ou réels besoins. Nous devons, à notre tour, paraître bien ingrats.

 

Mais quand, après le repas,  le Jules partit pour sa marche hebdomadaire, mon père ne put s’empêcher :

 

Tu ne mets pas un bonnet ?

 

Les commentaires

tournicotiton

C’est une génération difficile, coincée par les sentiments, ne pas montrer, ne pas s’épancher sous peine de paraître faible… il m’a fallu du temps pour comprendre que l’inquiétude de mon père était en fait de l’amour…

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O-M

Ce n’est pas facile à vivre des aînés qui n’expriment rien….mais le pire c’est que leur descendance est identique, je te laisse deviner un couple (le mien) composé d’un intraverti ( chuuuutttt, tais-toi, si les gens le savait…..etc) et d’une extravertie ( repas animés, dis maman, dis papa, tu fais quoi, ça sert à quoi…) etc, et (malheureusement) c’est à leur disparition que l’introverti s’est ouvert !

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Blogueuse égarée

Ca me fait penser à une chanson de Léo Ferré, Avec le temps, et en particulier « On oublie les passions et l’on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid… »
Pour moi, c’est un vrai message d’amour, « Tu ne mets pas un bonnet ? »

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Fredauboulot

Chez moi aussi, les grands-parents sont complètement à côté de la plaque. Ma mère aurait pu sauver l’honneur mais elle n’est plus là… Et mon père…je n’en parle même pas tellement c’est du grand n’importe quoi.
Mes beaux-parents, si je ne leur dis pas tout ce qu’il faut faire, ils font tout n’importe comment. Comme s’ils avaient oublié! Pourtant leurs 3 enfants ont été bien élevés.
Ce qui m’effraie, c’est qu’on va peut-être devenir comme ça…

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cécile

Voilà, c’est bien ça,! La misère relationnelle, le fait de se ratatiner sur soi-même, de rétrécir, de ne plus voir ni entendre ni comprendre les autres, ceux de l’extérieur, de s’étriquer, de se cloitrer, de se coincer en regardant « la pendule d’argent qui ronronne au salon, qui dit oui, qu dit non, qui dit je vous attends »…
Je pense que ça fait écho à chacun d’entre nous dont les parents vieillissent mal …
Très beau texte Mentalo, très juste , très fort, très remuant, encore une fois.
Merci ( c’est vrai après tout, pas besoin de passer par le blog de Camille pour te dire les choses !)

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

OMG. Les Vieux de Brel. Et dire que je n’y avais même pas pensé. Par contre, je dis souvent qu’ils s’étriquent en vieillissant, juste le terme que tu emploies.
(bon et plus jamais tu me fais des coups foireux chez Camille, où je vais sans me méfier! :-D)

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cécile

hé hé … promis … Dorénavant je cafterai que sur ton blog !!! Mais même pas vrai que tu n’arrives même pas à la tong de Camille, je dis et re-dis que vous avez la même sensibilité, le même talent, même si vous avez -bien heureusement pour nous lectrices quotidiennes de vos billets- des personnalités et des styles différents !!! Et je mets bien sûr LMJ dans la même catégorie et dans la case des très-très-très-haut-perchées Colombe et Linotte, comme il se doit … Bref, que du lourd quoi! Tu vois que tu es bien entourée dans mes « favoris »…
Alors, continue à colorer la vie couleur menthe à l’eau, c’est tellement bon à chaque fois …
Et ta collégienne me fait tellement fort penser à la mienne …

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Covima

Encore une fois, tu mets des mots là où j’ai du mal à le faire pour décrire des attitudes, un fossé, des différences de comportement, des incompréhensions de plus en plus fréquentes… Ton billet me parle, et fait remonter bcp de choses aussi. Ce qui me chagrine le plus, c’est de me rendre compte que beaucoup de gens de mon entourage (de la génération des parents, pour ne pas les nommer) se renferment, adoptent des jugements étriqués, perdent l’esprit d’ouverture qu’ils pouvaient avoir avant. Est-ce que c’est vieillir qui transforme à ce point ? Parce que si oui, j’espère ne pas devenir comme ça… P-e ont-ils dit ou pensé la mm chose à propos de leurs parents, à une époque, je m’interroge…

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Vieillir ou…. moi je dis souvent qu’ils s’étriquent depuis que nous, les enfants, avons quitté le nid: ils n’ont plus cevent de fraqîcheur, cette contradiction permanente, ces horizons divers qui leur étaient quelque part imposös par notre présence, nos difförentes personnalités, expériences…
Ils sont peut-être aussi d’une époque où l’on apprenait pas à exprimer ses sentiments…

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