Etrangère

Ce matin, j’entendais à mon corps défendant et à l’insu de mon plein gré, une fois de plus, gloser sur cette idée de droit de vote aux étrangers, porte ouverte, OMG, aux étrangers dans les conseils municipaux. (Genre que prendre la nationalité française changerait ipso facto les idées qu’ils ont envie de voir mener à bien, bonnes ou mauvaises, s’entend, comme tout le monde.)

Doudette, dans sa grande sagesse, avait déjà abordé le sujet, et je m’étais promise d’y revenir, notamment suite au débat qui avait suivi dans les commentaires.

D’après ce que je lis, ce que j’entends, y compris dans la bouche de la plupart des candidats, c’est

 

Si tu veux voter, passe ton bac d’abord deviens français d’abord.

 

J’ai déjà dit ici même que je ne suis pas française, et qu’il n’est nullement dans mes intentions de le devenir, même si j’enrage de ne pas pouvoir voter – ce qui ne m’empêche pas de m’investir d’autres façons.

Je vis en France depuis tout juste dix ans. Quand le Jules m’a épousée, la mairie m’a demandé si je souhaitais faire la demande de nationalité française (à l’époque, un an de mariage et tu avais ton passeport bleu blanc rouge en poche). Je les ai choqués en répondant que non, un peu trop vite. Je n’avais pas réfléchi à la question. Je n’étais pas préparée. Depuis, j’y ai réfléchi, et la réponse est toujours négative.

Je serais pourtant une parfaite candidate: je parle le français avec des morceaux de gros mots dedans, je fais la tartiflette mieux que personne, je connais plus ou moins l’histoire et la géographie de la France (mais si tu me demandes de situer le Cantal, j’avoue que j’ai encore un peu de mal), je bats le Jules au jeu des numéros de départements et de Louis, et sûrement aux paroles de la Marseillaise…

Puis surtout, j’obéis aux lois que des gens que je n’ai pas élus ont votées, je paie les impôts que des gens que je n’ai pas élus ont décidés. Depuis dix ans, donc.

A ce titre, et ayant enfanté sur le sol français de rejetons parfaitement français, on pourrait me filer le droit de vote gratos, je trouve.

Sans m’enlever la seule chose qui me reste de ce que mes parents m’ont donnée: ma nationalité.

La seule chose qui me rattache encore à mes origines, si on excepte quelques spécialités culinaires que mes voisins ont eu le temps d’apprécier, en dix ans. Ma particularité. Mon identité.

Alors, je préfère ne pas voter, que d’être obligée de nier une partie de moi.

Là, ce sont les autres qui me nient. C’est pas pareil.

 

Les commentaires

lemiroirdenarcisse

Tout à fait d’accord: cette si fameuse intégration dont on nous parle si souvent devrait se faire des deux côtés, sans que l’un ait à renoncer à sa nationalité.

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MrsB

Le bourguignon n’accepte que le droit du sang, donc tu ne sais pas faire le boeuf bourguignon mais du boeuf en sauce au vin 😉

Je plaisante bien sur.

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AnnaPoubelle

Je ne sais pas de quelle nationalité tu es, mais tu ne peux pas garder la tienne tout en prenant la française? Moi j’ai la double nationalité (Canadienne et française) mais peut-être que c’est une exception?

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Sophie

Refuser de prendre la nationalité du pays où tu vis pour ne pas perdre celle d’origine, tout à fait légitime, je respecte.
Mais je ne vois pas d’autre raison de la refuser, puisque tu vis ici et as l’intention d’y rester… Peux-tu expliquer?
(en fait si, je vois une autre raison: celle de mon [maintenant ex-]mari, états-unien d’origine, qui a repoussé la naturalisation par mariage jusqu’après ses 30 ans … afin de ne pas être obligé de faire le service militaire en France)

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Lulu From Montmartre

Complètement d’accord avec toi, à partir du moment où on vit, travaille, fait des enfants et surtout paye ses impôts en France, on devrait avoir le droit de voter sans pour autant renoncer à sa nationalité et donc à son identité !

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Ceux qui voudraient nous l’imposer ont tendance à croire que c’est juste un bout de papier. Nous, les concernés, savons que c’est un bout de notre personnalité. Et pourtant, je n’ai pas l’impression d’être une usurpatrice ou de profiter de quoi que ce soit, comme on me le renvoie souvent…

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tournicotiton

Je ne trouve pas mes mots pour commenter (j’ai l’esprit trop embrouillé aujourd’hui) sans tomber dans des formules ou des phrases « bateau » mais bon je vais quand même en faire une: 100% d’accord avec toi! Le débat est le même chez nous…
Bon c’est pas un commentaire hyper constructif mais je voulais marquer mon passage! On y arrivera…

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tournicotiton

Ma nationalité j’y tiens et je la garderai même si je devais changer de pays. Même chose pour mon nom de naissance (oserais-je dire nom de jeune fille?!!), pas question que je porte le nom de mon mari! Mon nom, ma nationalité, mon identité

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Estelle

Je pense que tu es dans ton droit en effet. Encore faudrait il que les lois suivent. La grande question c’est surtout: Doit-on avoir la nationalité du pays pour y voter, alors que l’on y habite/travaille/participe à son développement depuis plus de 10 ans? Je suis française et j’habite en Belgique, où je peux voter pour certaines des elections (pas toutes), et on ne me demande pas de devenir belge pour cela. J’estime avoir le droit de le faire car c’est ici, et non plus en France, que je vis. L’autre grande question: Je vote encore pour la France mais…. je n’y vit plus. Où est la logique alors?

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Fredauboulot

Ah, un indice! Tu es d’une nationalité de l’UE alors!
Bon, sinon, je vais faire tache mais je fais partie des « méchants racistes fascistes » qui pensent que pour voter, il faut avoir la nationalité.(sans pour autant voter Le Pen: elle dit vraiment trop de conneries!)
J’ai vécu quelques années au Japon et il ne me serait jamais venu à l’idée de demander le droit de vote. Pourquoi? Parce que si j’y suis restée, c’est que cela me convenait. Si cela ne me convient plus, je rentre chez moi, au lieu d’essayer de changer les choses en votant. Cela ne faisait pas partie de mes droits, c’est tout. En revanche, je payais des impôts et je bénéficiais de la sécu et de la retraite, ce qui est normal.
Maintenant, je peux comprendre que certaines situations puissent légitimement amener à penser qu’on devrait avoir le droit de vote. Avoir un conjoint et des enfants français en est une.
Mais je pense aussi que les étrangers qui peuvent demander la nationalité française sans avoir à renoncer à la leur (ce qui n’est pas le cas des Japonais, car le Japon ne reconnait pas la double nationalité) n’ont dans ce cas pas trop de raison valable de ne pas le faire.
Je ne comprends pas en effet en quoi avoir une 2e nationalité te ferait perdre un peu de ton identité première…
Bon, j’espère que tu pourras essayer de m’expliquer et que les autres ne vont pas me tomber dessus à bras raccourcis.

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Le « méchants racistes fascistes » n’engage que toi, je n’ai jamais utilisé ces termes que je ne pense pas.
Ceci posé, mes lecteurs ne sont pas dans l’obligation d’être de mon avis, et heureusement. Y a juste qu’il y en a peu qui l’expriment. Mais les discourtois sont reconduits à la frontière (du blog) 😉
Je pense avoir répondu à tes questions dans mon billet, sinon. J’estime avoir donné assez d’arguments 😉

Réponse
Fredauboulot

Cela ne t’était pas destiné. C’était pour tous ceux qui croient que quand on veut réguler l’immigration, on vote forcément FN.
Sinon, t’as vu, j’ai été polie, parce que j’aimerais bien rester encore un peu chez toi.
Et pour tes arguments, je les ai vu mais c’est justement que j’ai du mal à comprendre. Mais bon, je suppose que ce que tu ressens au fond de toi ne se commande pas.
En tout cas, tu pourrais effectivement largement mériter cette nationalité parce que tu parles français mieux que certains Français et je ne me serais jamais douté que ce n’était pas ta langue maternelle.
Bizzz

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mmedejantee

Je comprends ta frustration à ne pas voter, ainsi que ton attachement à ta nationalité d’origine…Je rejoins aussi celles qui évoquent la double nationalité.. un peu comme quand on adjoint son nom à celui de son amoureux… on ne perd rien, on s’enrichit, et cela fait en définitive la diversité de notre histoire…

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Disons que ma situation familiale se complique d’une enfant 100% de même nationalité que moi, et que je ne peux pas changer la mienne sans changer la sienne, et pour changer la sienne, il faut l’accord de son père, pour tout dire.
Puis j’ai fait ma part du chemin, non, question intégration?

Réponse
mmedejantee

En fait, je pensais pas trop « intégration »… En fait je doute fort que celle que certains prônent actuellement soit souhaitable: une société s’enrichit de ses diversités, pas de sa propension à imposer le conformisme…
Mais je vois que c’est un vrai casse tête qui te replonge aussi dans ton histoire et tes choix d’autrefois…Peut être quand ta fille sera majeure??

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bismarck

Pff, mais pourquoi il y a encore des nationalités, dans l’Europe du XXI ème siècle, hein, d’abord? (Ceci dit, une « nationalité » européenne ne résoudrait pas le problème de certains immigrés d’Afrique qui se trouvent dans ton cas.)

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Tout à fait. Le truc, c’est qu’on peut vivre 50 ans dans un pays sans y être intégré, mais avoir la nationalité, ou l’inverse, et ces éléments ne sont ni quantifiables, ni évaluables selon des critères bien précis. Les critères que l’on donne (il faut bien en donner, je suis bien d’accord: il faut bien tracer une ligne) sont loin d’être incontestables.

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Une Mère Ordinaire

Je comprends parfaitement ta situation car je la vis à l’inverse… Je ne réside plus en France depuis plusieurs années mais j’irai voter dans quelques semaines pour un président qui gouvernera mon pays d’origine mais pas celui où je vis! Par contre, je ne peux pas non plus voter « chez moi » car la loi est la même, je peux voter pour les municipales, point barre. Je n’ai pas non plus changé de nationalité en me mariant, ni même de nom de famille car nos enfants portent nos deux noms, c’est bien là tout ce qui me reste de mes origines et je ne compte pas y toucher…

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

je suis ravie de constater que je ne suis pas la seule à avoir ce sentiment. Je pense souvent à ceux qui sont très très déracinés, à plein de milliers de km de chez eux, et on leur demande quoi? de faire un trait sur tout, leurs coutumes, non adaptables en France parfois, ok, passons, mais leur identité propre? Ca m’attriste.

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cécile

En lisant ton post, avec lequel je suis parfaitement d’accord, j’ai eu une petite pensée émue pour mon père qui est né égyptien et qui a finit par demander la nationalité française, pour pouvoir voter sur le sol français sur lequel il a vécu et travaillé ses 45 dernières années …
La procédure de naturalisation a été longue et éprouvante, voire humiliante par moment (mais c’est le lot de ceux qui ne sont pas européens je crois bien malheureusement ), mais il voulait pouvoir choisir ceux qui utilisaient les impôts qu’il payait dans le pays dans lequel il vivait …
Aussi satisfait qu’il ait été de recevoir notification de son décret de naturalisation, il a perdu, c’est vrai, un peu de son identité…
C’était le prix à payer, disait-il, pour pouvoir décider …
Moi, je trouve que c’est un peu trop cher payé.
Aujourd’hui je suis française sans n’avoir rien fait pour ça, alors je vote, pour de multiples raisons, mais aussi parce que je dois bien ça à mon père !

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Teawithmilk

100% d’accord……énorme frustration ici à presque chaque élection. Mon Hom ne peut pas choisir ceux qui utiliseront ses impôts, je comprends qu’il ne veuille pas prendre la nationalite francaise et qu’il veuille conserver cette part de son histoire…. Et quand je pense à mon père, qui a dû justifier sa nationalite francaise alors qu’il est français né d’un père suisse naturalisé français ….. Notre pays n’est pas cette terre d’accueil, ce pays des droits de l’homme dont on nous rabâche un peu trop les oreilles (surtout ceux qui oublient de regarder vers le futur! )
Bon mon com vient complètement « hors délai », mais un tantinet à propos puisque je suis allée voter seule hier encore!

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Memy

Figure-toi que je suis française mais je n’irai de toute manière pas voter puisque je ne me reconnais plus dans ce pays et encore moins dans les idées proposées par les candidats.

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Teawithmilk

Memy, je ne conçois pas de ne pas voter par égard pour mon époux qui lui n’a pas ce droit, et parce que nous expliquons à nos enfants à chaque élection combien le droit de vote est important, combien moi j’ai la chance de pouvoir voter…..même si je partage ton sentiment sur la vie politique française!
Bon promis, je vais arrêter la lecture à l’envers de ce joli blog, parce que la….c’est débile de réagir sur un post vieux de 3 ans…..mais zut que ce sujet me dérange!

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Ah ah non c’est pas débile puisque c’est effectivement toujours d’actualité!
(Et ça me fait marrer de savoir que quelqu’un s’enquille 5 ans de billets plus ou moins réussis :-))

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Teawithmilk

Et je continue ma remontée dans le temps! Je me régale…..bon j’ai aussi quelques insomnies ces temps-ci…..alors je trouve un peu de légèreté ici! Merci!

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alameresi

Je comprends complètement ton attachement à ta nationalité d’origine. Une solution pour ne pas la renier : demander ta double nationalité, tout comme tes enfants peuvent le faire. C’est à mon sens une belle opportunité! Et puis ça représenterait bien ce qui te compose aujourd’hui.

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Lola SurLaToile

Je comprends que tu sois très attachée à tes racines, je comprends aussi que l’option de la double nationalité, avant même d’être un choix, est déjà quelque chose de compliqué du fait de ton histoire…
Mais je ne comprends pas pourquoi tu trouverais normal de pouvoir voter en France, pour autre chose que les municipales et les européennes. Le fait de vivre en France et d’y payer des impôts doit-il être une raison suffisante ? si on retient le critère des impôts, doit-on retirer le droit de vote à tous ceux qui n’en paient pas ? si on retient le fait d’y vivre, faut-il interdire de vote les expatriés qui n’ont pas tous fait le choix de ne pas revenir… Choisir de vivre dans un pays, s’y intégrer, c’est une belle démarche, mais ce n’est pas ce qui donne le droit de prendre part aux décisions du pays. Tu serais logée chez des amis, participerais à remplir le frigo, prendrais ta part du ménage, aurais-tu pour autant légitimité de participer aux décisions de la famille hôte ?
Je vis entourés de gens qui ont fait le choix de la double nationalité, mon beau-frère, Egyptien et cours de devenir Français, par choix et par amour pour ma soeur (qui demande la nationalité Egyptienne en plus de la sienne), la nounou de mes enfants, Roumaine et Française… ils vivent très fortement leur attachement à leur nationalité d’origine, mais ils sont aussi très attachés à leur choix de devenir AUSSI français, par amour pour un pays où ils vivent ou par amour pour une personne et sa culture d’origine (et dans le cas de mon beau-frère, il faut être bigrement motivé en ces temps-Guéant). Dans leur cas, il n’est pas question de renoncement du tout.

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Peut-être que j’estime avoir fait ma part du chemin, peut-être que au fond de moi, je ne me sens pas française, et en demander la nationalité me donnerait un sentiment d’usurpation… je me sens intégrée mais pas pareille, (c’est difficile à décrire), du coup, ce serait pas légitime, pas moi.
Regarde le nombre de femmes qui refusent de porter le nom de leur mari, je suppose que c’est un peu la même chose: ça touche à ce qu’elles sont, intrinsèquement. Après, c’est complètement irrationnel, je suis bien d’accord.

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Cynthia

On me propose la nationalité française demain, j’accepte tout de suite juste pour ne pas avoir à revivre la torture annuelle de la carte de séjour.

Même avec un passeport français, pour moi je resterais toujours canadienne tout comme ma belle-mère qui est depuis plus de 25 ans en France sera toujours Suisse.

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Adele

Je suis de passage par ici et j’aimerais confirmer que ce n’est pas si évident de changer de nationalité. Je vis dans un autre pays de l’UE depuis 30 ans et, conformément aux lois européennes je peux y voter pour les élections communales. La double nationalité est régie par des accords entre pays. Pour moi ce n’est pas possible et malgré mon envie de contribuer plus activement à la vie politique ici, je n’ai pas pu me résoudre à abandonner ma nationalité. Même si je n’ai aucun sentiment de patriotisme et que, ces temps, ci je ne suis pas très fière d’être française. Le débat en France concerne la participation aux élections municipales de ressortissants de pays tiers. Plein de pays européens le permettent (Belgique Luxembourg, pays Bas, Slovénie, Danemark, Suède etc)
Des amis à moi ont dû abandonner leur nationalité française pour l’un et algérienne pour l’autre pour pouvoirs enseigner dans leur pays de résidence (ce n’est plus nécessaire aujourd’hui) et cela a été très dur pour eux. Pourtant ils sont très activement engagés dans la vie civile de leur pays d’adoption.

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