Le premier jour où… j’ai fait les yeux ronds au boulot

J’ai souvent choisi des jobs d’étudiante bien planqués, au chaud dans un bureau, si possible immense avec une moquette épaisse. Traduis: avec pas grand chose à faire, forcément, au mois d’août. Parce que bon, j’avais très souvent mieux à faire que ce pour quoi on me payait grassement (j’étais pistonnée, évidemment).

 

La dernière année, juste avant mon diplôme, j’avais comme qui dirait une saloperie de thèse à écrire, que j’avais repoussée au maximum, mais voilà, la date limite était là, il me restait quatre semaines pour ficeler le tout et obtenir le sésame vers une vie libre.

 

Cette année-là, j’avais délaissé le bureau à moquette de la capitale, pour un bureau moins bling-bling mais bien plus près de la fac que je fréquentais (et des bars, aussi). J’étais placée à l’accueil régional d’un quotidien national assez conservateur (et carrément prout prout, surtout), et, à ce titre, chargée notamment d’ouvrir le courrier de la rédaction et de rédiger les petites annonces que venaient déposer les gens à mon comptoir pour qu’elles rentrent bien dans les cases (le tarif était à la ligne). Autant te dire que j’ai eu largement le temps de terminer ma thèse, et de faire quelques rencontres assez folkloriques. (C’était avant l’ère internet, sinon, j’imagine que j’aurais ouvert un blog. )

 

Un après-midi, une dame, à vue de nez la cinquantaine, tout ce qu’il y a de plus banal, pénètre dans le bureau et demande le formulaire ad hoc. Au bout d’un moment, je remarque qu’elle sèche, tapotant mon comptoir de ses ongles laqués de rouge vif, le visage pensif. Je lui propose alors mon aide, qu’elle accepte avec enthousiasme:

 

Je me demande juste comment abrévier « ouverture aux cuissardes », vous avez une idée?

 

Ce n’était pourtant pas la saison des grenouilles. La dame était de petite vertu, comme on dit, et venait passer son annonce hebdomadaire. Au fil des semaines, elle se mit à me raconter quelques tranches de son étrange vie. Avant de me quitter, elle me saluait d’un  joyeux:

 

Allez, c’est l’heure, il faut que j’aille retrouver mes pervers!

 

 

Hein, quoi? c'est pas la saison de la grenouille?

 

Les commentaires

cleopat

Sympa comme rencontre! J’adore 🙂
nb:vis à vis de la soi disant bonne morale, ses habitués étaient des pécheurs !
d où l utilité des cuissardes ! ;°)

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O-M

…et alors , comment tu as abrévié : ouverture aux cuissardes ???
(ben, ça peut toujours servir…..)

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cathylaraleuse

Quelle rencontre cocasse, elle devait être super cette nana !

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O-M

Ben pourquoi pas un blog, si elle laisse le nom de ses clients comme ça :
F…k R…..y, D…..S….K….. (fastoche), K…..m B……a, après tout entre 2 gâteries, elle pourrait nous renseigner !

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Lilith

Hahaha!
Et tu n’es pas restée en contact avec elle?
Elle aurait pu devenir une blogueuse pleine d’intérêt! :p

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Blogueuse égarée

Je propose « ouv. cuiss. » (pas « ouv. cuis. » avec un seul « s », que l’on pourrait confondre avec « ouverture à la cuisine chinoise »)

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