Le premier jour où… j’ai fait un truc d’adulte

Un jour j’eus dix-huit ans et je choisis ma voie, mes études. Un jour j’eus vingt ans et je décidai de poursuivre ses études par delà la frontière, loin de chez moi.

Un jour j’eus vingt-trois ans et, thèse en poche, amoureux au bras, je quittai définitivement le foyer familial et commençai à travailler à l’étranger.

Un jour de la même année, j’entrai chez un concessionnaire et achetai ma première voiture à moi, rien qu’à moi, avec mes sous à moi.

Mais pas une fois je n’eus l’impression de prendre une décision d’adulte. C’était simplement le cours de la vie.

Un jour j’eus vingt-quatre ans et j’épousai l’amoureux. Une robe somptueuse, un cadre magnifique, des centaines d’invités, une fête jusqu’au bout de la nuit, tout était parfait. Trop?

Un jour j’eus vingt-cinq ans et je décidai, avec l’amoureux devenu mari, de faire un enfant. Quelques semaines plus tard, un bébé fille s’installait définitivement dans ma vie, bien qu’encore invisible.

Un jour j’eus vingt-six ans et pile un mois après, je mis au monde la Collégienne, qui fit de moi une mère – même si je devais souvent me le répéter dans le miroir pour y croire vraiment.

Mais pas une fois, je n’eus l’impression de devenir adulte. C’était simplement le cours de la vie, ce long fleuve sinueux et pas tranquille.

Un jour, j’eus vingt-six ans et presque deux mois et un mal de ventre sa mère la pute. Une nuit blanche plus tard, l’urgentiste m’annonça une appendicite fulgurante. Une opération le jour même et vingt-quatre heures de solitude avec mon bébé (alors âgé de trois semaines) consacrées à cogiter, je pris ma première vraie décision d’adulte. Quand l’amoureux devenu mari franchit la porte de ma chambre d’hôpital, je sus immédiatement trouver les mots jusqu’alors enfouis en moi.

Je sors vendredi. Ca te laisse cinq jours pour faire tes valises.

La suite fut loin d’être simple, mais j’avais grandi – et j’avais un enfant à élever, à protéger.

Violences morales, violences physiques, une femme meurt encore tous les trois jours sous les coups de son compagnon.

Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de ZetteMHFCathyPapiluc, CambroussienneLilithJoufflettel’Herbe folleLaurentClem la matriochka, Cerysette des bois, Léia… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble sur la page du groupe Facebook dédiée. Rejoins-nous!

Les commentaires

Madame Sioux

Tout le début de ton article me parle beaucoup : ce coté « la vie avance mais la frontière avec l’âge adulte officiel n’est pas vraiment clair et pourtant je continue, je fais des choix, etc. »
Par contre, la fin… Gloups! Je suis heureuse pour toi que tu aies trouvé la force de prendre cette fameuse décision (surtout en te retrouvant seule avec un tout petit bébé).
Et je souhaite à toutes celles qui vivent la même chose de la trouver aussi, et d’être épaulées pour ça.

Réponse
MHF

On ne se rend pas compte directement que l’on est adulte mais les responsabilités nous mettent devant un mur que tu as su franchir… Belle leçon de courage…

Réponse
Cathy

Nos enfants nous ouvrent les yeux, c’est eux qui nous font devenir adulte et nous guident vers le bon choix.
Chapeau bas madame !

Réponse
truffi net

et bien!! quelle belle décision je pense!!
prise avec le recule d’une probable bonne trouille à ce moment là!
mais tu as passée 24H avec bébé juste apres ton opération?

Réponse
Okaasan

J’ai pris ma 1ère grande décision d’adulte un matin alors que je ne le sentais pas encore bouger sous mes doigts. La plus difficile mais grande décision de ma vie.
Si seulement nous arrivions toutes à trouver ce courage …

Réponse
O-M

Je pense qu’à un moment de notre vite c’est l’instinct de mère qui prends le pas les réalités de femme maltraitée….inconsciemment.ils sont bien nos petits !

Réponse
Amy

Merci pour ce témoignage, qui a après tout peut-être été dur à écrire. Et bravo pour cette sage décision.;)

Réponse
frenchwayfarer

Atterrant qu’aucun homme ne commente cela. Est-ce qu’aucun n’a lu ce billet?!!
C’est si difficile (je ne parle pas par expérience mais les chiffres sont éloquents sur le sujet) de faire ce que vous avez eu le courage de faire… Bravo!
Sans victime, pas de bourreau. Encourageons celles (et ceux) qui souffrent à le dire, sans quoi il est difficile de les aider.

Pour ma part j’ai eu le même sentiment durant ma vie de jeune adulte, c’est très bien décrit!
Bonne journée.

Réponse
Isa

Tu as bien fait, avec beaucoup de courage, bravo.
A présent tu es libre et tu as ce qu’il existe de plus précieux….ton enfant.
Belle nouvelle vie à toutes les deux. Isa

Réponse
la collègue de celui qui a le même angiome stellaire que toi

Je ne connaissais pas l’expression « sa mère la pute », ni l’histoire complète qui a commencé pas loin de chez moi, au manwâr

Réponse
LiliLili

Bravo. Pour avoir eu le courage de prendre cette décision, et pour avoir mis des mots dessus au travers de cet article.

Réponse
Bismarck

Tu l’avais déjà dit; sans jamais t’appesantir sur ta souffrance. C’était une décision dure à prendre. Admirable.
Je crains d’être encore un peu enfant…

Réponse
papiluc

Comment parler de la douleur et que ça soit beau, pourtant. Etre adulte, ce serait donc décider qu’on ne supporte plus et enfin claquer la porte ?

Réponse
Manoue

Les médecins t’ont retiré ce qui te faisait souffrir et tu as retiré ce qui aurait pu vous tuer, ta fille et toi.
Bravo !

Réponse
Estelle Maman d'Emma

Juste merci pour toutes celles qui y sont encore et qui n’ont pas eu le déclic pour faire comme toi ,moi et beaucoup d’autres..

Réponse
salgoss

comme toujours c’est très bien écrit! ça me fout des frissons!
ps: le « sa mère la pute »… j’adore! expression très utilisée dans mon vocabulaire! 😉

Réponse
Fluorette

Il y a des décisions prises qui semblent des coups de tête mais qui ne le sont pas… Il faut beaucoup de courage pour fuir une telle situation.
C’est couillu de l’avoir fait.

Réponse

Laisser un commentaire