Le premier jour où… ma vie a tenu dans une valise

Je lui ai acheté une valise rouge cet été là, avec des roulettes parce qu’elle était si petite encore pour arpenter les couloirs des aéroports. J’avais pris la même pour moi en vert pomme, parce que j’avais voulu tenir sa main lors de son premier décollage. Nos deux valises jumelles, on ne voyait qu’elles sur le tapis roulant parsemé de bleu et de noir.

Il avait acheté une valise grise, en carton à carreaux gris comme on en voyait beaucoup à cette époque. Il avait plié soigneusement ses affaires, et les avait rangées avec toute la minutie dont il faisait preuve déjà à l’époque. Oh, il ne possédait pas grand-chose et la valise n’était pas bien grande, quelques chemises, un pyjama, deux pantalons même pas en jeans et puis ses chaussures de marche pointure quarante-trois. Il avait vérifié la poignée avant de monter dans le train.

Elle avait plié ses chemisiers parfaitement repassés comme toujours et les avait posés dans la valise en carton à gros carreaux gris qu’elle avait trouvée dans le grenier, vestige d’un voyage d’un ou une de ses frères et sœurs avant elle sûrement. Elle avait ajouté un petit twin-set pour les soirées fraîches, quelques jupes, une robe de nuit et ses ballerines pointure trente-sept. Elle avait glissé un petit bout de ficelle dans la fermeture pour la garder bien fermée et puis elle était montée dans le train.

Dans le centre de vacances où il allait travailler pour le mois d’août, il prit sa valise, en carton avec des carreaux gris et une poignée noire dans l’entrée où elle avait été déposée par le responsable des bagages et alla la poser sur son lit, dans le grand dortoir des garçons. Il s’en occuperait ce soir, il y avait l’accueil des jeunes vacanciers à faire dans l’immédiat.

A la descente du train elle avait confié sa valise, en carton avec des carreaux gris, au responsable des bagages qui l’avait chargée dans sa remorque pendant qu’elle faisait les derniers kilomètres à pied avec ses compagnes de voyage. Arrivée au centre, elle la retrouva dans l’entrée et l’emporta dans le grand dortoir des filles. Elle s’étonna de la disparition du petit bout de ficelle dans la fermeture, mais la valise semblait intacte. Elle la posa sur son lit, elle s’en occuperait ce soir, il y avait l’accueil des jeunes vacancières à faire tout d’abord.

Cinquante ans plus tard, deux valises, en carton avec des carreaux gris, mais quand on regarde bien de tout tout près, pas tout à fait les mêmes, voisinent encore dans le grenier, et ressortent chaque année lors de la grande transhumance.

 

grenier

Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de Zette, MHF, Cathy, Papiluc, Cambroussienne, Lilith, Joufflette, l’Herbe folle, Laurent, Clem la matriochka, Cerysette des bois, Monette, Raquel, Léia,… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble sur la page du groupe Facebook dédiée. Rejoins-nous!

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