Plus grande, j’ai pris beaucoup de trains

Le nez collé à la fenêtre du salon, ma bouche faisait un rond de buée sur la vitre. Je guettais les nuages noirs et menaçants. J’avais hâte.

Je filais au garage chausser mes bottes, trop grandes ou trop petites, selon les années. J’enfilais mon manteau, peinais sur la fermeture éclair. Parfois je me coinçais un bout de la peau du cou quand enfin celle-ci cédait. Je retenais mes larmes, nouais mon écharpe. Et empoignais le précieux.

Je me précipitais dehors, et choisissais ma place sur la cour, toujours la même, bien au milieu. D’un doigt maladroit, j’actionnais le bouton et il s’ouvrait dans un clac sonore. Je le dressais fièrement au dessus de ma tête, la crosse contre mon coeur.

Mon parapluie.

J’attendais les premières gouttes, le bruit sec qu’elles faisaient en s’écrasant sur la toile. Et puis les autres, toutes les autres, le vacarme maintenant assourdissant au-dessus de ma tête, le froid humide. Et par dessus tout, j’observais sur les dalles grises l’espace que mon protecteur laisserait sec, le plus longtemps possible. Je pouvais rester là de longues minutes, ne rentrant que lorsque le vent aurait poussé l’eau à venir me lécher les pieds.

Je trouvais alors refuge sous la véranda pour écouter encore le chant de la pluie.

Comment se fait-il alors que je ne sois jamais devenue une femme à parapluie?

Sans doute parce que, plus grande, j’ai pris beaucoup de trains.

Petite-Fille-au-Parapluie

Merci Camille.

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