On va se serrer

-Est-ce que vous savez pourquoi vous avez congé aujourd’hui?

-Parce qu’on a école mercredi toute la journée?

S’ensuit évidemment un résumé bref et succinct des hostilités presque centenaires, et l’introduction d’un nouveau mot de vocabulaire: armistice.  A défaut de réforme des rythmes scolaires, pas encore arrivée dans notre campagne, ou de récupération de jours de vacances – je crois que c’est encore plus compliqué à comprendre, en fait, que d’imaginer la fin d’une guerre.

J’ai cependant évité de leur « souhaiter un bon 11 novembre » comme j’ai pu le lire ce matin. Après tout, on aurait pu se souhaiter une « bonne glande sous la couette », tant qu’à faire. Puisque plus rien n’a de sens. Puisque nous n’avons bonne conscience que parce que nous avons mauvaise mémoire. Puisque personne n’ira lire les noms gravés dans la pierre des monuments (pas même moi, étant pour la journée dans un pays qui a le mauvais goût d’avoir été de l’autre côté des tranchées).

Cent ans ou presque, est-ce le bon moment pour ranger les souvenirs dans un carton sous une couche de poussière? Pour oublier que partager est essentiel à la survie?

 

Je me souviens de ces hordes de pauvres gens passant devant chez nous, s’enfuyant devant l’invasion allemande. Les cruels souvenirs de 14-18 étaient encore trop présents dans la peur collective… C’était en mai ’40. Ils quémandaient un gîte pour la nuit. Nous, nous avions déjà accueilli un couple âgé, puis un homme seul (il avait laissé femme et enfants chez lui, et ne reviendra pas, tué dans un bombardement). Le flot ne cessait de s’accroître. Nos voisins évitaient de se montrer. Mon père appela ma mère, restée sur le seuil de la porte : « Entre et ferme la porte, on n’a plus de place ». Mais une famille venait de s’arrêter : les grands-parents, la belle-fille et son bébé. Alors mon père, les larmes aux yeux, leur dit :« Allez, entrez, on va se serrer ». Il se souvenait de 1917 et d’Ypres qu’il avait dû fuir pour s’en aller vers l’inconnu, atterrissant finalement à Blois. Ces gens sont restés trois jours chez nous, puis ont repris la route.  A.G. *

Il est des combats qui ne méritent pas l’oubli, la liberté en est le premier.

20110625

*Extrait des Mémoires d’A., mon oncle.

Les commentaires

Alice

Nous sommes allés écouter la fanfare sous le monument aux morts avec les élus et personnes âgées, et voir les drapeaux se hisser. Avant nous avions révisé, nous avons raconté et les questions fusent depuis. Octave a 5 ans tout rond, est fasciné par cette guerre qu’il ne faut pas oublier comme les autres d’ailleurs….

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pomdepin

Merci aussi pour la photo des bleuets. J’ai fait un article sur les poppies, les coquelicots que l’on porte ici, et j’ai reçu des réactions bizarres de la France. On m’a reproché de faire du patriotisme (alors que je ne suis pas anglaise!). Ça fait plaisir de voir que tout le monde ne réagit pas comme ça.

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Bismarck

Remettons les choses dans l’ordre: on rattrape mercredi parce que lundi était férié, et que comme ça, la semaine n’est pas trop lourde pour les enfants. Mais il est bon de rappeler pourquoi lundi était férié; nous avons aussi parlé de la Grande Guerre, même si, officiellement, ce jour est désormais dédié à tous les morts pour la France.

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Alors qu’il y a eux |

[…] J’écrirai, encore, quand leurs visages et leurs cris de terreur cesseront, momentanément sûrement, de me hanter si fort. J’écrirai, parce que bien sûr nos vies continuent et qu’il en est ainsi. Parce qu’il y a la place pour tout le monde, parce que je ne peux pas me résoudre à croire que nous allons rester là sans rien faire, parce que nous aurons toujours assez à partager,  allez, entrez, on va se serrer. […]

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