Le corps ou la vie?

Je vois fleurir ces derniers jours le dernier hashtag hype, lancé me dit-on par le magazine ELLE: #IVGmoncorpsmondroit. C’est vrai que la saison de la detox se termine doucement, même si je ne doute pas des bonnes intentions de cette campagne maladroite et réductrice à mes yeux.

Simone et nos mères se sont battues pour que nous puissions remiser les aiguilles à tricoter de nos grands-mères là où elles doivent être. Elles n’en seront jamais assez remerciées. En France, les choses semblent acquises, en théorie: la loi confortant le droit à l’avortement a été confortée il y a quelques jours, supprimant la notion de détresse. Détournons donc l’attention vers l’Espagne, la solidarité, mesdames, la solidarité. Et la confusion, aussi.

Mais sérieux, s’agit-il vraiment de nos corps ? Juste de nos corps ?

Alors oui, porter un enfant laisse plus ou moins de traces physiques, je ne vais pas te dire que, si mon poids n’a pas vraiment bougé après quatre grossesses, mes hanches n’ont pas, elles, pris quelques centimètres – ceux que mes seins ont perdu, sans doute. Aurais-je même, comme nombre d’entre nous, pris quelques vergetures au passage que je n’en serais pas encore morte.

Il ne s’agit bien moins du corps que de la vie, tout simplement. Un enfant change assez peu ton corps, en général, ou du moins, rien d’insurmontable. Ta vie, par contre, oui. Toute ta vie. A fortiori quand ce n’est pas le bon moment, les bonnes finances, le bon endroit, la bonne idée, ou… le bon père. Qui n’a apparemment, soit dit en passant, plus d’autre choix que d’accepter le nôtre. Nous nous battons pour que les pères s’investissent plus, mais refusons qu’ils interviennent dans le choix de départ. Ah. Et, au passage encore, il ne s’agit pas seulement de ta vie, mais de celle d’un autre être humain potentiel. Je suis bien d’accord que tu n’aies pas envie de lui pourrir la sienne non plus. Le corps ou les vies, donc.

Tu peux avoir mille bonnes raisons de ne pas vouloir d’enfant, pas maintenant, ou pas du tout. Il n’y en a pas de mauvaise, je crois. Sauf celle du corps, à mon avis. Maladroit.

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Twitter/Laurence Olivier

 

16 réflexions sur “Le corps ou la vie?

  1. Je te remercie d’être une des rares que je lis à évoquer le rôle du père et la place que nous lui donnons surtout. Ce manichéisme ambiant qui confine parfois à la misandrie qui voudrait que "les mecs" n’aient pas voix au chapitre me fatigue. Il me semble que dans ce juste combat tous les volontaires sont bienvenus, et particulièrement nos compagnons/amoureux/frères etc.

  2. Heureusement, ce n’est que l’expression qui est maladroite. Et en fait, personne ne l’avait encore fait remarquer… ;)

  3. Je suis assez mal à l’aise depuis le début de ce hashtag sans trop savoir pourquoi. Ton texte me fait comprendre (entre autre) que l’exclusion totale du père dans le discours me chagrine.

  4. J’aime beaucoup ton analyse, surtout concernant la place du père. Qui a totalement disparue semble-t-il. Pour avoir vécu 10 ans dans un pays qui interdit l’avortement, quelques soient les circonstances et les risques, (ou on a laisse mourir une femme en train de faire une fausse couche, plutôt que d’accélérer la chose et de la faire "avorter" et lui sauver la vie) et y avoir assisté à trois campagnes de référendum sur le sujet, j’apprécie beaucoup ta modération. C’est normal d’avoir des réactions épidémiques, malheureusement, elles font rarement avancées la réflexion. Il y avait une telle hypocrisie en Irlande, des qu’on parlait avortement, mais ça m’appris à ne pas imposer mes vues aux autres. Non seulement, ça ne sert à rien, mais pourquoi mon choix aurait il plus de valeur qu’un autre?

  5. Ton billet laisse de côté la possibilité de garder la grossesse sans garder l’enfant : on peut aussi choisir de l’abandonner à la naissance si on ne peut ou ne veut pas devenir mère. C’est en cela que l’IVG est un droit de disposer de son corps.

  6. Ton billet est très juste, ce hashtag me gênait aussi. IVG c’est mon droit parce que c’est ma vie.
    On oublie un peu les géniteurs, je suis d’accord. Mais dans nombre d’IVG sont leur "faute" : viols, abandon de la jeune fille ou de la femme enceinte, refus de mettre une capote… Par contre, quand on est en couple et que la question de l’IVG se pose, c’est une décision que l’on doit discuter et prendre à deux. Même si, comme l’enfant est dans le corps de la femme, elle peut avoir le dernier mot.
    Pour avoir porté et donné la vie à un enfant, mon corps a changé. Mais je le trouve plus riche, même avec ses vergetures. Si par hasard et malchance j’étais à nouveau enceinte dans les mois qui viennent, ce qui serait bien trop tôt, on ne garderait pas le foetus, on en a déjà parlé. On est un couple, c’est notre décision conjointe.

  7. Une fois de plus ta plume est juste.
    J’aurais adoré avoir la force d’écrire un article sur le sujet, donner mon avis, mes idées, mais il y a des blessures encore trop fraiches même des années après

  8. je me demandais justement ce qui me bloquait devant ce hashtag.
    J’avais envie d’exprimer des choses la dessus… merci, parce que tu as fait le boulot pour moi ;)
    c’est tellement bien formulé.

  9. Merci pour cet article, c’est la réflexion que je me faisais aussi. C’est bien plus qu’une question de corps, parce que après il faut l’assumer le gamin, et que tu le gardes ou le fasses adopter, ça change toute ta vie et la sienne surtout… Si une femme ne veut pas de cet enfant, c"st généralement parce que sa vie ne peut pas l’accueillir, pas parce que son corps ne veut pas le porter…

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