Le blouson noir

Un jour ma prof de latin de cinquième a déclaré, péremptoire, que je n’étais rien qu’un blouson noir, parce que j’avais sans doute ricané bêtement lors d’une traduction (une histoire de lions affamés et d’Héliogabale sans doute encore). Elle se trompait lourdement. (En même temps, ça ne m’étonne qu’à moitié, de la part d’une prof qui avait invité sa classe à ses noces pour filer l’année d’après le parfait amour avec sa témoin, surveillante en chef de l’établissement, ndlr passion se tromper.)

Moi, un rien m’émeut. J’ai la glande lacrymale généreuse (et la fesse aussi, mais nous en parlerons un autre jour si tu veux bien), je suis insortable. Un rien, et surtout le ciel. Il n’y a guère que les ciels mouillés et gris qui me laissent froide comme le marbre.

Un nuage rose bleuté, la délicate dentelle d’un arbre en hiver, un flocon qui se pose, le dégradé des collines se teintant progressivement de gris dans le lointain, le soleil qui rougeoie et le vent qui tournoie, Sœur Anne ne voit rien venir mais moi je n’ai pas assez de mes yeux pour tout retenir de ces chefs d’œuvres éphémères. Il m’arrive de courir tout au fond du jardin pour observer la lune immense ou de réveiller les enfants pour un arc-en-ciel un soir d’été. Je vis les pieds bien sur terre mais le nez en l’air et le cœur presque chaque jour rassasié de ce spectacle gratuit dont je ne me lasse jamais.

J’ai appris à mes enfants que le ciel leur appartient et qu’il contient les rêves les plus fous. Maintenant, ça fait cinq cris émerveillés simultanés au moindre coin de ciel rose.

 soleil rouge

23 réflexions sur “Le blouson noir

  1. Comme disait le poète américain Emerson : "Le ciel est le pain quotidien des yeux."
    Merci pour tes si jolis textes qui me réjouissent coeur. Je te souhaites des milliers de ciels pour nourrir tes yeux et ceux de tes enfants.

  2. C’est beau :) Mon père nous a transmis, à mon frère et moi, la même fascination sur des choses si simples et pourtant si belles… je n’ai pas encore d’enfant pour partager ces oooh et ces aaah avec eux mais j’ai hâte …oui parce-que mon chéri,qui n’a pas été élevé comme ça, et il ne comprends pas tjs "cette admiration pour tout" … tant pis, je m’émerveille quand mm ^^ et quand j’ai la chance de passer des moments avec mon père, je retombe en enfance et j’observe le monde qui m’entour avec lui. (mon père c’est le genre à s’arrêter net sur la route parce-qu’il à vu passer une biche et qu’il veut nous la montrer…quitte à foncer droit dans le champs XD)

  3. Je vois que nous sommes une jolie petite bande d’illuminées à nous précipiter dehors (ou aux fenêtres) pour observer les splendeurs du matin ou du soir. Virus que j’ai transmis à ma fille ; l’autre matin, nous sommes sorties en pyjama parce qu’elle s’était exclamée "Maman, le ciel est tout rose !". C’était vrai.

  4. C’est poétique, voir la beauté dans les choses offertes par la nature, c’est certainement un très bon moyen de vivre heureux.

  5. Je suis comme ça. Une hirondelle sur un fil, un chevreuil au bord de la route, un hérisson dans le jardin, un nuage en forme de coeur, un ciel étoilé, la Voie Lactée, le coucher du soleil, chercher la nuance la plus sombre dans les nuages d’orage.
    Je m’émerveille…
    Merci Mentalo pour si bien décrire la beauté du monde.

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