Judith et le sourire

Judith a trois semaines lorsque je la rencontre, endormie au creux des bras de sa mère, au cours d’une visite d’une exposition de patchwork (Si. Contre toute attente : superbe, j’en suis encore sur mon séant de tant de beauté et de minutie. Je ne sais pas ce qui m’arrive.). C’est un bébé menu et paisible aux traits fins et délicats, longs cils et longs doigts. C’est également la première fois, je crois, que je vois sa maman. Qui d’emblée me raconte, boostée aux hormones, qu’elle adore accoucher, alors que je m’extasie sur cette jolie petite vie toute fraîche. Elle me raconte joyeusement les sept heures de travail à la maison, la naissance en moins d’une demi-heure dans l’hôpital tout neuf, le personnel à l’écoute et le soutien qu’elle y a trouvés.

 

Alors que nous nous mettons à la recherche de l’aînée qui a filé dans les rayons de la médiathèque, elle me dit les difficultés d’allaitement, les compléments, les solutions qu’elle a trouvées avec son mari, encouragée par une pédiatre (baba-cool, dit son mari) très à l’écoute. J’ouvre la bouche, prête à dire que je pense ces solutions bancales, qu’il faudrait faire comme ci ou comme ça, lire tel ou tel livre. Et puis je la referme, sans avoir rien dit. Je la félicite. Je l’encourage. Je dis c’est chouette, de trouver un équilibre qui vous convient.

 

Et je le pense. Vraiment.

Parce que cette maman ne me connaissait pas, ne me demandait rien, si ce n’est l’approbation d’une de ses congénères.

Parce que trop souvent on croit qu’on est meilleure que l’autre, qu’on en sait plus, parce qu’on a appris, lu, vu, parce qu’on a vécu, expérimenté.

Parce que trop souvent on impose, on s’impose. Et, implicitement, on sous-entend que l’autre s’y prend mal. On instille le doute là où il n’était pas quelques secondes plus tôt.

Souvent, se taire et sourire sont les meilleures choses à faire.

Elle ne me demandait rien, je n’ai rien dit.

Sauf que Judith était si jolie. Sa maman est partie, radieuse.

 

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Les commentaires

CaroSelky

Bravo pour cette réaction bienveillante !! C’est vrai que parfois on devrait se la fermer, plutôt que d’y aller de ses conseils (in)avisés…

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fabiennelepicdelaglaviouse

Comment ? Tu ne lui a pas expliqué comment tes enfants mangent des yaourts aux courgettes depuis qu’ils se sont diversifiés eux mêmes à l’âge de 7 semaines à peu près au moment même où ils ont commencé à signer en mandarin ? Je loue ta retenue.

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petiteyaye

Quelle bonne idée ce silence et quelle bonne idée d’écrire un texte sur le sujet ! Souvent on pense bien faire en ouvrant la bouche alors que ce n’est pas justifié. En devenant maman je me suis vraiment rendue compte que les remarques de ceux à qui on ne demandait rien pouvaient vraiment être blessantes, agaçantes, bouleversantes, et remettre en cause ce si fragile équilibre que nous essayons de trouver malgré la fatigue, les hormones, le stress, les doutes qui sont déjà les nôtres…

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Dame Praline.

J’ai déjà fait ça aussi, ne rien dire, et laisser la maman se confier parce que c’est ce dont elle avait besoin …
Merci, très beau billet plein de délicatesse <3

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cecile

je découvre votre blog à la faveur du billet croisé sur le parc Astérix avec Papacube, je prends un vrai plaisir à vous lire. Vous avez une écriture fine, délicate et juste ! (et même si sur votre billet concernant les rythmes scolaires, je ne suis pas entièrement d’accord ;-))
Ce billet là est magnifique !

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Merci Cécile, et bienvenue!
Et ici, les lecteurs qui ne sont pas d’accord sont aussi appréciés que les autres (et ils ont surtout le droit de le dire, les lecteurs habituels confirmeront!): je ne détiens aucune vérité universelle!

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