Il a gelé ce matin

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Je lui ai demandé trois fois s’il n’aurait pas froid. Proposé un pull, une écharpe, un autre manteau. A la troisième, il a ri. Moi aussi.

Mais qu’est-ce qu’il me reste d’autre, hormis lui recommander de bien se couvrir, et de se laver les mains (et les dents) ?

 

Je pourrais lui dire d’arrêter de se faire embêter dans le bus. De tenir son sac de piscine bien serré pour ne pas qu’un idiot ne le jette par la porte au premier arrêt. De ne pas s’asseoir tout au fond, sur la banquette, objet de convoitise intergénérationnel, parce qu’il reviendrait les bras tout rouges d’avoir été pincé par les filles.

Je lui dirais de ne pas approcher des flaques dans la cour, parce que certaines sont si mauvaises qu’elles le pousseraient jusqu’à ce qu’il tombe les fesses dedans, et puis lui aspergeraient le visage en y tapant du pied. Je lui dirais de ne pas laisser son sous-main sur son banc, il le retrouverait découpé aux ciseaux, à son retour.

Je lui dirais de ne pas côtoyer L., qui encouragerait son seul ami à lui « donner un coup de pied dans le zizi ». Ou surtout, de ne pas passer près de R. qui distribue les coups de pied dans le ventre.

 

Je lui dirais de ne pas tomber amoureux, ou alors en secret, pour éviter les moqueries. Je lui dirais de ne pas écouter, de ne pas entendre les insultes, que moi je m’en fiche que ses camarades lui disent « nique ta mère », je ne suis pas sûre qu’elles comprennent ce qu’elles disent, déjà je ne suis pas sûre de bien comprendre moi-même ce que cela signifie, au fond. Je lui dirais de ne pas y répondre, mon père m’a toujours dit qu’on répond aux imbéciles par le silence.

 

Je lui dirais de ne surtout pas montrer que tout ça le touche. Comme j’essaie de ne pas lui montrer que cela me révolte. Je lui dirais qu’il est bien mieux que tout ceux-là, que ce qui est important, c’est ce que lui, et nous, pensons de ce petit gars pas bien épais de bientôt dix ans, avec ses yeux grands et bleus comme l’océan, bordés de cils de faon, et son petit cœur trop mou.

 

Je lui dirais qu’on a le droit de sortir de chez soi et de s’y sentir aussi bien que dedans. Qu’on a le droit d’aller à l’école sans avoir peur.

Alors je lui dis de mettre son bonnet, il a gelé ce matin.

 

 

Les commentaires

La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

J’ai réussi à me faire pleurer moi-même, te dire le niveau.

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fredauboulot

Quelle plaie, ces histoires de harcèlement à l’école! 🙁
Je souhaite beaucoup de courage à ton loulou et à toi aussi.
Plein de bisous tout doux.

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Eva Parutchero

Je vais pas pleurer avant la sortie de classe j’ai du rimmel! Ce serait pourtant mérité!
C’est drôle depuis hier j’ai à peu près le même sujet en tête, que je travaille en silence, mais évidemment pas aussi poétique! Du coup je ne sais plus!
Prends bien soin de ton « grand », l’amour sauve de tout, de beaucoup en tout cas.

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Combien tu brilles

ça me glace le sang… et punaise, qu’est ce que c’est bien écrit.
Embrasse pour moi ses jolies joues rouges et dis lui qu’un jour les méchants trouvent plus méchants qu’eux encore, et comprennent leur bêtise. Promis, j’ai testé avec « mes » méchants.

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christine z c

s’il le faut dis lui vraiment..et change le d’école..Martyr c’était bon chez les premiers chrétiens

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Marie

Tes mots ont pris à la gorge la maman que je suis. Comment les protéger face au monde parfois si cruel ? « Mets ton bonnet », « couvre-toi », « fais attention »… Comme autant de formules magiques qui nous donnent l’illusion de ne pas être totalement impuissants une fois qu’ils ont passé la porte.

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fabiennelepicdelaglaviouse

Je lui dirais qu’un jour on croise celles qui pincent au supermarché et qu’elles sont laides et vieillies de leur enfance passée à chercher comment foutre en l’air celle des autres. Je te dirais bien que cette école là n’est pas une fatalité et que peut-être ce serait bien d’aller voir ailleurs s’il y a plus d’attention et de moyens mis à disposition pour lutter contre ça. En attendant je pense à vous.

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Anaïs (@MadameOrdinaire)

J’ai mal au cœur en te lisant car il est trop souvent que je me mords la langue pour ne pas dire ces fameux « tu devrais…  » ou « moi à ta place… ». Je me tais mais je les trouve tellement odieux ces même-pas-encore-ados.
Sincères pensées…

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M3rede

Je voulais te dire quelque chose et puis j’ai lu les autres commentaires où tout est dit… Des betches pour lui et pour toi…

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Paf ! le P.A.F

Bordel, tu me donnes des envies de violence de bon matin. Je n’ai pas été confronté au cas, mais je crois que je ne serais pas capable de ne pas en serrer quelques uns dans les coins et de leur faire comprendre que j’aimerais qu’ils arrêtent (genre leur faire une proposition qu’ils ne pourront pas refuser, tête de cheval, tout ça).

je repense à ça :
Il est complètement fou ce mec. Mais moi, les dingues, je les soigne. Je vais lui faire une ordonnance, et une sévère… Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m’en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile !

Je vous embrasse tous les deux et je range ma violence dans ma tête.

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petiteyaye

Et voilà, encore une fois je pleure… Que c’est triste. Je me réconforte comme je peux, en me réjouissant qu’il ne gèle pas ici, qu’il n’y a pas de bonnets à mettre. Jusqu’à quand ? Bon courage, on vous embrasse très fort car les câlins ça ne guérit pas tout, mais ça fait du bien quand même !

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lachroniquequipique

C’est dingue de voir à quel point la méchanceté de certains enfants est déjà tellement destructrice…Que faire? Y aller et « régler » soi-même le problème? Lui donner les moyens de jouer des poings? Le prendre sous le bras et l’enlever de ce bourbier? Question difficile, poignante, à laquelle on espère tous ne pas avoir à réfléchir…en attendant, couvre le bien, il ne faudrait pas qu’en plus il prenne froid.

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M*

J’ai mal au ventre en lisant cet article, mal pour ton petit/grand garçon qui ne mérite pas toute cette souffrance, mal par anticipation pour ma fille qui vient de commencer l’école. Comme les autres avant moi, je voudrais dire à ton fils qu’il triomphera de ces méchants-là. Qu’ils resteront toujours cantonnés à leur bêtise et leur malheur alors que lui saura rester solaire. Qu’il grandira et que, j’espère, il oubliera. Que ça ne lui fera rien quand il les recroisera, parce qu’il verra que la vie s’est chargée de les remettre à leur place de minables.
En attendant, courage à ce petit/grand garçon et à sa maman.

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Marie Kléber

J’ai pleuré, plutôt deux fois qu’une, à cause des souvenirs et parce que nous nous sentons bien souvent fragiles face à ce que nos enfants vivent. Nous voudrions les protéger de tout et de tous, et nous n’y arrivons pas. Ca fait mal et pourtant je sais aussi que son petit coeur trouvera un jour la paix.
Je vous embrasse tous très fort.

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Mariane

Et pourquoi ne lui dis-tu pas « viens, on va voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus belle et si les filles, au lieu de pincer, donnent des bisous  » ?
Je ne pense pas que je pourrais le voir grandir malheureux en sachant que moi, adulte, je peux le protéger en le scolarisant ailleurs, par exemple.
Sans prôner la violence pour la violence, on peut aussi apprendre à se défendre et à ne plus être victime. Un petit garçon harcelé devient un ado torturé…
C’est en tout cas mon avis, un avis d’ancienne petite fille harcelée par de vilains camarades qui trouvaient qu’une fille, c’est moche avec des cheveux courts, et qui lui ont fait payer cette faute de goût pendant près de 7 longues années.

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yeahyeahgirl

Oh mon Dieu je découvre ton blog par cet article vraiment superbement écrit, je suis très émue, pas marrant tout ça. Que ma fille se fasse emmerder à l’école c’est ma hantise, j’avais peur de sa première rentrée en grande partie pour ça. Courage à ton petit, j’espère qu’il trouvera la force de ne pas se laisser pousser dans les flaques.

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Christelle

Ma fille a subi ça en silence parce que je travaillais dans son école…elle voulait pas me créer de problèmes….
Aujourd’hui elle a 20 ans, le vilain petit canard sur qui on se déchaînait, est devenu une jeune femme super belle…..qui est suivi par un psy pour lui permettre de se reconstruire, de lutter contre sa peur viscérale des autres….
Et moi, la culpabilité me ronge de n avoir rien vu, de n avoir pas pu la sauver…..
N attends pas…
Câlins à ton grand garçon.

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CaroSelky

OH ce billet me fait de la peine. Merde quoi. Putain mais j’ai de sale souvenir d’une simple remarque qu’on m’a faite en sixième. Mais toussa…. Je ne sais pas si je pourrais le supporter. Mes enfants. Nos enfants. Des enfants quoi…
Pourquoi toussa… pinaise ça m’agace…. Courage à vous deux. Bises à toi

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Geneviève

J’ai été moi-même plus ou moins harcelée comme prof.
Comme il est dit souvent ds les commentaires, je crois qu’il vaut mieux faire face, en parler beaucoup jusqu’à qu’il arrive à se défendre. Vous, son père, sa soeur, un psy ….
Si ce n’est pas possible, changer d’école, en effet.

Pardon de donner des tas de conseils et pas de solution. Amitiés.

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Merci Mimi. La méthode décrite dans ce billet http://blog.scommc.fr/savoir-se-defendre-petites-agaceries-quotidiennes-a-lecole/
est exactement celle que j’essaie de mettre en place.
Parce que changer d’école ne fait que déplacer le problème (pour retrouver le même ailleurs?), et induit que la victime est coupable, ce que je ne veux pas.
(et on ne change pas un enfant d’école en milieu de CM2, si on veut lui donner confiance en lui!)

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obni

Ici nous avons du changer notre fils d’école… Il commençait à se replier sur lui-même, ne parlant presque plus… après ça c’est un tout petit peu arrangé mais il en est resté beaucoup. Triste réalité.

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