La vie est un lendemain de fête

Pannacotta au sirop de guimauve de Louise ♥

 

On a dû se mettre debout derrière nos chaises et faire silence parce des gens ont été tués avec des fusils à leur travail qui était dessiner.

 

J’aurais aimé attendre un peu avant de te parler de tout ça. Que retombe l’émotion – pas l’indignation. J’aurais aimé te le dire avec mes mots. Te dire ce que moi j’en pense, quand j’aurai pris assez de distance pour savoir moi-même quoi en penser exactement. Tu as six ans, il n’y avait aucune urgence pour t’apprendre la barbarie.

J’aurais aimé attendre, pour pouvoir t’expliquer qu’on croit tellement, en France, qu’on peut rire de tout, et que tout le monde pense –ou doit penser- comme nous, qu’on en oublie que certains – quels qu’ils soient – ont mal quand on se moque d’eux. Et que c’est naturel, humain, compréhensible. Même si rien ne justifie la violence.

J’aurais aimé attendre, et te dire tout ça moi-même, avec mes mots, parce que je connais tes peurs.

J’aurais aimé que tout ça décante un peu, ne plus entendre n’importe quoi, réactions épidermiques livrées brutes, prendre le temps de poser les mots justes, avec toute la distance nécessaire.

J’aurais aimé attendre, pour être bien sûre que tous ces gens dans les rues n’auront rien oublié de leurs jolies promesses demain et que le monde dans lequel tu grandiras sera fait de tolérance, que demain tu n’entendras pas à nouveau que tout cela est de leur faute, qu’ils sont trop nombreux, et puis, ils ne vivent, ils ne pensent, ils ne mangent pas comme nous. Que demain les portes de partout ne leur seront plus fermées rien que sur base de leur nom qui respire le soleil et la terre rouge, et qu’on respectera leur différence sans chercher à l’annihiler. Qu’on se rendra compte que l’autre n’est pas soi, et que c’est ça aussi le respecter.

Je ne t’aurais rien caché. Mais j’aurais voulu attendre et te protéger des idées toutes faites, des réponses trop rapides. Connaître ce que ta maîtresse allait te dire, toi qui, à six ans c’est normal, bois chacune de ses paroles. J’aurais aimé parler avec toi plutôt que de t’imposer le silence. Mais apparemment, il était urgent de ne te projeter dans cette réalité de grands. Mais tu sais, ce serait trop facile de croire que dans ce monde, il y a d’un côté les bons, et de l’autre les méchants.

Les commentaires

CaroSelky

Moi aussi j’aurais aimé attendre… comme j’aurais préféré que son petit frère n’entende pas ses mots, questions, peurs, et mes réponses….

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Crevette d'ODouce

Tu viens de mettre les bons mots sur ce sentiment qui ne me quitte pas depuis vendredi matin, au moment même où j’ai appris que ma Grande Crevette (5 ans et demi) se rendrait avec sa classe au rassemblement prévu dans notre ville.

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Florence BatMax

« … apparemment, il était urgent de ne te projeter dans cette réalité de grands. »
C’est exactement ce que j’ai ressenti.
Ils sont revenu jeudi soir et Maxence (le petit) m’a dit : tous les grands étaient punis à la cantine, ils ont dû rester debout derrière leur chaise, et son frère d’ajouter :
« Non, on a pensé aux dessinateurs morts à Paris, tu sais maman, moi aussi je dessine, heureusement que je n’étais pas à Paris hier ».

Le soir nous avons donc parlé de tout cela, expliquer l’inexplicable et surtout rassurer. Je remercie « Mon petit quotidien » en ligne, qui nous a bien aidé.

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Paf ! le P.A.F

Ils ne pouvaient pas passer à travers de toute façon. Si les maîtres et maîtresses n’en avaient pas parlé, ç’aurait pu être encore pire avec juste les discours de cours de récré, répétés de ce que d’autres parents en ont pensé. Nous avons aussi utilisé « le petit quotidien ».

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Bismarck

J’ai été un peu surprise aussi d’apprendre que même les maternelles avaient dû faire une minute de silence. La maîtresse a plutôt bien expliqué les choses. Mais je crois qu’il fallait leur en parler, parce que tout le monde ne parlait plus que de ça.

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meyeve

J’aurais aimé attendre aussi…puis on a lu le petit quotidien, très bien fait, et il n’en a plus jamais reparlé. Merci pour tes jolis mots comme toujours.

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Il y aura toujours les écureuils |

[…] rien dit, on s’était dit que tu avais bien le temps pour connaître tout ça. Et puis il y a eu ce que d’autres t’ont dit, ce que tu as vu ailleurs. Cette fois, quand le téléphone a sonné, quand la sortie au musée de […]

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