Avant d’avoir été

Bracelet offert par Bijoux Chérie

 

Elles planent à 15000, me dit ma chère amie, alors que nous devisons une fois de plus de nos filles chéries respectives.

 

Bien sûr, qu’elles planent. Bien sûr, qu’elles ne réalisent pas. La mienne n’a pas tout à fait quatorze ans. N’est-ce pas le plus bel âge ? Celui où on décide de faire un barbecue avec des copains dans le jardin un vingt-cinq mars alors qu’on est végétarienne et qu’il fait six degrés dehors. Celui où on oublie malencontreusement qu’on avait encore un devoir de français pour demain, et puis de ranger le jus d’orange dans le frigo, le verre et puis le paquet de biscuits, aussi.

 

L’âge où un mot de travers est la cause de larmes infinies, où un regard déclenche des fous-rires insondables, un texto des sauts de cabri à travers le salon des arabesques birkenstockiennes des renversements artistiques sur le canapé qui n’a rien demandé, des regards médusés de la fratrie, consternés des parents.

 

L’âge où on ne voit pas le problème, où les plans se tirent sur la comète, où tout est possible, du moins en théorie, du moins quand on l’échafaude dans la cour à la récréation. Des voyages incroyables aux concerts improvisés. Des soirées pyjamas aux expéditions piscine. Des gâteaux au chocolat (mais pas la vaisselle!) aux balades à cheval. L’âge où on a toujours une longueur d’avance sur les idées farfelues et quelques-unes de retard sur le réveil, la montre, l’horaire du bus et l’horloge de l’église (tant de précautions valent mieux mais sont aussi inefficaces qu’une).

 

Alors bien sûr, nous leurs mères on souffle, on soupire, on s’agace, on lève les yeux au ciel, parce qu’on a oublié comment c’était, avant. Avant qu’on grandisse, avant qu’on paie des factures, qu’on passe le permis et qu’on soit responsable de vies, la nôtre et les leurs, et de la liste de courses et d’appeler le docteur, et puis le dentiste, et le lycée pour l’orientation, aussi. Avant qu’on ait oublié combien il est important de sentir le parfum des choses, avant qu’on pense à l’avenir plutôt que de vivre au présent.

 

O temps suspends ton vol et laisse les planer encore un instant, un instant de grâce et de légèreté, laisse les rêver encore avant qu’elles ne se brisent, laisse les être avant d’avoir été.

Les commentaires

La Mère Joie

Moi, c’est les feutres tout neufs que je range dans le frigo. (mais on le sait, j’ai gardé un je ne sais quoi de mes 14 balais…) (l’égocentrisme notamment)

Réponse
La Mère Joie

Plus sérieusement, j’ai trouvé qu’il y avait eu un gros passage chez nous à 16 ans : le premier travail, la carte sécu et donc la possibilité d’aller seule chez le docteur, la conduite, les premières épreuves du bac (dont celle de demain que nous n’avons apprise qu’hier… Tout va bien…).

Réponse
Rosaannoma

Ce billet tombe à pic.
Toute ma frustration devant une ènième approximation de la part de l’ado vient de fonder. Oh comme au fond je l’envie…
Merci!

Réponse
Filledesbrumes

C’est une belle réponse à une jolie question lue chez Caroline. Mes filles sont encore loin de l’adolescence mais j’aimerais poser sur elles ce regard bienveillant lorsque le temps sera venu.

Réponse
Anne

Mon modèle 14 ans (bientôt) est masculin et c’est exactement la même chose pour le réveil et l’heure du car… Pour les devoirs… Idem… Mais l’enthousiasme ne se développe que pour les vidéos stupides qu’il partage à grands renfort de cris, gloussement, rôts et pets (et concours de « chat/bite) avec ses frères, voire avec son père… Et pour les projets… Néant. Il se laisse porter. Du moment qu’il y a à manger…

Réponse
Mademoiselle Coquelicot

Bon, moi, je suis un peu dans l’entre-deux, j’ai 26 ans. Et j’ai davantage l’impression que c’est aujourd’hui que tout est possible alors qu’à 14 ans … justement il y avait les parents derrière pour freiner ! ^^

Réponse
Marie Kléber

Je crois qu’il est important de les laisser avoir leur âge, de ne pas les freiner avec nos idées d’adultes, qui ont souvent perdu de leur peps. il ne faut pas oublier qu’un jour nous avons eu l’âge de tous ces possibles.

Réponse
viedemiettes

Il est tellement doux ton article. Je ne garde pas un très joli souvenir de mes 14 ans. J’étais tellement timide et angoissée que je n’osais finalement pas faire grand chose (et je crois que j’étais alors plus douée pour faire mes devoirs que pour imaginer des choses un peu folles).
C’est un peu après que c’est venu, avec le lycée, cette sensation de liberté et d’être un peu adulte. Ta fille a de la chance d’avoir une maman qui porte un si joli regard sur l’adolescence.

Réponse
Eva Parutchero

J’ai la naïveté de croire que je n’ai rien oublié… J’espère que cela m’aidera, l’aidera, le moment venu!
Très joli billet, une fois encore…

Réponse

Laisser un commentaire