A l’heure où les ombres chuchotent

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A la faveur des petites heures éveillées malgré moi de la nuit me revient soudain son souvenir. La lucidité de ces heures profondes et silencieuses m’étonne toujours. Je le savais pourtant, que j’avais mis mes pas dans les siens, reproduisant, avec une coïncidence tellement troublante qu’elle n’en est pas, une histoire familiale chaotique, faite de détours, de trébuchements, de choix hasardeux, de fuite en avant et de reconstruction patiente.

 

Mais cette nuit l’évidence soudain, la clé de l’énigme, je suis comme elle cette femme qui marche pour comprendre autant que pour sauver sa peau et avancer.

 

Au temps de l’horreur elle avait marché de longs jours, plus de mille kilomètres sur le bord des routes, elle m’avait raconté les grains de café dans sa poche qu’elle croquait de temps en temps pour tenir, l’amour qu’elle en avait gardé de l’odeur du café qui emplit la cuisine au petit matin. Et elle avait tu le reste, parce que la vie avait été plus forte et à quoi bon remuer le passé.

 

Quand j’étais petite et elle presque quatre fois vingtenaire déjà, elle avait un dimanche sonné à la porte, envie subite de nous voir, elle avait parcouru à pied les kilomètres le long de la rivière. Une part de gâteau plus tard, elle s’en était allée par le même chemin, je me souviens que nous l’avions accompagnée jusqu’à mi-route et de sa silhouette de plus en plus frêle sur le chemin de halage.

 

Quelques mois avant la fin, elle avait tenu à me rendre visite. J’habitais déjà loin, elle était venue en train. Souvent, je l’ai imaginée rentrer de la gare à pied, la nuit tombée. Sa dernière marche, elle l’a faite pour moi.

 

Cette nuit à l’heure où les ombres chuchotent je sais d’où me vient cette soif d’avancer toujours, cette manie d’user mes chaussures sur les sentiers de pierre. Cette nuit une chaleur subite dans mon ventre m’empêche de me rendormir, il est faux de croire qu’on est seul sur le chemin.

 

 

 

 

 

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