Le goût acidulé des framboises

MFHP

 

Ma main chatouille la sienne tandis qu’elle boit son chocolat du matin. Comme il est étrange de penser que, malgré mes efforts, d’ici quelques mois j’aurai oublié cet instant, comme j’en ai oublié tant d’autres pour les aînés, peut-être même leurs visages de nourrissons. C’est la vie, nos souvenirs sont des trompe-l’oeil dont les contours cotonneux s’effacent peu à peu.

 

Alors que les jeunes mères s’émerveillent des premières fois, j’égrène les dernières fois, sans nostalgie: il y a tant à voir, à découvrir, à connaître, à partager devant nous. Je freine, pourtant, un peu, je prolonge l’entre-deux: le lit à barreaux pas encore démonté dans notre chambre, les jouets à donner, l’inscription à l’école reportée. Ces histoires qu’elle s’invente seule et puis ce câlin dont elle a soudain besoin et qu’elle vient chercher en courant.  Ma main qui la guide pour monter l’escalier, les chaussures que son frère l’aide à enfiler, non pas qu’elle en ait besoin, mais juste pour le plaisir. Les colères qui s’apaisent à mesure que nous apprenons à la comprendre et que nous regardons à présent moitié attendris, moitié amusés. Le répit, la pause, l’équilibre.

 

Que restera-t-il dans nos mémoires de cette époque sinon le délicieux sentiment que chacun a trouvé sa place au milieu des autres, ni trop serrés, ni trop éloignés? Je n’ai pas oublié leur enfance, je l’ai juste enfouie en moi comme un trésor et mes souvenirs datent d’hier, de leurs rires et de leurs jeux, des cartables jetés dans l’entrée pour courir au jardin, des cerises qui laissent des traces sur les joues et du goût acidulé des framboises sur la langue, des chuchotis de la nuit qui tarde à tomber.

Les commentaires

Dorémi

De cette époque resteront ces écrits, qui viendront suppléer votre mémoire quand elle se montrera défaillante…
C’est malin, hein, j’ai encore une fois la larme à l’œil lire ce joli texte.

Réponse
anne marie

Des années après, c’est si bon de les faire remonter ces instants, ils sont intacts et salvateurs dans certaines circonstances ……

Réponse
Cambroussienne

Des lustres que je n’avais pas pris le temps de te lire. C’était un tort assurément. Merci pour cette balade au pays des souvenirs fugaces et précieux à la fois.

Réponse
Lucille

Mais, mais, mais.. Je me suis vue dans tes mots. Non, non, ne pas oublier mais enfouir ces sensations, ces sourires, cette innocence. Ses pourquoi, ses regards, ses mimiques. Avancer, oui. Avec ça dans le coeur.
Merci.

Réponse
« Lisez le » |

[…] cette nuit et m’assieds sur son lit. Tandis qu’elle pose sa tête contre ma poitrine je repense à ce que j’écrivais l’autre jour. Je ne me rappellerai bientôt plus de son visage embué de larmes, de ses cheveux qui bouclent, […]

Réponse

Laisser un commentaire