Emily

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Il y avait un mélange d’appréhension et d’excitation  chez Emily en cette veille de rentrée. Ses premiers pas au lycée. Chez les grands. Elle avait beaucoup attendu ce moment. Un saut dans l’inconnu. Comme tant d’autres, elle avait préparé soigneusement sa tenue la veille. Des vêtements dans lesquels elle se sentirait jolie. Une jupe, parce qu’il faisait chaud. Des sandales, aussi, elle avait de jolis pieds, et les ongles parfaitement peints de rose vif.

 

Emily avait toujours eu le contact facile. Son joli minois et sa ligne élancée, ses longs cheveux blonds y étaient sans doute pour quelque chose, bien sûr. Mais elle était avant tout d’un naturel souriant, et dès les premières heures, elle était entourée de nombreux lycéens tout frais, comme elle. On faisait connaissance, on frimait un peu en ce premier jour. C’était un lycée de petite ville de province, souvent les élèves venaient de loin, dans la campagne. Beaucoup d’entre eux portaient un jeans, depuis quelques années déjà, les audacieuses qui se risquaient à porter une jupe se voyaient qualifier de putes par leurs camarades du même âge. Alors on portait des jeans, et des baskets, résignées.

 

C’était un jour ordinaire, dans un lycée ordinaire de province. Le soleil brillait.  Emily était jolie et fraîche comme une jeune fille de quinze ans. Mais ce jour-là, en guise de bienvenue, on traita la jolie Emily de pute à cause de ses talons, on lui conseilla de rentrer chez elle se changer, de se suicider, on la harcela sur les réseaux sociaux, créant même un hashtag rien que pour déverser sa haine par centaines d’anonymes dès le premier jour de lycée, sans la connaître, sans même l’avoir vue souvent.

 

C’était un jour ordinaire, dans un lycée ordinaire de province. Pas dans le métro parisien hélas, où le choeur des féministes se révolte contre les mains baladeuses et les insultes auxquelles on ne répond même plus, blasées. Dans une campagne oubliée, où le féminisme, c’est surtout d’apprendre à nos gosses, au quotidien, sur le coin de la table de la cuisine,  à se respecter  les uns les autres quel que soit leur genre ou leurs vêtements.  C’était un jour ordinaire dans la vie d’une jeune fille de quinze ans ordinaire. Ou du moins, ça aurait dû l’être.

 

Les commentaires

La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Oh, je suppose que ça existe partout (et c’est terrible).

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doublerose

ha mince. mauvaise rentrée en somme. Il serait faux de croire que vivre à la campagne épargne les enfants. J’y ai souffert. Et être femme y est plus difficile (enfin c’est mon ressenti). Courage

Réponse
La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Je ne sais pas, Doublerose. En tout cas, ça ne me touche pas personnellement.

Réponse
Marie, fatiguée de ce genre de bêtise !!!

Que dire face à ça ???
A part en parler comme vous le faites si bien et faire réagir les gens ?
J’espère que ce texte sera diffusé et permettra le dialogue pour faire bouger les choses !

Et puis juste un coup de gueule en rapport : pourquoi les filles devraient se cacher alors que ce sont ces « messieurs » qui n’arrivent à se contrôler ?

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Eva Parutchero

Tes mots sont comme toujours jolis et justes alors je vais essayer de rester polie.
Mais je t’assure que ça me rend folle de lire ça. C’est insupportable que nos gosses vivent ça. Insupportable la banalisation faite autour de ce que je trouve grave.
On va me dire que ça a toujours existé. Oui peut être. Mais non, pas comme ça. Les réseaux sociaux sont des multiplicateurs de haine pour nos gamins et ça me fait chier. Merci d’en parler en tout cas, car ce n’est pas rien. Merci de penser qu’Emily mérite ces lignes. Emily et tant d’autres.

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Mamina

c’est joli, c’est doux, c’est tendre comme quand on a 15 ans…
c’est atroce, c’est une horreur, c’est injuste comme quand on rentre trop vite dans le monde adulte
rien ne vaut l’enfance innocente, à 6 ans on met des gros chouchous ds les cheveux et même si on voit la culotte sous la jupe à froufrous, on s’en fiche !
j’ai pensé à mes petites filles collégiennes et lycéennes, je crois avoir mieux compris leurs réactions quand je leur dit de mettre les jolies robes fleuries qui leur vont si bien !
pourquoi s’être tant battues pour en arriver là ?

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May

Je croyais vraiment que les mentalités avaient changé en 20 ans… A mon époque (j’ai 38 ans) et dans mon lycée (banlieue parisienne), mettre des jupes au-dessus du genou ou des talons, c’était s’habiller en pute.
Je me souviendrai toujours des commentaires horribles qu’on m’a balancés le jour où j’ai osé mettre des petites bottines à talon bobine au lycée. J’adorais ces bottines que je trouvais délicieusement rétro, elles étaient tellement jolies, un côté 1900 que j’aimais beaucoup.
Toute la journée mes camarades de classe m’ont balancé des horreurs parce que j’avais osé porter des talons (même pas 5 cm), qui plus est de forme assez incongrue (nan mais BOBINE, quoi).
Je n’ai plus jamais remis ces bottines.
Toutes mes pensées vont à Emily.

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Margot

il faut l’envoyer au chef d’établissement ton texte… et aux délégations de parents d’élèves… en espérant faire réagir l’équipe pédagogique… (je ne commente jamais mais là je bondis!) (merci pour les autres textes…)

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cricrimam

Je suis sidérée et choquée, cela s’est vraiment passé ? Ma fille est passée par les années lycée, mon fils y est actuellement, je n’ai jamais entendu d’histoire pareille. Le fait d’habiter en région parisienne changerait quelque chose ? il n’est pas rare de croiser des jeunes filles en short ou en mini jupe dans le métro, je ne vois pas où est le problème. Par contre ce retour en arrière me choque.

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Soeur Anne

J’ai une fille de 15 ans qui vient d’entrer en seconde (En province). Il est vrai qu’elle a opté ce 1er jour pour le jean/baskets. Mais hier pour une jupe patineuse, sans que ça pose le moindre souci. Mais il est aussi vrai que sous sa jupe patineuse… elle met un short de gym. pour éviter les ennuis, fréquents au collège. … Mais elle m’a surtout rapporté une plus grande liberté : L’année dernière, ses Doc Martens à fleurs et sa dégaine très londonienne inspiraient des chuchotis. « Cette année, Maman, c’est la liberté, tout le monde met ce qu’il veut, tout le monde s’en fout ».
Du coup, je suis surprise sans l’être. Son très bon lycée d’une ville de province est plus tolérant que son collège de banlieue de la classe moyenne. Le contexte campagne ne fait apparemment pas la part belle à ceux qui sortent du rang..

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