Les lys blancs

 

 

 

Il n’était pas tout à fait huit heures ce matin d’automne-là et les brumes venues de la rivière toute proche recouvraient encore la campagne de leur manteau blanc cotonneux. Je frissonnai et remontai la fermeture éclair de ma veste polaire jusqu’au cou. Il était là avant moi, semblait indifférent au froid. La soixantaine indéfinie, il portait ses cheveux gris mi-longs, de petites lunettes cerclées d’argent, un blouson ouvert sur une chemise blanche.  Il ne me remarqua même pas, absorbé par les bouquets de fleurs de l’étalage qu’il scruta longuement et avec soin un à un avant d’arrêter son choix sur une composition de lys blancs.

 

Etait-ce une mère qu’il voulait fleurir ? Etait-ce son anniversaire ?

Etait-ce une tombe, un souvenir ?

Une fille qui avait quitté le nid ?

Une compagne de longue date à honorer? Une conquête toute fraîche à ravir?

 

Et s’il me demandait mon avis, moi qui croisais sa route ce matin-là, que lui dirais-je ? Que toutes les fleurs sont belles, de par les mains et le cœur qui les offrent. Mais que si les roses rouges ne manquent jamais leur but, les roses roses sont plus douces, les blanches plus pures, et les pivoines mes préférées. Il ne me vit pas, ne me parla pas. Il prit les lys blancs au parfum entêtant – je ne pus m’empêcher de penser à ma mère, qui prétend que les lys sentent le cimetière, en les exilant avec un soupir dans le vestibule – et en reprenant ma route je gardai l’image et le mystère du vieil homme qui avait mis tant de cœur à offrir les éphémères.

 

 

Les commentaires

Ellao

ca me fait penser à la chanson de Maxime Le Forestier, « L’homme au bouquet de fleurs »

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