Et mêler nos rêves à la réalité

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On attend quoi? demande-t-elle de sa voix claire, la tête levée vers moi, alors que la salle se fait silencieuse. Je souris, parce que j’en étais sûre, qu’elle romprait le recueillement collectif, et je pose un index sur ma bouche, chut, s’il te plaît. Elle a compris que le moment se veut solennel et n’insiste pas, mais trop tard, mes pensées ont déjà quitté Paris.

Tandis que la musique reprend ses droits je me mets bientôt à penser que c’est elle qui a raison. On attend quoi? On attend quoi pour ne plus écrire et lire partout jusqu’à l’overdose qu’on ne doit jamais oublier. Comme si l’on pouvait oublier, même si on le voulait. On attend quoi, pour reprendre nos vies d’avant, pour retrouver nos âmes d’enfants?

On attend, peut-être, que l’horreur mêlée à la peur se dissipent lentement et que le printemps refleurisse enfin, que nos jupes légères tournent à nouveau les têtes des garçons et que le temps soit à la promesse. Cette peur irraisonnée, pas celle de mourir, non, après tout, on meurt et puis c’est tout, mais celle du chagrin de les imaginer eux sans nous ou nous sans eux, celle-là est insurmontable.

On attend quoi? , et c’est vrai on attend quoi, là, pétrifiés depuis des jours, pour que joue à nouveau la musique et bouillonne la vie? On attend que souffle le vent sur nos sentiments, on attend quoi pour mêler nos rêves à la réalité?

On attend quoi? résonne sa voix claire et nous sort de notre torpeur. L’index sur ma bouche, je laisse le rire doucement m’envahir. Rien, on n’attend plus, ma chérie, il est temps à présent d’effacer le bruit des armes et les silences. Dansons, veux-tu? Entends-tu cette tarentelle qui s’insinue dans nos âmes?

 

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