Vous brillez d’un éclat si particulier

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Vendredi matin ça me prendra, comme chaque fois. Cette envie de ranger les objets et les pensées, cette envie d’odeur de propre et de netteté, comme si on effaçait d’un coup de calendrier neuf (j’aime beaucoup celui avec les gâteaux de ma pâtisserie favorite – où je n’achète jamais rien mais où tout est si joli – je préfère souvent les promesses aux aveux) les trois cent soixante-cinq petits feuillets crème avec leur petite histoire au verso, de larmes ou de rires. Cette illusion du tout est possible parce qu’on a changé le chiffre des unités. Y croire c’est déjà faire la moitié du chemin, je vous assure.

 

Vendredi matin ça me prendra, je ferai le ménage en chaussettes et en pyjama, celui que je ne quitterai probablement pas de la journée, journée cocon de l’entre-deux, no man’s land des voeux qu’il faudra bien prononcer parce que ça se fait, avec plus ou moins de coeur, plus ou moins les yeux dans les yeux, plus ou moins les doigts croisés dans le dos, croix de bois, croix de fer. On rangera le Pictionary, on rira de nos croquis de la veille, on ouvrira grand les fenêtres pour faire rentrer le vent, on allumera le sapin encore une fois, qui dessèche un peu dans son coin.

 

Parce qu’on ne fait jamais rien comme tout le monde, mais toujours tout à contre-courant, on fera enfin des biscuits à la cannelle, qu’on mangera à peine refroidis en sirotant du thé à l’amande sur le canapé d’en haut alors que c’est interdit, serrés sous le plaid tout doux devant un film sur lequel on aura mis trois plombes à se mettre d’accord du moment qu’il y a des chevaux dedans, et que finalement on ne regardera pas, parce qu’il y aura Grand-Mère au téléphone, chacun notre tour et puis encore une fois, j’ai encore un truc à lui dire.

 

Ferons-nous un bilan? Oserons-nous dire qu’elle était belle cette année avec tout ce bleu dedans dont je ne vous ai pas encore parlé? Pendant qu’au dehors tout tanguait, j’ai lu des choses magnifiques, rencontré des personnes merveilleuses. J’ai pensé à moi, j’ai découvert le chemin de mon âme et fait la paix avec mon corps, j’ai eu quarante ans et j’ai aimé cela, finalement. J’ai sinon vieilli au moins grandi, j’ai fait le tri des choses et des gens, j’ai marché, j’ai couru, j’ai nagé, j’ai voyagé, j’ai pleuré, j’ai ri, j’ai aimé, je n’ai plus eu peur de ne pas être aimée en étant moi. Sans doute ni plus ni moins qu’une autre année, sans doute, mais avec plus d’attention, en posant des petits cailloux blancs au bord du chemin pour ne plus jamais le perdre. Tous ces souvenirs engrangés comme jamais encore, en cette année si particulière pour moi. Et vous avez été là, tous, avec vos mots qui me touchent toujours et qui me poussent, ici et ailleurs, petits cailloux qui brillez d’un éclat si particulier à mes yeux.

 

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Les commentaires

Ellao

Ta poésie est toujours aussi délicate, belle, vivante, douce-amère, merci, et bon ménage de nouvelle année

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Maud

C’est toujours un délice doux et parfois un peu piquant de lire tes mots, leur poésie, leur musique, leur justesse… Des textes toujours à lire et à relire… Alors merci à toi pour ces partages! Je vous souhaite pleins de douceurs à toi et à tous ceux qui seront demain serrés chaleureusement sous le plaid.. Bon bout d’an 🙂

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fabiennelepicdelaglaviouse

Tu sais que dans la tradition juive on ne peut pas mettre de fleurs pour commémorer les disparus alors on laisse des petits cailloux sur les tombes, ça veut dire que l’on est passé et que l’on pense à la personne qui est là. J’adore les petits cailloux.

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