Les yeux dans l’Atlantique

C’était étrange ce déjeuner en terrasse un vingt-six décembre mais comme c’était doux de tourner son visage à la chaleur des rayons longs d’hiver. La marée remontait doucement et le vieux port sous nos yeux reprenait vie à son tour. Il n’y a, décidément, pas de hasard.

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La grande avait un peu râlé, les vieux avec vos surprises vous m’emmerdez, et bien sûr je n’avais pas pu lui expliquer pourquoi il nous fallait revenir, pourquoi c’était important. Puis, comme nous, subjuguée par la beauté, elle s’était laissé prendre au jeu de l’océan sur l’âme et s’était adoucie.

 

A l’entrée dans la ville, nous nous étions tus, au fur et à mesure que nous reconnaissions les lieux. Nous n’en avions jamais reparlé, mais il était impossible qu’il ne s’en souvienne pas comme moi, malgré les années, de ce jour où tout avait vacillé, où il m’avait fallu décider de ce que serait ma vie. Les enfants sur nos traces, ou courant devant nous, nous avons parcouru les rues pavées désertes à la faveur des jours fériés, retrouvé l’endroit exact. Nous avions refait le chemin de nos vies à l’envers, comme s’il avait fallu toutes ces années pour apprivoiser ce soir-là, pour défier le souvenir de mes larmes dans la nuit face à la mer, toujours la mer, de ma robe en lin rouge détrempée par les vagues dans lesquelles je m’étais avancée, de mes pieds nus sur les pavés quand j’avais décidé de rentrer, seule dans la nuit. Advienne que pourra.  Adelante.

 

Quelques mois plus tard la vie m’avait donné raison. On devrait toujours lui faire confiance pour nous surprendre. C’est ce que j’ai appris de cette nuit-là. Douze ans après, j’étais là, apaisée, et mes enfants regardaient les bateaux en sirotant leur grenadine, sans se douter qu’à quelques mètres de là, leur existence même s’était jouée.

 

C’était étrange et c’était doux, c’était un vingt-six décembre les yeux dans l’Atlantique.

 

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Merci à Eva et à Armelle. Merci à Jérôme

Les commentaires

Clarinette

Je viens de lire cette phrase de Paul Eluard « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous »… Puis je lis ce bel article, parlant d’une ville que j’aime, où j’étais le 31 décembre et qui m’a apaisée… Que Paul Eluard a raison ! Et moi, lectrice de l’ombre, mais aimant tant tes mots, je ne peux que commenter, pour te souhaiter, à toi et aux tiens, une douce année.

Réponse
Blonde Paresseuse

Pour ce coup-ci, j’ai compris.
Pour la prochaine, t’auras pas le choix, d’accord ?
Sinon, je risque de me radiner prochainement vers mes origines, on se goupille un p’tit dîner ?
<3

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