Le miroir

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle, demande-t-elle, et c’est toujours une autre. Miroir, mon beau miroir, tandis que ses yeux scrutent son image et se désespèrent. Miroir, mon beau miroir, pourquoi ne sommes-nous pas toutes pareilles, lisses et belles, identiques et impersonnelles ? Et le miroir de répondre, tes imperfections naturelles font ton mystère, cultive-le, c’est ce qui fait de toi une personne à nulle autre pareille.

Justement, miroir, dit-elle, j’aimerais passer inaperçue mais que l’on me regarde, j’aimerais être banale et pourtant unique, j’aimerais être juste normale et pourtant exceptionnelle, j’aimerais tant leur ressembler et pourquoi ce nez ? Qui est la plus belle et c’est toujours une autre qui a les cheveux, les mains, les yeux que je veux, tellement fort parfois que je ne me vois plus moi. Je ne suis ni belle ni jolie, je suis moi et je ne suis rien, je me sens moche, les autres les autres comprends-tu miroir ?

Et le miroir de répondre, on ne peut tout lisser, tout rendre pareil quel ennui, pourquoi vous faire semblables alors qu’au-dedans vous êtes la richesse de la diversité ? Comprendras-tu cela avant de trouver l’être qui te complète, qui t’aimera parce que tu es différente et donc unique ?

Miroir, ô miroir, il paraît que les docteurs, les lasers, les bistouris rendent la vie plus belle et le monde merveilleux. Ils vous endorment et puis effacent l’infâmie, adoucissent l’injustice.

Et le miroir de répondre, ceux-là sont des vendeurs de rêve, des marchands d’utopie. Crois-tu que tu changeras ce que tu es en gommant ce que personne ne voit ? Je ne vois, comme les autres, pas un nez, une bouche, des yeux, des cheveux comme toi. Je vois la vie, je vois la grandeur de ton âme, je vois le bouillonnement de l’insolente jeunesse, je vois les questions du troisième millénaire, mais je ne vois pas d’imperfection, petite fille. Tout ce que je vois te rend belle, mais je vois bien que je ne te convaincs pas ce soir. Alors laisse le temps faire son oeuvre et l’indulgence te bercer, laisse-toi le temps de t’apprivoiser puisque tu ne peux tout changer, laisse-toi aimer et être aimée. La voilà ta beauté.

 

Crédit Photo: Louise Cerise (un blog (d)étonnant à découvrir)

Les commentaires

Marie

Magnifique !!!
Je vais garder ce texte dans un coin de mon ordi (parce que dans ma tête, il va se faire la malle !) et je le ferai lire à ma pépette quand elle en aura besoin !
Merci

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