Denis

Il faisait doux en ce début de printemps. La journée allait être belle. La rivière avait bien un peu débordé sous le pont, digérant les abus de pluie des derniers jours, mais ce matin-là le soleil montait déjà dans le ciel qui passait doucement du blanc laiteux au bleu franc. Il faisait beau, c’était une belle journée.

C’est aussi ce que se disait Denis, sur le chemin du travail. Denis avait trente ans tout ronds, et pour fêter ça, Julie avait réuni tous ses amis dans leur resto préféré, le mois dernier. Il n’avait rien vu venir de la surprise. Julie était formidable, et puis si belle. Cet été, sur la plage de Cap Breton, il lui demanderait de l’épouser. Il avait tout prévu, il choisirait un soir de coucher de soleil fabuleux, elle aimait tant ça, et tant pis si c’était comme dans les films. Ils se marieraient au printemps, si elle le voulait, ou n’importe quand, elle aurait des fleurs dans ses cheveux qu’il aimait tant.

Denis pensait à la journée qui l’attendait, quelques heures de travail et ce serait enfin le week-end. Ils avaient prévu de partir en randonnée, de voir des amis. Peut-être un ciné. Appeler sa mère. Pourvu que le temps reste aussi beau que ce matin.

Ce matin le ciel était bleu et les cerisiers en fleurs lâchaient leurs pétales comme autant de flocons roses virevoltant au gré de la brise légère avant de se poser sans un bruit sur le trottoir, formant un tapis duveteux. Denis, couché sur le dos, la tête posée sur les genoux d’un inconnu, observait fasciné cette neige magique et silencieuse tomber inlassablement tout autour de lui. Quand il se relèverait, elle aurait dessiné les contours de son corps, noir sur le bitume. Oui, il allait se relever, continuer sa route.

-Ne bougez pas, Monsieur, l’ambulance va arriver, dit la voix de l’inconnu derrière lui.

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