Nuage

Je ne sais plus à quand ça remonte. Quand j’ai lâché l’affaire. Je me souviens très bien me moquer gentiment de ma mère, quel âge pouvait-elle avoir à l’époque ? Je souriais, lui prenais l’appareil des mains, le faisais fonctionner.

Puis, il y eut ce blanc, ce flou. Ca m’a agacée un moment, je me rebellais, je tâchais de comprendre, je refusais d’abandonner le terrain, d’admettre mon incompétence. Depuis, je m’en fous. Je suis aujourd’hui à peine capable, à grand renfort de concentration, de mettre un DVD en route – il m’a fallu quinze ans de pratique pour découvrir comment zapper les pubs. Ma fille, cet astre, m’a montré récemment comment allumer la lampe torche de mon portable à pomme, clairement sous-employé, que je garde environ cinq ans, parce que j’ai bien trop peur d’avoir à apprendre à me servir d’un autre.

Je ne comprends rien à ces histoires de torrents, de nuage. De versions, de mises à jour, de sauvegardes. De trucs si compliqués qu’il ne suffit plus d’appuyer sur un bouton pour obtenir du son ou des images. D’outils qui font tout tout seuls quand moi j’aimerais bien rester maître du jeu. D’objets connectés (à qui? à quoi? A la grande poubelle de l’univers que nous remplissons de notre quotidien banal et si peu digne d’intérêt?) Je crie à l’aide quand l’ordinateur familial me dit des mots que je ne comprends plus. J’utilise les choses au centième de leur potentiel, sûrement.

Et finalement, le pire, c’est que je crois que je m’en fous. Je me contente de l’essentiel. Un four qui cuit les gâteaux au chocolat à point, une voiture qui m’emmène où je veux, une montre qui me donne l’heure, un téléphone que je ne décroche pas quand il sonne (mais c’est une autre histoire) (des fois, les bons jours, je rappelle). J’enfile mes chaussures crottées et je vais rajouter une couche de boue dessus.  Démolir ma manucure dans l’eau des ruisseaux ou les sabots des chevaux, emmêler mes cheveux au vent. Rentrer, et ouvrir un livre, un vrai, en papier – parce que je n’ai pas encore compris le principe des liseuses, et que je ne suis pas sûre de vouloir m’y intéresser. Ce n’est pas encore aujourd’hui que mes valises vont s’alléger. Mon esprit, lui, oui.

 

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Les commentaires

fleur_de_lupin

enfin, qd même tu es bloggueuse…l’allergie n’est pas si grave et le virtuel ne t’est pas si étranger 😉

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La Fille aux yeux couleur menthe à l'eau

Hu hu ce n’est pas moi qui ai fait le design de mon blog 😉 (et je suis en mode panique parce que je ne sais pas si je peux cliquer sur « actualiser les extensions » ou non :-D)

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flofeenix

Moi je ne suis pas prête à passer pour la vieille. Du coup, j’ai pris le taureau par les cornes et je me suis inscrite à un MOOC réseaux sociaux.
C’est grave, je crois :p

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Bismarck

J’ai un téléphone qui pourrait aller sur internet, même s’il n’est pas intelligent (comme j’aime cette expression québécoise!), cependant je l’utilise surtout pour téléphoner ou envoyer des messages. Quant au reste, pas même un compte sur le grand livre facial… mais une liseuse, offerte par ma belle-mère. Elle (la liseuse!) se décharge beaucoup trop vite à mon goût (il paraît que ces engins et les livres électroniques qui les accompagnent sont des gouffres énergétiques), et je préfère encore le papier.

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cricrimam

Toujours votre si belle écriture. Et sinon, ce ne sont que des outils et quel plaisir de toucher la terre, de planter, semer et tant pis pour la manucure. Et je déteste les liseuses, d’ailleurs les écrans me font mal aux yeux. Le plaisir de toucher un livre, le sentir, le feuilleter, lire un morceau n’importe où.

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