J’attends l’aube

Je ne dors pas. Je guette. J’écoute ta respiration, parfois régulière, parfois secouée de quintes de toux sèche. Ta tête sur mon bras, mon nez dans tes cheveux, je ne sens même pas l’engourdissement me gagner. Je ne dormirai pas. Je ne suis plus à une nuit près tu sais. Ca n’est pas bien grave. Ton corps est bouillant sous mes mains, je sens ton haleine chargée de microbes. Sans doute demain, ou après-demain, serai-je malade à mon tour. Peu m’importe. Dans le silence de la nuit me reviennent ces heures interminables de solitude avec toi, il n’y a pas si longtemps, et pourtant une éternité. Je souris. Ma toute petite, mon immense, enroulée en boule tu tiens encore dans mes bras, mais plus pour longtemps. J’écoute les craquements de la charpente, le vent dans les feuilles qui s’accrochent encore au tilleul des voisins, la pluie qui frappe les dalles lisses de la terrasse, ton coeur qui bat un peu trop vite. J’attends l’aube pour me défaire de ton étreinte, sans un bruit je me glisserai hors du lit, et reprendrai le cours de la vie. Je n’aurai pas dormi. Une nuit de plus, je ne fais plus le compte, parce que ça m’est égal. Parce que je crois que j’ai appris à les aimer, ces nuits avec toi.  Parce que dans ces heures sombres, tu ne t’échappes pas en riant, tu ne t’en vas pas en chantant, tu ne grandis pas trop vite, tu ne conjugues pas au subjonctif présent, tu restes auprès de moi, si près que nous ne faisons qu’un, mon enfant, comme autrefois.  Dans quelques heures, ta soeur dira que le lit des parents est magique, puisque dedans on n’a plus mal, on est guéri, et on arrive à s’endormir. Dors et guéris, je veille sur toi. Je veille.

 
enfant-nuit

 

 

Les commentaires

Sarah

Il devait avoir 5 jours. Ma première nuit blanche, mon tout petit dans les bras. Je ne savais pas qu’elle serait suivie de tant d’autres. Je ne réalisais pas alors que même tout grand on ne cesse jamais de trembler pour eux et veiller sur leur sommeil.

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Bergeou

Elle ne vient jamais dans notre lit quand elle est malade mais chaque quinte de toux fait accélérer mon coeur et tant qu’elle tousse je ne dors pas. 😘

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Maud

Tellement juste… chaque mot ciselé… tu es un orfèvre de l’écriture ! Merci pour ces jolis moments partagés.

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flofeenix

Ca me parle tellement!! Après tant de mois qui se comptent en années au pluriel sans sommeil, maintenant quand elle est malade, quand je la prends moi aussi contre moi, j’en viens à aimer presque ces relents de la toute petite enfance que je maudissais il y a peu….Même si le lendemain, ça pique méchamment…..

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