On gardera de l’automne

On oubliera  de novembre la douce mélancolie qui nous envahit et le corps qui s’alourdit et rechigne un peu plus chaque matin. La fatigue immense et l’impression de tunnel sans fin. L’obscurité. Le travail qui déshumanise, les collègues qui tombent comme au combat et les gâteaux aux pommes du vendredi qui ne suffisent plus. La migraine. Les migraines, trop.  Les larmes dans le noir. La solitude au milieu des autres. L’appel qu’on attend et qui ne vient pas. Les ciels si gris qu’on croit qu’il va neiger. Le brouillard. Le temps qui file.

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On gardera de cet automne le bruit du vent dans la charpente et le nez qu’on écrase sur les fenêtres que vient fracasser la pluie. La valse des feuilles jaunes et rouges qui tourbillonnent et recouvrent les chemins, craquant sous nos pas. La lumière folle folle folle du soleil rasant dans les sous-bois. La terre molle qui s’accroche à nos baskets. La récolte des pommes et des noix, les mains noircies par le brou. Le parfum de la cannelle et des pommes qui cuisent dans le four. L’odeur envoûtante du roiboos de Noël ouvert de plus en plus tôt chaque année. L’enfant qui réclame chaque jour le pèlerinage annuel d’achat du sapin de l’autre côté de la frontière, les spéculations sur notre destination de Noël, les plus grands tentant d’un air faussement détaché d’en savoir plus, les plus petits rêvant tout éveillés d’avions et de destinations lointaines. Leur surprise et leurs yeux réjouis, leurs joues rosies quand ils bravent leur peur et défient leurs cousines sur les manèges les plus fous qui éclairent soudain la nuit tombée bien trop vite. La délicieuse brûlure des croustillons et le sucre glace qui colle aux doigts et neige le menton.  L’odeur du pain qui cuit, les courges qu’on détaille en cubes à quatre mains, pendant que deux autres, les plus petites, se chargent de les jeter dans la casserole. La musique, toujours la musique, qui sort de chaque chambre et envahit la maison. Les tablées de dix ou de vingt, la première raclette, et le feu qui crépite dans la cheminée. Les pieds nus sur la peau de mouton. Le pyjama doudou qu’on enfile à dix-sept heures parce qu’il fait déjà noir. Les mailles vieux rose qui glissent sur les aiguilles en rêvant d’ailleurs, de lumière et de temps. Une petite fille qui récite inlassablement l’alphabet, partout, tout le temps. La perspective d’une journée jacuzzi entre amies et l’énergie qui, je l’espère, reviendra pour affronter l’hiver, le vrai.
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