Et la fin de juin

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Je crois que je n’ai pas pleuré, pour une fois, mais plutôt souri. Debout en plein soleil depuis de trop longues minutes en cette fin de printemps trop chaude pour être bien honnête, je me demandais pourquoi on s’infligeait ça, en quoi c’était devenu un rite obligatoire, en quoi ça représentait l’année scolaire écoulée plutôt qu’un livre avec leurs plus jolis dessins, ou le cahier du jour. Je préférerais à l’odeur des saucisses grillées dans la cour qui imprègne mes vêtements les chips qu’on croque au bord d’une rivière ou dans un champ de blé dont les tiges nous blessent les tibias. A l’odeur des frites celle des sous-bois. A la bière qui coule à flots la bouteille d’eau qui a percé dans le sac à dos. Aux surprises à quelques centimes chinois qu’on gagne au chamboule-tout, même à l’effigie des maîtres, les cailloux dans les poches et les rires tout le long du sentier où s’égrainerait notre cohorte flanquée de sacs à dos et de grosses chaussures. Alors je m’évade un peu, j’attrape mentalement une casquette qui s’envole et j’en oublie d’avoir les yeux humides.

Je crois que je n’ai pas pleuré, pour une fois, mais tellement souri. L’oeil droit rivé au viseur de mon Canon jusqu’à ce que le gauche en pique, deux heures durant saisir les regards inquiets ou fiers et les sourires timides ou francs, les tutus qui virevoltent, les pointes de pieds qui se tendent, les perles d’un chignon d’où s’échappent quelques mèches rebelles, la grâce jusqu’aux bouts des doigts.

Je crois que je n’ai pas pleuré, pour une fois, d’avoir trop ri. D’avoir dit merci, vous êtes formidables. Ce sont mes jambes qui courent, mais sans vous nous ne serions rien. Merci d’être là, avec vos sourires, vos verres d’eau, vos tuyaux d’arrosage, vos encouragements, à travers les vignes, le long des ruelles. Moi, je cours dans mon déguisement de fée, rien de tout cela n’est vraiment sérieux, pas même le décompte des kilomètres, alors je danse et je vole. Pas de larmes à l’arrivée non plus, trop surprise d’en avoir déjà fini, au point de faire demi-tour pour aller rechercher les amis à la peine et repasser une seconde fois la ligne d’arrivée, en courant plus vite, en criant plus fort, en riant tellement, en vivant plus fort.

Je crois que je n’ai pas pleuré, pour une fois, quand les mots, cinglants, implacables, se sont affichés sur mon écran. Peut-être me suis-je asséchée? Peut-être suis-je seulement fatiguée, vidée? Peut-être que voilà, c’est la vie.

Voyez, la fin de juin est venue, et c’est maintenant que l’émotion affleure. Comme si tout ce temps, tous ces jours, il avait fallu tenir. Restent les souvenirs.

 

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