Poète, mais à ses heures seulement

Hier soir, le Petit d’Homme, poète à ses heures perdues,  est dans le bain, j’en profite pour me refaire les ongles de pieds et un ravalement de façade en profondeur. C’est que ce soir, je vais faire la fiesta chez l’autre follasse d’Alorom, s’agirait d’être nickel pour être assortie à sa maison qu’elle brique chaque soir depuis deux semaines au coton-tige.

Démaquillage, gommage, pose du masque.

Le Petit d’Homme réclame un gobelet pour jouer dans l’eau, et fissa.

Oh, hé, machin-chouette, je suis occupée, tu vois?

Tu fais quoi? Aaaah, tu te rases!

Je le donne au plus offrant… Faire offre dans les commentaires.


Publicité mensongère

Au bureau, on est des gros gâtés.

C’est marqué dessus.

Sur le paquet de PQ.

Je te jure.

Bon c’est écrit en allemand, « für Verwöhnte ».

En français, les traducteurs ont pas osé.

Mais comme un rien suffit à me faire la journée (ouais, même aux chiottes, faut que je rigole, mais ça va, je me soigne, mes petites pilules roses sont très efficaces… quand je ne les oublie pas. Ne te fais donc pas de souci pour moi.), je ne résiste pas à te livrer la version française.

Le tissu tout particulièrement doux -Papier hygiénique en pure cellulose fraîche pour des exigences élevées. Papier hygiénique « Select » 2×250 feuilles en 3 couches solides, feuilles 10 x 14 environ.

 

Alors comment te dire…. je sais pas si mes exigences sont très élevées ou si on n’a pas la même conception du luxe fessier…

Enfin, je vais pas encore râler, pour une fois que c’est pas moi qui dois changer le rouleau…



Une bulle de légèreté?

 

Je devisais l’autre jour avec beaucoup de légèreté sur un sujet grave qui remue pas mal d’histoires pas trop rigolotes chez nombre d’entre nous.

La question de la légitimité de ma légèreté s’est imposée à mon esprit a posteriori, quand la vie réelle s’est rappelée à moi. (Dois-je te rappeler que le blog est un roman (certes relativement autobiographique) dont la Fille aux yeux couleur menthe à l’eau est le personnage principal ?)

Un peu dans le style du « peut-on rire de tout ? », même si pour ma part c’est franchement un truc qui ne me fait pas rire. Je précise, si besoin est, que le sujet de mon billet était bien cette propension que nous, les filles, avons décidément pour transformer le moindre événement de la vie en excuse pour nos débordements shopping.

Le cancer nous touche tous. Le cancer, et puis toutes les autres calamités diverses qui nous pourrissent la vie. A nous ou à nos proches. A nous donc à nos proches. A nos proches donc à nous.

Faut-il pour autant en perdre sa légèreté ?

Sans jamais manquer de respect à ceux qui mènent ce combat difficile, ni à ceux qui les accompagnent tout aussi courageusement, je crois que porter leur deuil avant l’heure serait leur faire offense.

Que notre douleur affichée s’ajoute encore à la leur. Et que, quand le temps vient à nouveau où nous en sommes capables, une bulle de légèreté allège peut-être un tout petit peu leur fardeau.

La légèreté comme un pied de nez au destin. Parce qu’à côté, la vie et son cortège de joies et de peines continue.

La légèreté comme une furieuse envie de vivre au présent, avant qu’un futur pas toujours simple ne nous attrape.

La légèreté comme une parade, une façade qui cache les fissures, aussi.

Parce que disserter sur le choix idéal du vernis de pieds est tellement plus simple que de dire adieu à ceux que l’on aime.

La légèreté pour museler la rage, la colère, la révolte,  masquer le désespoir, l’impuissance.

 Je n’oublierai jamais l’image de ma fille de six mois jouant avec une orange sur le lit d’hôpital sous les yeux plissés de sourire de ma grand-mère chérie qui devait décéder quelques jours plus tard. Ni le regard de ma nièce de onze ans en aplasie semblant s’excuser de nous imposer la vue de son crâne chauve et de son corps décharné. Je lui ai dit qu’elle était si belle: on ne voyait plus que son sourire, oubliant le reste. 

A L., J., D., R., M, F., R., A., A., L., M., S., C., E. , J., C. et tant, trop d’autres…


Comment tu te trouves des excuses pour tout

(Et surtout pour claquer des sous.)

(Je sens que tu vas me dire merci.)

Un jour t’as bobo au sein gauche.

Tu t’inquiètes pas, les coups de pied de karateka, ça arrive dans ta vie de multipare surbookée grande sportive de la vie.

Deux mois plus tard, tu t’es dit environ 54 fois « tiens, j’ai encore bobo » et tu te décides à prendre un rendez-vous chez le Doc Folamour (qui a un grand nez, mais qui dit que ça n’a jamais caché une jolie figure, c’est un rigolo, t’as mis longtemps à le trouver et tu te le gardes au chaud pour quand tu flippes, parce que lui il flippe jamais. Juste, sa balance est une sacrée salope, et tu te prives pas de le lui dire à chaque rendez-vous.)

Le Doc Folamour après t’avoir bien pelotée il te dit que ahlala c’est rien du tout ça, mais que quand même, il te prescrit une mammographie (là tu relativises un chouïa son « rien du tout » mais tu fais semblant de rien) comme ça tu passeras un été tranquille.

Tu prends rendez-vous chez le Doc Raymond X (juste à côté des Galeries Farfouillette, elle t’a dit la secrétaire du Doc Folamour)  pour la semaine suivante, une semaine dont tu te souviendras :

  • Tu brûles la chandelle par les deux bouts, puisque tu vas de toute façon mourir, autant t’empiffrer de tout ce qui passe à ta portée, hé hé.
  • Tu dors pas beaucoup non plus : puisque tu vas de toute façon mourir, autant danser autant que tu peux.
  • Tu bois un peu trop : puisque tu vas de toute façon mourir, t’auras pas le temps de faire une cirrhose, et puis faut bien oublier.

Le vendredi tu te réveilles un peu groggy, mais faut y aller. Pour te donner du courage, tu penses à l’hilarant billet d’Alorom, et tu te rassures : tu as un tout petit peu plus de seins qu’elle, ça devrait passer.

Ca passe. Disons que t’as failli être amazone des deux côtés, qu’Alorom a omis de dire qu’en cas de canicule, la machine sent la sueur des patientes précédentes, même à 8h30 du matin.

Le Doc Raymond X te dit que ahlala c’est rien du tout ça, lui aussi, juste un peu de mastose, et vous allez passer un bon été comme ça, ciao revenez me voir dans cinq ans.

Tu ressors, et là tu te rappelles que t’es juste à côté des Galeries Farfouillette. Sans savoir comment, hin hin, tu te retrouves dedans. En haut, en bas, partout.

Et tu te lâches un peu, parce qu’après tout, t’as failli mourir.

image Desigual