Triste cire et barricades

A force de l’attendre on n’y croyait plus.

Le vernis sensé transformer mes ongles de pieds en coquillages exotiques s’était fait la malle depuis longtemps, bien planqué au fond des chaussures fermées qui grattaient, grattaient jusqu’à l’abîmer. J’avais effacé ses bavures d’un coup de coton dissolvant rageur, le regard perdu sur les gouttes d’eau qui dégoulinaient le long des fenêtres de la salle de bains.

Je n’avais pas pris la peine de leur refaire une beauté. Je les avais enfermés dans mes Converse, et tant pis.

Il y a quelques semaines de cela, j’avais refait ami-amie avec mon pot de cire orientale Veet, et au bout de quelques heures douloureuses courageuses  de bien-être consacrées à ma beauté extérieure passées en tête à tête avec mes bandelettes (j’avais barricadé la porte de la salle de bain, pour prévenir tout débordement compromettant de marmaille / conjoint alors que j’avais l’aisselle / le mollet /le frifri englué et une position ridicule en équilibre entre le lavabo et la baignoire, le mollet gauche par derrière l’oreille droite),  je ressortais rouge de partout lisse « pour plusieurs semaines » (c’est marqué sur la boîte, à côté de « attention aux brûlures »), l’ongle pimpant, et le body conquérant, sûr de sa victoire sur la vile télécommande de la sournoise télémoche, machine hypnotiseuse de maris. (Il était juste trois plombes du mat’ et le mari était en sommeil paradoxal, mais c’est un infime détail.)

Quelques semaines.

C’est le temps que j’ai attendu l’été.

J’ai plus de vernis aux pieds.

J’ai le poil qui a repoussé.

Paraît que demain, la tenue réglementaire, c’est sandales et maillot de bain dans ton jardin, voire jupe ras le mariage si tu es chanceuse travailleuse.

Z’auraient pu prévenir. Genre, que je m’organise. Juste un chouïa.

Parce que là, bonjour la prise de tête dressing du matin: pas de sandales, pas de jupe, pas de sans-manches. Le tout pas trop chaud. Ah pas trop froid non plus, rapport à la clim’. (Je me demande si la burqua, tout compte fait, n’aurait pas certains avantages. Ou alors, soyons dingue, le look Alorom. Nan je rigole. Je me contenterai de la burqua. )

Ce soir, tu sais où me trouver.

Barricadée.


Des bleus et des bosses

Il aura  fallu aller jusqu’au sud de l’Afrique pour faire étalage au monde du raffinement français le plus élégant, au creux d’un hôtel que la majorité des Français ne pourront jamais se payer (et dans lequel apparemment on s’emmerde ferme, forcément, quand on le paie pas soi-même, on a plus de mal à apprécier).

Il aura fallu attendre d’avoir les caméras du monde entier rassemblées plus serrées que les pauvres dans une banlieue du Caire.

Pour être bien sûr que personne n’en perde une miette. De l’élégance à la française.

Pour mettre la cerise sur la montagne de chantilly de notre ridicule national. Et je suis gentille.

Parce que moi aussi, mon chef, je pense très fort que c’est un gros con. Mais bon, c’est mon chef, quoi.  D’où que je me retiens de le lui dire, même gentiment, même poliment. Et c’est pas qu’une question d’en avoir ou pas. C’est un vieux truc qu’on appelle la politesse, ou le respect, je crois, je sais plus bien, c’est un peu vieux-jeu comme concept.

Et que même si je lui disais, je me demande même pas si mes collègues feraient grève, si, conséquemment, on me priait bien gentiment d’aller m’épanouir ailleurs, et sans préavis. La réponse est non.

Comme quoi, avec les gros sous, c’est dommage qu’on pense jamais à s’acheter une bonne éducation. Ca doit être parce qu’on perd son temps à s’entraîner à foutre des coups de boule aux copains.

(Ah, on me dit que ça s’achète pas, en fait.)


Elle

Elle dort la fenêtre ouverte pour s’endormir en écoutant les oiseaux.

Elle se lève au radar, encore dans ses rêves de papillons.

Elle sourit, et son chant emplit la maison.

Elle élève des escargots dans un jardin japonais sur l’appui de fenêtre de la cour de récré.

Elle aime les princesses, les chevaux et les dauphins comme toutes les petites filles.

Elle vit pour la musique et danse comme personne.

Elle traverse la vie comme on saute à cloche-pied sur une marelle.

Elle a fait de moi une maman.

Elle a bouleversé ma vie quand elle a plongé son regard vert dans le mien.

Elle a neuf ans ce matin.

(Il est temps de cueillir les tomates.)


L’effet vuvuzela (Les Hommes sont-ils devenus fous?)

60% des Français déclarent suivre la Coupe du Monde pendant leurs heures de travail, que ce soit grâce à leurs smartphones, à leur accès internet professionnel, ou encore parce que leur patron « compréhensif » et « lui-même amateur de football » (à ce stade j’appelle plus ça amateur, moi) met à leur disposition un poste de télévision allumé « sans le son » (ah quand-même).

Le Figaro Economique (oui, j’ai de ces lectures saines, moi, je sais) tentait d’étudier l’effet pour notre économie d’un tel ralentissement de la production sur notre économie nationale en fonction du stade atteint dans la compétition. Parce que forcément, si tu mates le foot au taf, t’es à peu près aussi productif que si tu blogues, hein, sois honnête. Ah ben pas possible de chiffrer exactement, parce que d’un autre côté, l’euphorie générée par un bon match (voire, soyons fou, un match gagné) doperait la productivité du salarié, compensant ainsi le ralentissement de son rendement, sans compter que celui-ci aurait du coup vachement soif et très envie d’aller descendre quelques bières avec les collègues après le bureau pour fêter ça.

Dans mon entreprise, nous avons accès, moyennant pointage et organisation adéquate des services (= sur tes heures sup’ et pas tout le monde en même temps, plize), à une salle équipée d’un grand écran retransmettant les matches (et aussi d’un tournoi de babyfoot interservices, au secours). A l’heure où je vous parle, les smartphones résonnent de sons de vuvuzelas à chaque but marqué à travers tout l’open space, et commentaires et considérations de haut vol fusent…

Oui, exactement comme le 22 novembre 1963 des images d’un tailleur rose taché de sang (ouf, en noir et blanc) passaient en boucle, ou le 21 juillet 1969, les terriens du monde se rassemblaient devant la boîte à images qui les faisaient rêver d’un nouveau monde par delà les étoiles.

Mais je sais pas, j’ai comme une étrange impression d’un certain nivellement par le bas… pas dans le fait d’aimer ça, mais plutôt dans la ferveur, ou plutôt la folie collective qui ne nous ferait pas hésiter un instant à paralyser un pays entier, que dis-je, le monde entier pendant un mois tous les quatre ans pour se focaliser tous autour d’un ballon même pas parfaitement rond apparemment.

La preuve de ce que j’avance : les voix qui se lèvent, outrées que le gouvernement aient « délibérément choisi » de rendre publiques leurs propositions concernant la réforme – indispensable et vitale si tu veux pas sucer des cailloux dans quelques années – des retraites « en plein milieu de la coupe du monde ». (Je précise pour les grincheux que non, mon propos n’est pas ici le contenu de cette réforme mais seulement les remarques fusant concernant son timing).

Arrêtez de respirer, la planète joue au ballon.

Panis et circenses.


Ca n’arrive qu’à moi ou bien? (je suis maudite)

  • C’est quand je suis assise bien peinarde aux vécés, et que la maison est toute vide, ou au contraire toute pleine d’invités, que je remarque un certain rouleau en carton qu’ont déserté tous les coupons roses bien aimés et confortables et je maudis mon prédécesseur en ces lieux.

 

  • C’est quand je suis à vingt mètres que le feu passe au rouge.

 

  • C’est quand je veux un truc que le rayon est vide (mais là je sais que ça arrive notamment à Zette)

 

  • C’est quand je vois enfin le maillot de mes rêves dans un magazine que je finis par découvrir après des semaines, voire des mois de recherches (et ça donne qu’on est en novembre) qu’il est disponible en Ouzbékistan, mais du nord seulement. (Et, accessoirement, dans trois ans).

 

  • C’est quand je range dans mon placard la farine rachetée en prévision des gâteaux à faire cette semaine que je me rends compte qu’en fait, ce qu’il manquait, c’était le sucre (Là c’est Bbflo qui partage ma peine.) . Et que le citron, je l’ai zappé comme d’hab.

 

  • C’est quand je veux absolument aller dans une boutique que la rue est en travaux et qu’il y a un détour de 20 km (mais là je soupçonne mon banquier).

 

  • C’est quand je suis trois minutes en retard pour récupérer les enfants à leurs activités qu’un train de marchandises de 456789 wagons décide de se traîner passer juste devant mon nez au passage à niveau.

 

  • C’est quand je veux appeler du fixe que le numéro est enregistré dans mon portable dont la batterie est exsangue, et vice-versa.

 

  • C’est quand enfin je me décide à trouver un créneau pour appeler ma copine qu’elle trouve le même pour descendre à la cave ou monter au grenier et pas entendre le téléphone.

 

  • A propos de créneau, c’est toujours quand je viens de passer devant qu’une place de parking grande comme un trou de chaussette donc juste assez pour mon tank se libère en plein centre-ville, le temps de faire le tour une Smart m’a volé la politesse. (Gaspillage!)

 

  • C’est quand je les retrouve au fond de mon sac phagocyte que je lis sur les bons de réduction : valable jusqu’à hier.

 

  • C’est quand j’ai besoin de 30g de beurre qu’il en reste 21,5 dans le paquet.

 

  •  C’est quand je veux faire le plein du tank que le carburant a augmenté ce matin.

 

  • C’est quand je planifie un barbeuque que le ciel se déverse.

 

  • C’est quand je veux acheter le pain qu’il me manque 5 cents. De toutes façons, la boulangerie a fermé 3 secondes 58 centièmes avant mon arrivée. Rouvre dans deux heures.

 

  • C’est quand j’ai décidé de faire des économies que les soldes sont annoncés. De toutes façons, il restera toutes les tailles sauf la mienne .(Valable des chaussures aux chapeaux, en passant par tout ce qu’il y a entre les deux.)

 

  • C’est quand je me lève en me disant que je vais mettre mon pantalon noir, celui qui me fait pas un gros cul, qu’il est dans le panier à repasser. (Et que finalement je mets celui qui me fait un gros cul).

 

  • C’est quand j’ouvre grand les fenêtres que le vent se lève et que je fais le tour de la maison pour tout fermer parce que ça claque.

 

  • C’est quand j’étends le linge dehors avant de partir travailler qu’il tombe des cordes cinq minutes avant que je rentre.

 

  • C’est quand j’ai le numéro 129155 à la loterie de l’école que les 129154 et 129156 sont gagnants, dont le 129154 le gros lot (un panier gourmand, quand-même).

 

Je suis maudite.