On boira des mojitos

L’ami,

Je suis sortie de la salle de bains, t’inquiète. Genre, il y a deux jours. Je suis pas Demis Roussos non plus, hein ! Ni Edward aux mains d’argent, d’ailleurs.

J’ai donc le mollet lisse, le dessous de bras glabre, le maillot impeccable, les ongles des pieds violet foncé (du Chanel 483, précisément) et les doigts fuch fuck fush fuschia fuchsia (pinaise, foutu mot à la con) (du Gemey Maybelline, suis pas sectaire).

J’ai aussi mis des fleurs dans les jardinières devant la maison. Hier soir à 22h30, pour être précise. Des fois, la nana est un peu impulsive comme ça. Outre que des fois elle se prend pour Alain. (Delon.) (Prost, ça le fait moins.)  Ca me faisait marrer d’imaginer la tête de la voisine ce matin : la première chose que fait la voisine le matin, c’est inspecter ma façade. La dernière chose qu’elle fait le soir, pareil. Du coup je te raconte pas le bug qu’elle a dû se prendre ce matin. (Fais moi penser à aller la réanimer en rentrant ce soir avec les merguez, tu seras gentil.)

C’est que ce soir, je reçois de la blogueuse parisienne  en mon modeste chez moi.

On a un week-end séminaire sur la pose du top coat.

(J’ai bien pensé aux miettes de biscotte dans le pieu, t’inquiète.)

Nan et puis sérieux, le marathon de juin de la mutlipare, c’est chouettos, mais un peu crevant aussi.

Ah et puis hier soir le docteur Neuneu, le seul docteur des zyeux que je connaisse à encore porter le nœud pap’ moche (si tant est qu’un nœud pap’ puisse être autre chose que moche), a décrété que j’avais des yeux sa foi fort jolis, mais que non, toujours pas besoin de lunettes, n’insistez pas.

Pas de verres pour la menthe à l’eau.

On boira des mojitos.


Triste cire et barricades

A force de l’attendre on n’y croyait plus.

Le vernis sensé transformer mes ongles de pieds en coquillages exotiques s’était fait la malle depuis longtemps, bien planqué au fond des chaussures fermées qui grattaient, grattaient jusqu’à l’abîmer. J’avais effacé ses bavures d’un coup de coton dissolvant rageur, le regard perdu sur les gouttes d’eau qui dégoulinaient le long des fenêtres de la salle de bains.

Je n’avais pas pris la peine de leur refaire une beauté. Je les avais enfermés dans mes Converse, et tant pis.

Il y a quelques semaines de cela, j’avais refait ami-amie avec mon pot de cire orientale Veet, et au bout de quelques heures douloureuses courageuses  de bien-être consacrées à ma beauté extérieure passées en tête à tête avec mes bandelettes (j’avais barricadé la porte de la salle de bain, pour prévenir tout débordement compromettant de marmaille / conjoint alors que j’avais l’aisselle / le mollet /le frifri englué et une position ridicule en équilibre entre le lavabo et la baignoire, le mollet gauche par derrière l’oreille droite),  je ressortais rouge de partout lisse « pour plusieurs semaines » (c’est marqué sur la boîte, à côté de « attention aux brûlures »), l’ongle pimpant, et le body conquérant, sûr de sa victoire sur la vile télécommande de la sournoise télémoche, machine hypnotiseuse de maris. (Il était juste trois plombes du mat’ et le mari était en sommeil paradoxal, mais c’est un infime détail.)

Quelques semaines.

C’est le temps que j’ai attendu l’été.

J’ai plus de vernis aux pieds.

J’ai le poil qui a repoussé.

Paraît que demain, la tenue réglementaire, c’est sandales et maillot de bain dans ton jardin, voire jupe ras le mariage si tu es chanceuse travailleuse.

Z’auraient pu prévenir. Genre, que je m’organise. Juste un chouïa.

Parce que là, bonjour la prise de tête dressing du matin: pas de sandales, pas de jupe, pas de sans-manches. Le tout pas trop chaud. Ah pas trop froid non plus, rapport à la clim’. (Je me demande si la burqua, tout compte fait, n’aurait pas certains avantages. Ou alors, soyons dingue, le look Alorom. Nan je rigole. Je me contenterai de la burqua. )

Ce soir, tu sais où me trouver.

Barricadée.


Des bleus et des bosses

Il aura  fallu aller jusqu’au sud de l’Afrique pour faire étalage au monde du raffinement français le plus élégant, au creux d’un hôtel que la majorité des Français ne pourront jamais se payer (et dans lequel apparemment on s’emmerde ferme, forcément, quand on le paie pas soi-même, on a plus de mal à apprécier).

Il aura fallu attendre d’avoir les caméras du monde entier rassemblées plus serrées que les pauvres dans une banlieue du Caire.

Pour être bien sûr que personne n’en perde une miette. De l’élégance à la française.

Pour mettre la cerise sur la montagne de chantilly de notre ridicule national. Et je suis gentille.

Parce que moi aussi, mon chef, je pense très fort que c’est un gros con. Mais bon, c’est mon chef, quoi.  D’où que je me retiens de le lui dire, même gentiment, même poliment. Et c’est pas qu’une question d’en avoir ou pas. C’est un vieux truc qu’on appelle la politesse, ou le respect, je crois, je sais plus bien, c’est un peu vieux-jeu comme concept.

Et que même si je lui disais, je me demande même pas si mes collègues feraient grève, si, conséquemment, on me priait bien gentiment d’aller m’épanouir ailleurs, et sans préavis. La réponse est non.

Comme quoi, avec les gros sous, c’est dommage qu’on pense jamais à s’acheter une bonne éducation. Ca doit être parce qu’on perd son temps à s’entraîner à foutre des coups de boule aux copains.

(Ah, on me dit que ça s’achète pas, en fait.)


Elle

Elle dort la fenêtre ouverte pour s’endormir en écoutant les oiseaux.

Elle se lève au radar, encore dans ses rêves de papillons.

Elle sourit, et son chant emplit la maison.

Elle élève des escargots dans un jardin japonais sur l’appui de fenêtre de la cour de récré.

Elle aime les princesses, les chevaux et les dauphins comme toutes les petites filles.

Elle vit pour la musique et danse comme personne.

Elle traverse la vie comme on saute à cloche-pied sur une marelle.

Elle a fait de moi une maman.

Elle a bouleversé ma vie quand elle a plongé son regard vert dans le mien.

Elle a neuf ans ce matin.

(Il est temps de cueillir les tomates.)


L’effet vuvuzela (Les Hommes sont-ils devenus fous?)

60% des Français déclarent suivre la Coupe du Monde pendant leurs heures de travail, que ce soit grâce à leurs smartphones, à leur accès internet professionnel, ou encore parce que leur patron « compréhensif » et « lui-même amateur de football » (à ce stade j’appelle plus ça amateur, moi) met à leur disposition un poste de télévision allumé « sans le son » (ah quand-même).

Le Figaro Economique (oui, j’ai de ces lectures saines, moi, je sais) tentait d’étudier l’effet pour notre économie d’un tel ralentissement de la production sur notre économie nationale en fonction du stade atteint dans la compétition. Parce que forcément, si tu mates le foot au taf, t’es à peu près aussi productif que si tu blogues, hein, sois honnête. Ah ben pas possible de chiffrer exactement, parce que d’un autre côté, l’euphorie générée par un bon match (voire, soyons fou, un match gagné) doperait la productivité du salarié, compensant ainsi le ralentissement de son rendement, sans compter que celui-ci aurait du coup vachement soif et très envie d’aller descendre quelques bières avec les collègues après le bureau pour fêter ça.

Dans mon entreprise, nous avons accès, moyennant pointage et organisation adéquate des services (= sur tes heures sup’ et pas tout le monde en même temps, plize), à une salle équipée d’un grand écran retransmettant les matches (et aussi d’un tournoi de babyfoot interservices, au secours). A l’heure où je vous parle, les smartphones résonnent de sons de vuvuzelas à chaque but marqué à travers tout l’open space, et commentaires et considérations de haut vol fusent…

Oui, exactement comme le 22 novembre 1963 des images d’un tailleur rose taché de sang (ouf, en noir et blanc) passaient en boucle, ou le 21 juillet 1969, les terriens du monde se rassemblaient devant la boîte à images qui les faisaient rêver d’un nouveau monde par delà les étoiles.

Mais je sais pas, j’ai comme une étrange impression d’un certain nivellement par le bas… pas dans le fait d’aimer ça, mais plutôt dans la ferveur, ou plutôt la folie collective qui ne nous ferait pas hésiter un instant à paralyser un pays entier, que dis-je, le monde entier pendant un mois tous les quatre ans pour se focaliser tous autour d’un ballon même pas parfaitement rond apparemment.

La preuve de ce que j’avance : les voix qui se lèvent, outrées que le gouvernement aient « délibérément choisi » de rendre publiques leurs propositions concernant la réforme – indispensable et vitale si tu veux pas sucer des cailloux dans quelques années – des retraites « en plein milieu de la coupe du monde ». (Je précise pour les grincheux que non, mon propos n’est pas ici le contenu de cette réforme mais seulement les remarques fusant concernant son timing).

Arrêtez de respirer, la planète joue au ballon.

Panis et circenses.