Il était moins dix

Ce matin, alors que je me levais au radar comme d’habitude après une nuit de folie – tu penses, j’avais dormi huit heures de rang, ce qui ne m’était pas arrivé depuis… ah ben, depuis dimanche, tiens – bref une nuit de folie, j’avais plus encore que d’habitude les yeux au milieu des genoux et la tête je sais pas où, mais ailleurs.

Un coup d’oeil sur la pendule Louis XV le coucou suisse l’horloge Diddle d’un goût douteux de la cuisine (oui, je pense clairement qu’un coucou suisse eût été un choix plus classieux, c’est dire), m’avertit qu’il était moins dix. Tranquille, je pouvais ralentir encore un peu le rythme, pensai-je au dedans de moi-même avec mon unique neurone éveillé.

C’est là que les 300.000.000 (au bas mot) neurones masculins qui partagent mon cassoulet quotidien me sortirent de ma torpeur:

– oh ma grande, pas sept heures moins dix. Minuit moins dix!

-gné? purée tu m’étonnes que je suis crevée!

-faudrait penser à remplacer la pile…

Misèèèèèrrrre.  Histoire de me donner le temps de me remettre de mes émotions, j’entrepris de changer la pile dudit machin de mauvais goût qui tiquetaque en principe dans son coin, mais ce matin, tout mouru qu’il était, gardait obstinément le silence. Pour une fois, ne résonnait pas non plus dans ma tête le lancinant « En retard! En retard! » du foutu lapin de l’autre blondasse.

Et là, je sais pas ce qui me prit, mais la philosophie me prit par surprise (et par derrière, vu mon état végétatif avancé).

Et si le temps avait décidé de s’arrêter, un peu?

Et si moi j’avais rien compris? Que c’était un signe?

Nous sommes toujours en train de courir derrière ce temps qui jamais ne ralentit. Voilà qu’il fait une pause, et moi qui lui saute dessus pour le réanimer.


Le temps aujourd’hui vaut plus cher que l’or.

J’ai remis une pile dans l’horloge. C’est que j’ai pas que ça à faire, hein, le matin.  J’ai pensé que je serai très riche si j’avais du temps à revendre.

Mais que l’argent ne fait pas le bonheur. Le temps, si. Le temps qu’on a pour soi. Celui qu’on a à passer avec ceux que l’on aime, toujours trop court.

Toute la journée, j’ai eu l’image des « Montres molles » de Salvador Dali en tête. Autant te dire que toute la journée, j’ai eu la tête à l’envers.


Le Ministère de ma Santé Mentale (a du boulot)

Fumer tue. (A la rigueur, j’aimerais mieux l’hilarant « Le tabac t’abat. »)

Pour votre santé, bougez plus. (La pose de top coat, ça compte ?)

Pour votre santé, arrêtez de grignoter. (Comment ils savent ?)

Pour votre santé, mangez cinq fruits et légumes par jour. (Les Tic Tac vert et orange, ça compte pour combien ? )

Pour votre santé, ne mangez pas ni trop gras, ni trop salé, ni trop sucré. (Un salade de concombres à l’air, ça convient?)

Pour votre santé, attention à l’abus d’alcool. (Ca commence où, l’abus ? Sachant que moi, je coûte pas cher à rendre pompette, un verre, ça va, deux verres, bonjour les dégâts, trois verres, je rentre pas).

Interdit aux femmes enceintes. Aux personnes de moins d’1m30. Autoroute limitée à 110 km/h.

Ne pas avaler. (Pourquoi? Ca va très bien en apéro, la Javel!)

Ne pas inhaler. Ne pas percer ou brûler, même après usage.  (Des fois que y aurait besoin de préciser, ou qu’on soit vraiment très cons.)

Ne pas laisser à la portée des enfants de moins de trois ans. (Si ton môme à trois ans il continue à bouffer les Playmobaïle, c’est qu’il a très faim / rien compris / rien dans le crâne. Ou la tubulure assez large pour que ça lui pose pas de problème, donc on s’en tape. Oh et puis démerde-toi, hein. Fais lui boire du Destop.)

Non mais c’est pas bientôt fini, oui ? On nous prendrait pas un peu pour des idiots?

Pour ma santé (mentale), attention à l’abus de conneries, oui. Si je bouge le gros orteil gauche, ça ira, je risque rien ? Y a pas un Ministère du Gros Orteil Gauche qui va me prévenir de ma mort inéluctable et imminente ?

Ca me rappelle un truc, ça.

« Tombe pas dans la cave ! » Non mamaaaaaaaaaaaaaan !!!!

Ce qu’on pouvait rigoler, avant ! Et qu’est-ce qu’on vivait dangereusement, maintenant que j’y pense, pfiou.




J’accouche. (Sans douleur.) (Enfin, presque.)

J’ai bien choisi mon jour.

J’accouche sans péridurale et presque sans douleur de cette page blanche à ma disposition en ce jour de fête des mères.

Tu crois que j’aurai droit à mon collier de nouilles dans quelques années?

Les enfants sont d’un ingrat, de nos jours.

Ouais, parce que hier, à la librairie, y avait un panneau « offrez un livre à maman ».  Dessous, un éventail de livres divers. Dont un, montrant une Sophie Favier tout sourire, « Comment j’ai perdu 10 kg en 3 mois ».

D’une élégance, comme cadeau de fête des mères.

Le premier qui m’offre ça, il est privé de dessert.