Enfant, j’étais assez solitaire. Pas vraiment par choix, je crois. Affligée d’une timidité maladive, je préférais souvent passer inaperçue que risquer qu’on m’adresse la parole. Les occasions pourtant n’étaient guère nombreuses, mes parents ayant décidé que la maison et le jardin fermé me suffiraient amplement comme terrain de jeux. Dans la solitude de ma chambre, ma vie me semblait d’un ennui et d’une banalité affligeants, terne et sans couelurs, particulièrement au regard des milliers de pages que je dévorais alors avidement, pour passer le temps.
Tellement banale sans doute m’apparaissait ma vie que je finis par me raconter des histoires d’une autre vie, faites de rires et de chants je suppose. Puis que je commençai à les raconter à l’école, ces histoires. Ainsi, je m’inventai une petite sœur. Qu’on avait dû rendre, bien sûr, quand les questions se faisaient plus pressantes. Je m’inventai des vacances, des amis, des histoires d’amour, je m’inventai ma vie.
Aujourd’hui, même si comme j’aime à le répéter avec un sourire, Mentalo est grave marseillaise et a une tendance poussée à l’exagération comique, dans la vraie vie, ça m’est passé depuis longtemps. Mais il en reste toujours quelque chose, de la même manière que les meilleurs chasseurs sont en fait les braconniers : il m’est resté le flair pour détecter les raconteurs d’histoires. Qu’ils se les racontent à eux-mêmes ou qu’ils tentent de les faire avaler aux autres et finissent par y croire eux-mêmes, à force.
Alors à l’intérieur, je bous. Pas plus tard qu’hier encore, il me démangeait d’écrire au bas d’un billet quelque part sur la Toile un laconique « pourquoi (se) raconter des histoires, alors qu’il suffirait simplement d’assumer ses gestes pour n’avoir pas à se justifier?». Je me suis abstenue. Je n’aime pas bien mettre le nez des gens dans leurs propres contradictions (j’ai assez à faire avec les miennes, et aprüs tout, hein…).
Mais qu’est-ce que je n’aime pas ça, quand on me banane en plein visage. Parce que je ne suis jamais assez courageuse pour dire à mon interlocuteur que je sais qu’il prend de petits ou de grands arrangements avec la vérité. Parce que j’ai l’impression que l’autre me prend vraiment pour une demeurée. J’aimais à croire que c’était un trait d’enfant désœuvré. A moins qu’il y ait encore beaucoup d’enfants désœuvrés dans les adultes de tous âges, virtuels ou réels, que je croise quotidiennement…

Moi les bananes des adultes j’y crois dur comme fer (bonjour je m’appelle bisounours – enchantée !) mais celles des enfants par contre je les grilles toutes parce que j’étais une belle raconteuse d’histoires comme toi (mon père est cannibale etc)
Ah oui, bonjour les sourires quand les copains de mes gamins me racontent leur life version Canderel 😉
C’est peut-être aussi parce que notre réalité, celle qu’on doit affronter tous les jours, est de plus en plus soit très fade, soit très difficile à gérer.
Alors on prend des raccourcis ou alors de grandes enjambées pour l’avaler ou la faire avaler plus facilement.
Aux autres et à soi.
Continue, peuchère!
J’entends bien. Je pensais surtout aux bananes construites de toutes pièces pour se rendre intéressant. J’ai un peu de mal…
Je sais pas bien quoi écrire comme commentaire, là. Ah si : en noir et blanc la photo est moins jolie 😉
Moi je l’aime bien aussi, en noir et blanc, surtout que c’est pas la même. 😉
Moi je suis comme Maman sur Terre, je vis au pays des Bisounours …. me fais toujours « avoir » …
Moi je me fais aussi avoir parce que je n’ose pas dire que je sais qu’on me banane. J’y travaille, mais mon principal cobaye s’est défilé il y a preès d’un an 😉
Je me souviens du premier jour où j’ai menti, j’avais 3 ans et j’avais raconté qu’une fille que je n’aimais pas à l’école avait mis ses crottes de nez dans la boîte de biscuits de la classe… à l’époque, je me suis dit « ben voilà, c’est grillé pour le paradis… ». Après j’ai tellement raconté de salades étant ado que je m’en suis dégoûtée moi-même.. un jour, ne sachant plus qui j’étais vraiment à force de dire n’importe quoi, j’ai décidé de tout arrêter… depuis je suis d’une franchise maladive!!!! Je ressors mes vieilles habitudes uniquement pour aider des copines à passer un entretien d’embauche ou ses faire bien voir par leur chef peau de vache, enfin… pour la bonne cause quoi (mais jamais pour moi, je n’y arrive plus!!)!!!
Tout pareil. Je crois que me souvenir que c’est le coup de la petite soeur qui a fait déborder la cruche 🙂
Excellent le coup des crottes de nez! 😀
ça me rappelle une fille du collège qui avait la manie de s’inventer des amoureux : elle était allée jusqu’à se faire livrer elle-même des fleurs au collège !
Y a un âge pour tout, je pense. Après, faut grandir. Un peu. 😉
Ca y est, j’ai un truc à dire : quand j’étais petite, je rêvais d’être malade. Un plâtre, un appareil, des lunettes, une maladie… tout pourvu que ça me rende intéressante et que ça me change d’un quotidien pas top avec ma mère.
Et puis… j’ai été exaucée : lunettes, plâtre pour chute de cheval… J’ai vite déchanté ! Pareil quand j’ai été malade plus tard.
Ce qui est drôle c’est que le Haricot rêvait d’un appareil et qu’aujourd’hui, il ne vit pas très bien le port de ses bagues !
Quand tout se passe bien, on dépasse ça et on grandit… 😉
Moi je refais encore ma vie dans ma tête. Mais rien que dans ma tête.
Inventer des choses et les raconter pour se rendre intéressant me paraît un passe-temps curieux pour qui n’est pas écrivain.
L’avantage, c’est que l’écrivain précise « roman », lui.
je pense que tout enfant qu’il soit heureux ou pas essaye un jour de s’inventer une vie qu’il n’a pas, surtout pour épater les copains et aussi pour se faire aimer. c’est un trait typique de l’enfance, on convoite toujours ce qu’on a pas et ça continue dans l’âge adulte, la seule différence c’est qu’on a plus cette capacité à inventer une vie « enfin pas toutes » ou à vivre dans l’imaginaire, on s’enfonce et on crois que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin!! (euhh jsuis pas sûre t’as tout compris là?)
Vivre dans l’imaginaire, pourquoi pas. Inventer des histoires pour attirer la compassion, ou se disculper, c’en est une autre, assez pathologique ou en tout cas malsaine… Pas la preuve d’une grande maturité en tout cas.
Je n’ai jamais été une menteuse (parfois, sur le blog, j’accentue certains traits ou en auculte d’autres pour que ça fasse joli, mais c’est un blog et je ne crie pas à tout va que je ne dis que la vérité crue)(cela dit, même comme ça, je n’arrive pas à mentir). Je n’ai jamais su mentir… Et les rares fois où j’ai eu à le faire, ça a été tellement dur à vivre (et vivre pendant des années dans le secret et le mensonge pour protéger un monstre, ça enlève toute velléité d’être un menteur, je crois) que ça m’a vacciné, en quelque sorte.
PAr contre j’avais une imagination débordante et je m’inventais souvent une vie à moi-même, mais je savais que c’était un rêve et je le gardais pour moi seule. Je n’ai jamais compris ceux qui m’entaient.
Par contre (bis), je suis hyper curieuse, du genre maladif. Par pour médire ou quoi que ce soit, juste parce que je suis méga curieuse!! Faut que je sache, ça me hante sinon!
Du coup, je me demande bien de quel billet tu parles… 😉
LMO est aussi marseillaise? Je la croyais un peu plus à l’ouest 😀 😀 😀
J’ai un peu de mal avec les gens qui racontent des craques.
Je ne suis pas menteuse du tout. Sauf précisément avec les gens qui racontent des bobards. Là, pour leur « foutre la honte », je suis capable de mentir : genre dire « ben c’est pas possible ce que tu racontes, parce que précisément j’ai lu un article là-dessus dans Le Monde, et c’est exactement le contraire » (alors que je n’ai rien lu du tout, c’est juste pour clouer le bec du menteur)
Pas mal; la tactique. Je vais tenter, tiens 😉
Huhuhu, comme on dit. Parfois, ça me fait l’effet inverse. Je raconte des épisodes de ma vie et je me dis « je dois passer pour une mytho, là » et pourtant, tout est vrai ma bonne dame. Sur ce , je te bise bien fort.
Ouais mais toi t’es la Marjoliemaman de l’extrême 😉
Je ne connaissais pas le terme de « banane » tiens …
Nan mais tu sais, le truc jaune courbé qui se mange, là, nu sur une plage 😀 😀 😀
« Aprüs »
=> Y a un code ou bien ? 😀
Sinon, bang, dégommage ! 😉
Merde, repérée par l’oeil de Moscou. Et je peux même plus corriger, à cause de toi. Ca se voit que j’ai une saloperie de nouveau clavier à mille boules? 😀
Et aujourd’hui, t’en es où ???
Moi, ça va mieux, merci 😉
Je suis maître du monde, j’ai même donné une interview de 5 pages qui paraît aujourd’hui dans le Monde. Et je fais la couv’ des Inrocks parce que je sors aussi un disque qui va cartonner. Il s’appelle « Je suis moi ».
Je suis flattée que tu t’abaisses encore à lire mes bafouilles, ô Maître.
La vraie question est : qui a fâché Mentalo ? 🙂
Moi, je faisais semblant de lire « le Monde » quand j’étais en fac pour me rendre intéressante auprès du prof de TD qui avait le plus joli sourire du monde. En vrai je lisais que l’horoscope de l’Est Républicain.
Et tu as fini par l’épouser, ou pas? 😉
Et non. En fait il n’a jamais pu croire que je lisais le Monde tous les matins du monde et demander ma main à mon père parce qu’il ne m’a jamais regardée. J’en ai conclu que les beaux sourires ne savaient pas voir. Alors j’ai épousé les plus beaux yeux du monde. 😉
… qui eux ne s’édenteront pas. Bien joué. 😉
Bon Gromit m’a tuer!!! J’allais à peu de choses près faire le même com!!
Alos que dire??
Qu’il existe des mensonges » éthiques »…
Je m’essepliqueu ( respectons la sardine qui a bouché le port!!:D), je ne supporte pas les gens qui, sous prétexte d’être « vrais » te balancent tes quatre vérités sans se soucier le moins du monde de comment tu vas le recevoir!!
Je suis totalement incapable de faire ça!!
Ex: Si une copione me demande » elle est jolie ma robe, hein?? » et que précisément je trouve ce résidu de rideau totalement immonde, ben je lui dis pas!! Je lui dis » euh, c’est pas mon goût, c’est pas que j’aime pas mais je la porterai pas.. » Certes ce sont pas de vrais mensonges.. Ceux là je les réserve au Camarade lorsqu’il me demande le prix de mes pompes!!:D
C’pô du mensonge ma chère Alorom mais de la bonne éducation entre gens de bonne compagnie (et j’imagine que le Camarade l’est ) on ne parle jamais des problèmes d’argent 😉
Vous avez beaucoup craqué sur les soldes les filles, les nanas, les femmes, les gonzesses ? 😉
Nan. Avec ma copine-voisine, on a juste acheté un polo en soldes comme cadeau de fin d’année pour le maître d’école 😀 😀 😀
(et sinon j’envisage de publier le texte de Putain ça penche de Souchon, ces jours-ci…)
Elle est adorable cette chanson.
On voit le vide à traversles planches…
Ah oui mais ça c’est pas du mensonge, comme dit Mrs B, c’est du savoir-vivre, nuance. Nan là je parle de celles à qui ont demande rien, et qui se justifient toutes seules à base d’arguments fallacieux de quelque chose qu’on ne leur reprochait pas, ou qui de leur plein gré te mènent en bateau pour attirer l’attention, et passé l’adolescence, c’est un poil agaçant…
Une copione donc…Contraction de copine et conne????
Effectivement, faut pas être très maline pour se maquer avec un résidu de rideau…
Sur le coup, je me suis dit « tiens un mot nouveau, c’est vraiment la reine du néologisme cette Alorom » ♥♦♣♠
Et toi la reine du pavé (numérique).
Moi je ne ment que sur ma taille de fringue !! En vrai je fais un 36 ;-D !
Enervée la mentalo vire t »elle anis ?!
J’aime pas les sucettes 😉
Ouais mais mentir sur un blog, c’est pas mentir, non ?! Enfin, je sais pas, mais quand j’ai parlé de ça aux bloggeuses IRL, elles m’ont toutes dit qu’elles pratiquaient les petits arrangements entre amis avec la « vérité vraie »… Un peu comme de l’auto-fiction, on part de soi, mais on coupe, on arrange, on dévie, on exagère, on se met dans la peau du « personnage » du blog qui n’est pas exactement nous…
Perso, je l’ai bien précisé dans l’à-propos, et je fais régulièrement des mises au point, parce que ça me semble important qu’on comprenne que c’est une vie « romancée » (et faudrait quasi le faire sur Facebook, où tout le monde arrange aussi sa vie pour qu’elle soit « socialement » présentable !)
Mais bien sûr, que nos blogs ce n’est pas pareil. On peut très bien romancer, je suis la premiüre à le faire. Mais les deux cas auxquels je pensais précisément en écrivant son billet sont l’un, du domaine de la mlhonnêteté intellectuelle, l’autre, du dommaine du carrément pathologique (en bref, il y a nuance entre petit et grand arrangement). Tu me permettras de ne pas les citer ici, 😉
[…] Aux petits et grands arrangements avec la vérité. […]
[…] Cherche cours de fayotage d’urgence. Je rappelle que le mensonge de politesse n’est pas mentir, mais […]