- On avait dit qu’on ne s’attacherait pas à l’appartement blanc, on avait dit qu’on ne s’attacherait plus tout court, plus aux choses en tout cas, plus aux murs certainement. Après tout s’ils nous voient grandir, s’ils nous voient vieillir, ils étouffent les sons, ils cachent la vue. On avait dit qu’on ne lui donnerait pas de nom. Et puis les semaines se sont transformées en mois et les mois en saisons. Deux. On a dit « au quarante-deux », et l’ancienne maison est restée « au treize ». On a parfumé la cuisine de gâteaux aux pommes et épices. On y a passé l’hiver, collés serrés pour s’y tenir chaud au coeur. On a mis la musique un peu trop fort, envoyé valdinguer nos chaussures pour danser en chaussettes le soir du vingt-quatre parce que c’est si bon de n’en faire qu’à notre tête, après tout ce temps où il fallait. On y a fait rentrer le printemps. J’ai acheté des fleurs, souvent, pour le vase blanc, le seul que j’avais emporté. Pour mettre de la couleur sur les murs restés blancs, comme si on n’allait rien écrire de notre histoire tant qu’on habiterait là. Six mois, finalement. On a rendu les clés, on a fermé la porte encore une fois, une dernière fois, et ouvert une autre.
Dans la nouvelle maison la nuit j’écoute les bruits, j’apprivoise les sons de ma nouvelle vie, je regarde par la grande baie vitrée les nuages s’enfuir dans la lueur de la lune. Il y a le bruit du ruisseau qui gronde les jours de pluie, qui chante les matins soleil. Il y a les cloches qui carillonnent, toujours un peu trop tôt, toujours un peu trop fort. Les chaussettes qui glissent sur le parquet à l’étage des enfants, la première marche de l’escalier qui craque un peu. L’eau de la douche qui tambourine juste au dessus de mon lit, me sortant du sommeil. Le bip strident du four, le frissonnement du frigo. Le chant des oiseaux, les ailes des trois pigeons qui ont élu domicile sur le toit, la voix grave du train de marchandises au loin, et le silence de tout le reste.
On cherche nos marques, comme on cherche les interrupteurs du couloir, et puis aussi tout ce qui n’est pas encore sorti des cartons. Nos souvenirs à reconstruire, cette nouvelle vie à inventer autrement.
Il faut que j’achète des fleurs. Ou que j’en cueille. Et qu’on apprivoise ces chats qui prennent leur part de soleil au jardin.


Je vous souhaite beaucoup de bonheur dans votre nouveau nid.
Merci <3
Fiction ou réalité? Ca semble très vrai, tout ça, surtout la photo avec les chats. Bonne installation…
Tout est absolument vrai cette fois (j’aime bien brouiller les pistes ;).)
Comme une histoire parallèle, avec 4 ans d’écart.
Moi aussi j’ai vécu l’appartement blanc, signe d’une nouvelle page à écrire.
Puis j’ai trouvé la Bicoquillette qu’il m’a fallu apprivoiser et dans laquelle j’ai mais quelques temps à me sentir bien… C’est mon chez-nous maintenant.
Mets-y des fleurs et tout ce qui te fait plaisir, pose des plumes et de la mousse pour y faire le nid. C’est chez toi.
Des bisous tout plein pour ce nouveau départ 😉