Honorine

Honorine marche pieds nus. Pieds nus sur les routes, pieds nus sur les chemins, pieds nus sur le sable brûlant. Elle n’a pas treize ans mais elle ne sent plus la brûlure depuis longtemps. Honorine est belle, aussi belle que son prénom, aussi belle que son sourire éclatant et ses yeux doux. Pour ses treize ans elle est si frêle encore, et pourtant Honorine marche sans relâche. Parce que l’école est loin, mais qu’elle sent confusément qu’il est très important d’y aller, tôt le matin alors que la nuit est encore si noire. Parce que l’eau potable est loin, mais indispensable. Parce que la cabane de planches qui abrite sa famille est loin des plages où les touristes paressent. Honorine marche.


Honorine va à l’école, elle apprend le français. Ainsi elle peut aider sa mère, vingt-six ans, un bébé endormi, enroulé dans un pagne dans son dos, à proposer aux filles en maillot, leur peau trop blanche rougie par le soleil implacable, les tresses élaborées qu’elles ramèneront fièrement en Europe. Du plus loin qu’elle se souvienne, il y a toujours eu un bébé endormi, joufflu, ballottant dans le dos de sa mère.


Le soir, après l’école, après la plage au sable brûlant, à la lueur du seul lampadaire de la rue boueuse, Honorine confectionne des colliers, des dizaines de colliers en graines de flamboyant, en coquillages. Demain, au retour de l’école, elle les enfilera par dizaines sur ses bras minces, indifférente au poids, et elle arpentera encore une fois la longue plage pour vendre ses bouts de rêves multicolores.





Foulpointe, Madagascar, janvier 2008.

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