Honorine va à l’école, elle apprend le français. Ainsi elle peut aider sa mère, vingt-six ans, un bébé endormi, enroulé dans un pagne dans son dos, à proposer aux filles en maillot, leur peau trop blanche rougie par le soleil implacable, les tresses élaborées qu’elles ramèneront fièrement en Europe. Du plus loin qu’elle se souvienne, il y a toujours eu un bébé endormi, joufflu, ballottant dans le dos de sa mère.
Le soir, après l’école, après la plage au sable brûlant, à la lueur du seul lampadaire de la rue boueuse, Honorine confectionne des colliers, des dizaines de colliers en graines de flamboyant, en coquillages. Demain, au retour de l’école, elle les enfilera par dizaines sur ses bras minces, indifférente au poids, et elle arpentera encore une fois la longue plage pour vendre ses bouts de rêves multicolores.

Foulpointe, Madagascar, janvier 2008.
Toujours aussi belle prose et ambiance dans ces textes. Merci