Bleu pâle

La jeune fille avança d’un pas décidé vers la rambarde et s‘arrêta, comme hésitant soudain. Elle dénoua le voile bleu pâle qui couvrait ses longs cheveux marron qui tombaient en cascades et le rajusta lentement, passant sous le menton, et noua à l’arrière d’un geste sûr, habile. Elle était très mince et le vent prenant dans son long gilet gris la faisait presque vaciller. Elle avait l’air d’une adolescente malgré ses vingt-sept ans. Elle semblait pourtant lasse, vide.

 

Je roulais lentement, ce matin là, la circulation était dense pour un vendredi. Je l’aperçus au bord de l’autoroute, et instantanément je sus. Je pris ma place auprès du Grand Capital avec le souvenir de ce visage, de ce voile bleu pâle et de ces mains au geste expert. La journée de travail fut fructueuse, j’avais de l’or dans les doigts, j’avais la chance avec moi et l’ambiance dans le groupe était, de ce fait, joyeuse. J’enchaînais réussite sur réussite, bonne nouvelle sur bonne nouvelle, à peine troublée dans l’après-midi par la découverte d’un bug de communication entre la Zette et moi.

 

La jeune fille inspira profondément. Avança d’un pas, puis deux, franchit la rambarde et se mit à courir. Soudain, après avoir furtivement croisé la mienne,  sa vie croisa celle d’un camion.

 

 

 

 


Le mâle, c’est le mal

Y a plein de bonnes raisons qui nous font aimer la vie de couple, ou l’envier pour celles qui croient encore au Prince William à l’âme soeur. J’ai pas de sœur, sauf quelques fausses ici et là sur la Toile. Par contre j’ai un specimen mâle qui partage mon cassoulet.

 

Ca a certains avantages :

-quand j’ai froid aux pieds, ses mollets velus sont toujours chauds

-quand j’arrive pas à ouvrir le pot de confiture

-pour vider la voiture quand je reviens des courses

-pour que je puisse dormir en voiture, la bouche ouverte et la bave filant

-pour enfiler la couette dans la housse

-pour changer les roues de la voiture

-pour faire un trou en plus dans ma ceinture

-pour pas avoir de restes dans le frigo

-pour faire semblant de m’écouter quand je raconte un truc méga important, tu te rends compte, cinq jours qu’il tient, mon vernis Chanel, c’est cher, mais qu’est-ce que c’est bien, dis, tu m’écoutes, là, qu’est-ce que je viens de dire?

-… (merde, je sèche)

 

Mais ça a sans contexte aussi certains inconvénients, outre qu’il prétende que je lui pique toute la couette. Et c’est pas Dom qui me contredira. Le mâle, instinct grégaire oblige, estime que si on fait équipe au pieu, y a pas de raison qu’on fasse pas équipe hors du pieu aussi, du coup, dès qu’il se sent un chouille dépassé par les événements (comprendre : tout de suite, dès qu’il identifie le problème), il fait appel à une amie, aka moi.

 

Que le premier qui n’a jamais posé une seule des questions suivantes à sa chère et tendre se manifeste. Hé hé. Fait frisquet par ici, non ?

 

  1. T’as pas vu mon …, ma … ?

Nan, puisque c’est TON …, TA …

  1. Tu veux quoi pour ton anniversaire / ta fête / Noël / … ?

Y a que l’embarras du choix, pour nous, les filles, Chéri. Et sinon, un solitaire m’ira très bien, tu sais.

 

  1. Tu es sûre que tu m’as dit que tes parents venaient / que nous sommes invités / que tu sors ce soir / que c’est mon tour de taxifier les mômes ?

OUI, j’en suis sûre.

 

  1. Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? De la blanquette? tu as demandé la recette à ma mère?

Ce que tu as préparé, Chéri. Ah non, j’ai pas son numéro. Puis la mienne est mieux. De mère. De blanquette.

 

  1. Elles sont neuves ces chaussures ? Combien elles coûtent ?

Mais non, hi hi hi. Je les ai au moins depuis… une semaine. Oh, au moins, oui. Oh, pas grand-chose, pas grand-chose.

 

  1. Mais combien de paires de chaussures as-tu, en fait ?

Ah mais, j’en ai donné plein, tu sais ! (Note la subtile manœuvre d’évitement)

 

  1.  Ne me dis pas que tu ne sais pas ce que c’est qu’un hors-jeu ? Tu le sais, hein que tu le sais ?

Mais oui, Chéri, je le sais. En bleu, s’il-te-plaît, les escarpins à mille brozoufs. Et en 39.

 

  1. Je t’ai dit que mes potes venaient regarder le match ce soir ? José amène la bière, tu pourras ramener des pizzas à la mi-temps?

Non (eh eh, pas con.). Et non, Zermatti me l’interdit : je n’ai pas faim.Et puis j’ai hammam avec Caroline, ce soir.

 

  1. Mais… tu es allée chez le coiffeur, c’est ça ?

Non, je me suis fait refaire les seins, puisque tu demandes.

 

  1. Mais pourquoi je t’ai épousée, bon sang ?

Parce que t’étais bourré / pour mon fric / pour mon cul / parce que je fais trop bien la blanquette / parce que tu peux pas te passer de moi, ni moi de toi, chacal.

 

[soupir]

 

 

A la limite, des fois, je préfèrerais que ce soit Jean-Pierre qui m’appelle, tiens.

 

 

 

PS Ai-je besoin de préciser une fois de plus que l’Homme des Bois est juste parfait, et que Mentalo est très marseillaise, et que tout ça c’est juste pour de rire ?

 

 

 


J’ai rendu visite à La Mère Joie en son QG (carnet de voyage)

Le seul téléphone portable qui passe au QG.

Je garai mon cheval vapeur tant bien que mal sur les plates-bandes du voisin. Tout de suite je fus accueillie par Mademoiselle Commandante, pendant que le Grognard se réfugiait dans les jupes de sa mère juive bras de son père. Nous nous apprivoiserions dès le lendemain, il était déjà tard ce soir là. Elle vint à ma rencontre, souriante mais lasse. C’est que Mr Rosbeef n’était pas encore entré dans sa vie pour lui faire des choses douces et roses qui lui font du bien quand il la prend par la main. Elle m’emmena dans la chambre, où le Petit Goulu Poilu dormait du sommeil du rassasié bienheureux sur sa peau d’agneau.

 

J’avais cru que je pleurerais. J’ai pas pleuré je suis pas une gonzesse bordel. Je crois que, à la fin de cette journée incroyable, j’étais passée au-delà de l’émotion descriptible. Je n’arrivais déjà même pas à croire que j’étais là, tellement loin de mes bases, après tant de mois à l’imaginer – et à croire que c’était impossible, infaisable, insensé. J’étais groggy, il me fallait un grog, Légio me servit un Schweppes, et les bulles achevèrent de me donner le tournis.

 

Après, c’est un tourbillon. Un tourbillon de mots, d’émotions, de partage. Une conversation qui continue là où les mails l’avaient laissée. Une conversation qu’elle mène le plus souvent topless, mais on a arrêté de compter les tétées, on est trop occupées, c’est open bar au Téton, et on s’en fout; pendant que Légio s’occupe le plus souvent de l’intendance – quand il ne fait pas des traits d’esprit qui me laissent paf dès le premier soir

 

Mentalo, tentant d’être urbaine : alors, racontez-moi comment vous avez atterri ici !

La Mère Joie, affamée, la bouche pleine : raconte, toi, Légio, c’est à cause de toi !

Légio : en voiture…

Mentalo, paf : hi hi hi j’imagine, mais comment ?

Légio : ben, on a pris la clé, on a mis le contact…

La Mère Joie, atterrée : Légio !!!

Légio: mais, Chérie, c’est vrai!

La Mère Joie, désespérée: Bon, Mentalo, attends que je finisse mon fromage.

 

et que le quintet de trolls s’ensauvage avec bonheur, délestés de notre attention pesante et tout à la joie de se trouver, de se découvrir copains. C’est le Larzac au QG, il ne manque que les chèvres. Alors pour s’en donner l’idée, de temps en temps on respire le cou du Petit Poilu qui macère…

On surveille les participations au concours du jour…

 

Les jours défilent au rythme de promenades entre les pierres chauffées par le soleil de villages enchanteurs, les rosiers splendides au détour de routes sinueuses, et les arrêts en terrasse pour tout le monde. Les grandes se jurent amitié à la vie, à la mort jusque très tard dans la nuit, les petits courent en semi-liberté et se partagent leurs jouets sans heurts, et pour nous, le temps est suspendu… pour quelques jours seulement.

 

De l’éternel et de l’éphémère.

 

Arrive le temps de la tartiflette aux courgettes des adieux. Je regarde autour de moi, et me dis que je ne sais pas si j’aurai la chance de revenir. La Mère Joie et Mademoiselle Commandante nous accompagnent sur le seuil. Je les regarde, intensément, pour fixer cette image d’une mère et d’une fille au sourire vrai. Je rejoins ma voiture, doucement. L’air est encore chaud. Je me retourne encore une fois, la porte du QG est fermée désormais. Dehors, il fait nuit. Ca tombe bien : personne ne verra mes larmes.

 

Le lendemain, nous reprendrons le chemin inverse, bousculés par le vent violent, nous ramenant dans la vraie vie.

♥♥♥


Un collier de nouilles? non merci. (concours express)

Tu vois ce qui arrive à force de surmenage professionnel, hein ?

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J’ai omis de te parler d’un truc dont tu auras forcément envie pour la fête des mères, dont Maty m’a parlé il y a quelques semaines, et dont le mail est allé se cacher bien loin au fond de ma boîte, dis donc.

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Maty, ils font des bijoux que quand tu regardes leur site, t’as envie de tout : parce que ça fait pas mémé, parce qu’il y en a pour tous les prix, du fantaisie qui fait pas gnognotte au solitaire qui fait baver, parce qu’il y a un choix immense, là, juste sous tes yeux, quand tu cherches un truc à offrir ou à porter pour le troisième mariage de Belle-Maman (avec un mec qui pourrait être ton frère, et alors, est-ce un prétexte à renoncer à un bijou ? ah ben alors, tu vois, quand tu veux !), assorti à ta robe au décolleté vertigineux mais compliqué, ou si tu veux laisser des messages subliminaux à Chéri-Chéri. (Ceci n’en est pas un, c’est juste la copie crachée de mon alliance.)

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Moi, là, tout de suite, pour ma fête, parce que je suis bien servie que par moi-même et que ma fille m’a ricané au nez quand j’ai voulu qu’elle m’offre un bracelet à six euros avec une fleur gravée « maman amour » ou une niaiserie du genre au marché de Padipado en vacances, je voudrais ça, là, et je le graverais évidemment aux prénoms de ma progéniture fabuleuse.

39 euros, je me gâte trop

 

Maty propose des bijoux de filles, mais pas que: il y aussi une très jolie collection enfant, et bien sûr de jolies choses pour Chéri-Chéri, aussi (s’il est gentil).

Donc Maty, ils sont sympas, ils m’envoient un mail il y a trois plombes en me disant que,  pour me montrer comme ils sont chouettes, si je mets mes gosses au travail forcé, ils m’envoient cette breloque (photo ci-dessous, à accrocher à ton sac, à tes clés,…) avec « l’œuvre de mon ange » (sic). Bon, ça doit être parce que ce ne sont pas des anges, les miens ou que je me suis étouffée à rigoler et qu’ils sont plus « sans sport, je mords » que dessins pieux en ce moment, mais on a collectivement zappé le biniou. Toutes mes plates.

Tu peux gagner celui-ci OU celui-là, comme tu préfères.

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Alors je me rattrape, je suis sympa moi aussi, on se fait un petit concours express, et je te l’offre.

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Tu me racontes en commentaire avant demain, jeudi 26 mai, 20 heures, heure de Paris, le dessin le plus loufoque / humiliant / rigolo / improbable de ton gamin, je te tire au sort, et je te file les instructions de tout comment on va s’arranger après. (Suffit que ton gamin, il dessine en noir sur fond blanc, et Maty se charge du reste, en fait). Si t’en as pas de gamins, je suis pas sectaire, tu me racontes un dessin que tu as fait à la maternelle, ce que tu veux.

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Allez hop, top départ.

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Conscience professionnelle vs honnêteté intellectuelle…

Les aminches, j’ai un souci de conscience professionnelle.

Ouais, parce que mon vrai métier, hélas, c’est pas de venir ici tous les jours amuser la galerie. J’imagine que les gosses feraient la tronche devant leurs pâtes à l’eau quotidiennes, sinon. Alors que non, là, je peux leur offrir des épinards, et même avec du saumon par-dessous. Dingue la chance qu’ils ont, mes gosses.

 

Bref. Ce matin dans ma boîte à emmerdes insolubles, passe à ton voisin ce sera plus simple,  un mail de Gentil Chef qui me demande de lui résumer en quelques « bullet points » mon boulot, afin qu’il puisse présenter l’activité du service à je ne sais quelle réunion de grands patrons outrageusement payés à brasser de l’air.

 

Si j’envisage d’être vraiment honnête, ça pourrait finir par ressembler à ça :

 

-élaboration de techniques subtiles de camouflage de glandage intense

-mails aux copines dont la haute teneur intellectuelle n’est plus à démontrer

-blogage intensif, y compris écriture de billets hilarants

-développement de stratégies de contournement de firewall

-lecture de journaux à scandales (on va bien finir par savoir si oui ou non DSK a fauté, merde !)

-conseils avisés en grand n’importe quoi à qui veut l’entendre

-colportage de potins louches mais croustillants

-roulage de crottes de nez sous les aisselles

-matage de mariages princiers

-languedeputage de haute volée

-calcul scientifique de huit heures – l’heure de départ, je retiens la pause de midi, ça me fait partir à quelle heure ça ? eh merdeeeeeeee…

-limage d’ongles en loucedé sous le bureau

-wikipédiation à des fins de documentation ultra sensible pour que les copines puissent boucler leurs billets en temps et en heure, la preuve :

15:15 LMJ à Mentalo

 Ah, dis-moi de suite une enseigne connue qui fait de la déco, vend des bibelots de merde, please ! Merci !

15 : 15 Mentalo à LMJ 

Gifi

Casa

Tati

Ikea

Maisons du Monde


15 :16 LMJ à Mentalo

Un truc vraiment beauf je cherche.

15 :17 LMJ à Mentalo

Nan, tu sais le truc associé au juste prix. Ah merde, un truc en zc… Me souviens plus du nom…

15 : 17 Mentalo à LMJ 

Gitec ? Gitem ?

15 :18 LMJ à Mentalo

mdr
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Juste_Prix

(cela dit y a pas réponse à ma question…)

15 :18, Mentalo à LMJ

Ah putain, l’entrée WIkipédia! Pas tout lu, j’ai bloqué bien avant, mais purée !!!!!! C’est bien trop tordu pour moi.

15 :19, Mentalo à LMJ

Punaise, en plus c’est précis ton truc.

Demande à Google : sponsor juste prix

http://www.tf1.fr/le-juste-prix/partenaires/


15 :20 LMJ à Mentalo

Ca y est pas. Ah putain, je viens de trouver : La Farfouille !!! :DD

15 :20, Mentalo à LMJ

 « Nan, tu sais le truc associé au juste prix. Ah merde, un truc en zc… Me souviens plus du nom… »

Ah oui, donc La Farfouille, c’est en zc…  :-DDDDDDDDD

Je connais même pas ce magasin en plus. C’est te dire si t’étais mal barrée avec moi.

15 :21 LMJ à Mentalo

Nan, c’est Foir’Fouille en fait. J’ai vérifié. 😉

15 :21, Mentalo à LMJ

Inconnu aussi. :-DDD
Ah mais c’est qu’on se documente pour faire du billet de qualité, nous madame !

15 :22 LMJ à Mentalo

Ouais ! :DDDD

 

-grignotage compulsif, surtout quand Collègue Choupi ramène des Magnum de la station service

-photographie artistique à l’iPhone de mes pieds sur le carrelage blanc des toilettes

-études de marché diverses et variées, notamment en meubles de jardin, actuellement

-gestion supra-professionnelle d’agenda pro, notamment des ponts de mai qui tombent cette année en juin: moi, moi, moi!

-étude poussée du menu de la cantoche teutonne

-crémage préventif de mains, avec insistance sur les cuticules (et sans chercher la rime)

-discussions thématiques: le café c’est beurk, le thé c’est plus mieux

-séminaires de formation de rattrapage en notions de base de football germanique

-shopping suicido-compte bancaire en ligne

-accessoirement, de temps en temps, action intellectuelle et physique au service du Grand Capital

-protection intensive contre le burn out (point trop n’en faut)

 

J’ai un doute. Alors je demande à Alorom, mon coach ès réponse-à-boss-qui-claque. Je crois que je tiens la queue de ma réponse, dans la sienne :

 

Tu en oublies, ma belle, et pas des moindres…

– Remise en place express de tanga dans les toilettes

– Fantasmagorie exacerbée et pluri opératoire de dégommage de Miss Camping

– Matage de collègue so charming…..

 

Il va être impressionné, je pense, le boss. Je suis vachement multifonctions, en fait, moi, comme fille.