Prends toi ça dans ta tronche de capitaliste

 

 

Fin du CM2, la classe de ma fille aborde enfin les lectures donnant vraiment matière à réflexion. C’est que j’étais impatiente, moi, de causer littérature avec ma progéniture ! 

 

C’est donc pleine d’espoir ce samedi en voiture que j’entame les envolées lyriques dans une éloge sans borne du fabuleux, de l’incontournable Petit Prince, dont ma fille avait emmené un exemplaire afin de le terminer en route.

 

-Tu vois ma chérie, ce livre a été écrit il y a plus de 60 ans. Il est universel. Il ne vieillira jamais.  Et il est d’une actualité époustouflante ! Il y a tout dedans. Des choses tellement profondes que tu pourras le relire cent fois pendant des années, tout au long de ta vie, et tu y découvriras toujours quelque chose qui t’aidera à comprendre la vie, ou à l’aborder. Il est plein de choses si vraies… L’essentiel est invisible pour les yeux, c’est le temps que tu as passé pour ta rose… tout ça… C’est immense, ça!

-Ah tu as raison maman ! Comme par exemple, que les adultes, ils ne réfléchissent  qu’en chiffres !

 

 Gasp.

 

 

Indémodable. Surtout le color-block.


Comment j’ai trouvé Zette (carnet de voyage)

Je faisais connaissance avec l’accent des Corbières en tentant de sustenter la marmaille ce jour là de choses dont la diététique est inversement proportionnelle à leur joie, quand la Zette m’apprit en même temps qu’elle ne pourrait pas nous rejoindre quelques jours plus tard, ET que je me trouvais à l’instant même à une trentaine de kilomètres seulement des pommes dans le panier sur la table de sa salle à manger.

 

N’écoutant que mon cœur intrépide, je repartis donc en sens inverse. J’avais déjà plus de mille bornes dans les pneus, je n’allais pas chicaner. Il me fut donné alors de vivre une expérience étrange. Une impression de m’enfoncer dans les entrailles de la France, croisement après croisement, avec la sensation que plus jamais je n’en sortirais.

 

Je ne savais pas qu’au même moment, la Zette écrivait

 

Elle ne le sait pas encore, mais je vais la kidnapper.

 

Elle n’en eut pas besoin, la Corbière le fit pour elle. Vigne après vigne, je suivis ses instructions, incrédule, légèrement angoissée, puis carrément oppressée, et finis par atterrir au centre du village, entre le lavoir et l’église, pile poil à l’heure de la sieste. Pas âme humaine qui vive.

 

On va devoir demander notre chemin aux chiens qui somnolent à l’ombre, les enfants !

 

Par chance, l’enfance est rebelle à la sieste des anciens. Deux enfants, plus très petites, pas encore grandes, jaillirent à cet instant de nulle part et s’approchèrent des intrus de la petite place, en face des pots de fleurs blancs…

 

-Tu connais la Zette ?

-C’est ma Tatie ! dit l’enfant blonde.  Mais si c’est ta copine, alors je te connais aussi !

-Je ne crois pas, non…

 

Elle entreprit alors de me donner des explications déchiffrables uniquement par un autochtone, et moi de manoeuvrer mon char d’assaut dans des ruelles aussi étroites qu’un slim de Jane Birkin. Ni une, j’embarquai les deux sur la place passager, pendant qu’un chien aboyait la caravane passait à l’infraction, et c’est ainsi que les sept nains arrivèrent en haut d’un chemin escarpé que je n’aurais jamais sans doute trouvé seule, et que nous fîmes une entrée remarquée chez Tatie Zette, qui sortit de la maison en courant, ébahie et pas loin du fou rire.

 

Comment j’ai trouvé Zette ?

 

Par hasard.

 

Qu'on leur coupe la tête! dit la Reine. (Devine qui est qui.)

 


Fichée

 

Tu le sais, une mère ferait n’importe quoi pour sa progéniture bien aimée. Moi, du moins (enfin presque, mais on dirait que oui, là). Y compris lui taper l’affiche pour les quatre prochaines années en quelques minutes. Parfaitement, c‘est dans mes compétences.

 

La Grande donnerait son royaume pour un cheval, et connaît chaque équidé de chaque pré par son petit nom, race, date de naissance, pedigree, dans un rayon de vingt kilomètres. Alors tu penses, quelle ne fut pas ma joie lundi soir d’aller lui présenter quelques nouveaux amis à crinière pas très loin de chez nous.

 

Vite repérés par le propriétaire, il faut assurer avant de se faire tirer du plomb dans les fesses (les gens sont charmants, de par chez nous). Alors je commence un palabre dans lequel j’explique notre présence sur ses terres au châtelain de ces lieux. Le baratin et le joli minois de ma progéniture font leur effet, Fantomas et Jack les canidés sont domptés, nous sommes autorisés à pénétrer dans le domaine.

 

Les chevaux qui ont attiré mon attention de loin sont des paint horses, comme celui de Yakari, mais en plus grand, tu vois ? (je sais que j’ai de la référence qui tape et qui te parle, je sais). Le monsieur est ravi de nous en dire plus, ravi que ma grande lui file un coup de main de maître (du haut de son mètre quarante et des brouettes, elle assure niveau canasson-passion) pour rentrer les bestioles à l’écurie pour la nuit.

 

Je lui file un coup de coude et lui souffle discrétos :

 

-Le monsieur, on l’a déjà vu quelque part, je suis sûre qu’on le connaît.

-Ouais, moi aussi j’en suis sûre, mais où ?

 

 

Comme rien ne m’arrête, surtout dans ma connerie, une fois que j’ai mis le doigt dedans, faut que j’y mette tout le bras. Je questionne poliment le monsieur avec toute la délicatesse dont je suis capable. Pour découvrir qu’il travaille au Collège que ma fille intègrera à la rentrée: il nous en a fait la visite guidée il n’y a pas deux mois.

 

-Ah oui, vous êtes surveillant, c’est ça ! (ndlr: je maîtrise encore très mal le vocabulaire collégien)

-Euh, non, je suis CPE.

 

 

Oups. Fichée.  (Je suis encore très très jeune dans ma tête faut croire.)


Les bobos de Mentalo

Lundi 16 mai, 8h15, cabinet du médecin

 

-Bonjour Madame Mentalo, alors, qu’est-ce qui vous amène?

-Mademoiselle, hi hi hi. Bonjour, Doctoresse. Alors je commence par en bas ou par en haut ? Allez, par en haut. J’ai bobo à l’épaule gauche, une infection urinaire – la cinquième de l’année – des hémorroïdes (mon fils, je t’aime, tu sais, mais une arrivée tout en délicatesse ne m’aurait pas fait t’aimer moins), ah, t puis aussi une verrue au pied gauche.

-Aïe aïe aïe !

-Comme vous dites.

-Non, je disais ça parce que votre mari ne va pas tarder à vouloir vous échanger contre deux jeunes de dix-huit ans !

-M’en parlez pas, il n’attend que mon feu vert – ce chacal.

 

Lundi 16 mai, 15 heures, mon lit, mon PC et Twitter – le off (tout ce que j’ai censuré, ou que vous avez manqué, au choix – devine!)

 15h00

Surtout pas se tromper : les suppos, c’est pour le bobo au cucul, les pastilles, pour la verrue. Ou l’inverse ? Je sais plus. Ces pharmaciens, ça apprend pas à écrire au CP ou quoi ?

 

15h03

Boire du thé et pissez, buvez, éliminez !

 

15h10

Est-ce que @merejoie peut me prêter son bassinet post-césa, marre de me lever toutes les cinq minutes !

 

 15h15

Mon mari dit que la cystite, c’est parce que je passe des heures le PC portable sur les genoux à raconter des conneries dans l’internet. Non mais n’imp, lui. #jaloux

 

15h17

@BéaPetitsPropos oui, c’est mauvais pour les coucougnettes aussi, évidemment. Mais pas pour celles de l’Homme des Bois, puisque je monopolise, il paraît.

 

15h23

La petite @Milei_K est priée d’arrêter de me faire un best of #doctissimo, les spasmes de rire c’est pas bon pour ma vessie.

 

15h25

Mon collègue a refusé de me faire un massage de l’épaule ce matin, rapport à ce chaud lapin de #DSK. Ah mais il nous met pas dans la merde, le FMIste !

 

 15h45

@MissCZ nan mais tu te rends compte, j’ai eu chaud, t’imagines les quolibets si j’avais eu une tendinite du poignet au lieu de l’épaule ?

 

15h50

@MissCZ oui, l’Homme des Bois est gâté par la nature, mais de là à me démonter l’épaule, quand-même, tu le surestimes.

 

16h10

C’est une idée, ou les suppos, ça fait péter ?

 

16h15

Si je ne vais pas chercher mes mômes à l’école alors que je suis à la maison, est-ce que j’aurai enfin mes galons de #mèreindigne ?

 

16h30

Les antibios filent des mycoses à @Shesapinklady. Je vous tiens au courant du feu de ma culotte les jours prochains. To be continued, la grande saga de la chatte de Mentalo.

 

16h40

Bonjour, je m’appelle Mentalo, je parle de mes problèmes de vessie au monde entier sur Twitter, et sinon, dans la vraie vie, je dis bonjour à mes voisins.

 

17h00

Nan, @Inalorom, mes soucis actuels n’ont strictement rien à voir avec cette impression lancinante de s’être fait avoir à sec par les impôts / mon boss / le prix du gasoil à la pompe.

 

17h10

@MereBordel je plussoie RT c’est plus facile de se manger  une fessée de son mec que de lui faire étendre un panier de linge.

 

17h20

Est-ce que @Vermicel peut me filer sa recette de fondants au chocolat, c’est pour une urgence, et honnêtement, je fais pas confiance à @merejoie pour ça…

 

17h30

Avec tout ça, je ne sais plus si j’ai mis mon suppo ou pas. C’est dans quel sens déjà ?

 

17h35

Il manque juste @Zetteandthecity et @FemmeSweetFemme pour la dernière touche de délicatesse glamour à cette conversation, je trouve.

 

17h40

@Shesapinklady non maman, je ne sieste pas, puisque je débite des conneries dans l’internet. Oui maman, promis, ce soir 22 heures, je ferai l’amour à mon oreiller.

 

 18h00

@merejoie est priée d’allumer le four pour les pizzas de ses gosses, et moi d’aller chercher les miens.

 

 

Je suis sûre que tu regrettes de pas nous suivre, là. Tant de poésie et de glamour à la fois, ça laisse pantois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Y a pas que le portable

Une petite brève, rapport qu’apparemment, ici c’est ma vessie le chef, que je suis toute cassée de l’épaule gauche, que j’ai un tas de fièvre et pas celle du samedi soir,  et qu’il faut pas fumer près de moi, vu le cocktail de médocs que j’ai dans le sang.

Le Petit d’Homme, du haut de ses six ans tout frais, est très fier de savoir lire avant même que l’éduknat ne s’en soit mêlée, et ne se prive pas de nous faire partager certaines découvertes de son cru. Absorbé par sa tâche favorite, aka la préparation de l’espresso de son père, il déclare:

La machine à café, on peut pas la prendre en voiture, c’est écrit « Auto Off ».

Pas con.

Spéciale dédicace à Zette, à qui faut pas trop parler de café, ces jours-ci.