Hier soir dans ma salle de bains, alors que j’arrachais (cou)rageusement les bandes de cire visant à me faire la gambette, l’aisselle et le maillot lisses comme un cul de bébé ( = comprendre vacances J-8, encore mieux que Maurice, t’imagines même pas ce que je fomente en douce, mais je te le dis pas tout de suite tellement tu vas être verte et que tu vas vouloir venir avec, eh eh, c’est no way), je me dis, dans un grand moment de solitude douloureuse philosophie donc j’ai le secret dans les moments les plus incongrus :
Quelle perte d’énergie pour mon corps déjà fourbu, cette pousse effrénée de poils !
Oui, j’ai le n’importe quoi facile dans la douleur. Je te dis même pas les horreurs que j’ai prononcées en accouchant, dans le même registre.
J’ajoutai, pour faire bonne mesure:
Nous les filles, on a quand même pas de bol.
Et c’est là que je pris la savonnette sur le coin de la figure, et que je me mis à réfléchir pour de vrai, histoire de passer le temps et surtout de penser à autre chose que aïe, ouche.
Pourquoi, à euh, disons 25 ans depuis un (long) moment, je parle toujours de moi comme d’une « fille », et non d’une « femme » ?
Est-ce que dire qu’on se sent plus fille que femme renvoie à l’enfance ou au refus de grandir ? Je parle de mes filles, mais dans ma tête, ce sont des petites filles. Et en même temps, je suis solidaire, j’aime partager des moments entre filles avec elles.
Est-ce qu’on est devient une femme le jour où on a ses règles, le jour où on jette son soutif derrière une botte de foin ou qu’on se fait culbuter sur la banquette arrière d’une voiture ?
Les femmes, quand j’étais petite, c’était celles qui mettaient du rouge à lèvres. Comprendre, qui assumaient leur féminité. Bon, je mets toujours pas de rouge à lèvres (j’embrasse qui je veux, je veux), mais j’assume ma féminité à grands coups de talons hauts et de vernis Chanel.
Les femmes, c’étaient les copines de ma mère. Qui avaient donc la quarantaine. La soixantaine bien entamée aujourd’hui. Ah, y a de la piste, là.
Les femmes c’étaient les profs du lycée. En calculant bien, je dois avoir largement leur âge aujourd’hui. Oups.
Les femmes, seraient-ce celles qui mettent des collants sous leurs jupes d’été ? Qui portent des tailleurs et des escarpins ? Qui se remaquillent douze fois dans la journée? Alors sans doute que je n’en suis pas.
Hier soir, j’avais tout épilé, j’étais lisse comme le crâne de Harry R., et je n’étais toujours pas plus avancée.