La frontière

Né du mauvais côté de la frontière

Le choix entre être pauvre et être paria

Hors la loi

Négation de l’humanité

Parqués dans des centres

Ou lâchés sous les ponts

Traqués jour et nuit

Sans avoir commis d’autre crime

Que d’avoir franchi la ligne

Ca ne te rappelle rien

Refoulés hors de notre vue

Not In My Backyard

Qui sommes nous

Bien à l’abri derrière les barbelés de Schengen

Pour leur refuser l’hospitalité

Nous les bien nés

Nous qui polluons leurs mers

A grands ronds de crème solaire

J’ai la conscience qui me dérange

Pas vraiment de solution à proposer

Si ce n’est un peu d’humanité

Et je continue ma petite vie

De privilégiée

.

.


Noah, le loto et les laser games

C’est un petit village comme les autres, que je traverse tous les matins. Sans charme particulier, comme tous les villages coupés en deux par une départementale très fréquentée. Pourtant, ses habitants mettent un soin tout particulier à fleurir leurs maisons, les espaces verts sont minutieusement entretenus. Il en serait presque accueillant s’il y avait de la place pour se garer devant le dépôt de pain.

 

Depuis quelques semaines, un panneau lumineux le défigure en son milieu. Ainsi chaque matin j’apprends l’heure (en retard ! en retard !) et la température ambiante (caille ! caille ! ah non, c’est vrai, Pâques tombait en juillet cette année).  Qu’aujourd’hui nous fêtons les Alida, des fois que j’aie raté Evelyne hier soir (et que j’en connaîtrais, aussi). Mais aussi que bientôt, la commune disposera d’un terrain de paintball et laser games. Que pour les plus traditionnels, un loto est organisé jeudi soir. Et que Noah est né le 15 avril, bienvenue (je serais sa mère, je trouverais ça très moyen, sans doute que je suis une vieille conne).

 

Ils ont fermé le bistrot, et l’ont remplacé par des leds orange moche.

Le XXIème siècle craint, moi je dis.


Etre une femme, ou une fille?

Hier soir dans ma salle de bains, alors que j’arrachais (cou)rageusement les bandes de cire visant à me faire la gambette, l’aisselle et le maillot lisses comme un cul de bébé ( = comprendre vacances J-8, encore mieux que Maurice, t’imagines même pas ce que je fomente en douce, mais je te le dis pas tout de suite tellement tu vas être verte et que tu vas vouloir venir avec, eh eh, c’est no way), je me dis, dans un grand moment de solitude douloureuse philosophie donc j’ai le secret dans les moments les plus incongrus :

 

 Quelle perte d’énergie pour mon corps déjà fourbu, cette pousse effrénée de poils ! 

 

Oui, j’ai le n’importe quoi facile dans la douleur. Je te dis même pas les horreurs que j’ai prononcées en accouchant, dans le même registre.

 

J’ajoutai, pour faire bonne mesure:

 

 Nous les filles, on a quand même pas de bol. 

 

Et c’est là que je pris la savonnette sur le coin de la figure, et que je me mis à réfléchir pour de vrai, histoire de passer le temps et surtout de penser à autre chose que aïe, ouche.

 

Pourquoi, à euh, disons 25 ans depuis un (long) moment, je parle toujours de moi comme d’une « fille », et non d’une « femme » ?

 

Est-ce que dire qu’on se sent plus fille que femme renvoie à l’enfance ou au refus de grandir ? Je parle de mes filles, mais dans ma tête, ce sont des petites filles. Et en même temps, je suis solidaire, j’aime partager des moments entre filles avec elles.

 

Est-ce qu’on est devient une femme le jour où on a ses règles, le jour où on jette son soutif derrière une botte de foin ou qu’on se fait culbuter sur la banquette arrière d’une voiture ?

 

Les femmes, quand j’étais petite, c’était celles qui mettaient du rouge à lèvres. Comprendre, qui assumaient leur féminité. Bon, je mets toujours pas de rouge à lèvres (j’embrasse qui je veux, je veux), mais j’assume ma féminité à grands coups de talons hauts et de vernis Chanel.

 

Les femmes, c’étaient les copines de ma mère. Qui avaient donc la quarantaine. La soixantaine bien entamée aujourd’hui. Ah, y a de la piste, là.

Les femmes c’étaient les profs du lycée. En calculant bien, je dois avoir largement leur âge aujourd’hui. Oups.

 

Les femmes, seraient-ce celles qui mettent des collants sous leurs jupes d’été ? Qui portent des tailleurs et des escarpins ? Qui se remaquillent douze fois dans la journée? Alors sans doute que je n’en suis pas.

 

Hier soir, j’avais tout épilé, j’étais lisse comme le crâne de Harry R., et je n’étais toujours pas plus avancée.

 

 

 

 


M & M’s

Ce jour là, les astres étaient avec moi, puisque le sort en décidé: j’allais recevoir une jolie imprimante HP ePrint chez moi.

Quelques jurons, quelques reconfigurations de la livebox plus tard, le biniou trônait au milieu du salon. Parfaitement. Parce qu’il est capable de recevoir des impressions par mail et fonctionne grâce au wi-fi.

Depuis, ma préado a obtenu l’installation de la chose dans ses quartiers privés, et les dix finalistes sont au taquet pour résoudre les énigmes qui leur permettront d’aller faire mumuse à Mickey en Floride, et n’ont pour cela plus qu’à attendre que la machine les imprime à distance.

Donc, là, les filles, ce soir, voilà ce que j’ai trouvé sur mon imprimante…

un M!

Et chez les copines  Lunea Bidouille, Françoise, Mes Petits Choux, Lolitaaa, Camilla Gallapia, Sandra, luckysophie, dalorénice et Cranemou, ça donne quoi?


Contrepèterie, à moitié dans ton lit

Repas du soir. Trop fière de narguer mes mômes en leur racontant que ce midi, je suis allée manger au resto chinois avec mon amoureux, i.e. leur père, s’il est besoin de préciser.

 

La Grande, intéressée : Et tu as mangé quoi, maman ?

Mentalo, inspirée : Des nouilles chinoises, et…

L’Homme, hilare : ah bon, c’était pas des couilles niçoises ?

 

Cet homme me fatigue, des fois. 

Et sinon, pour des recettes intelligentes, faciles, qui gèrent leur grand-mère et sans gros mots dedans, c’est le Food’n Follasses, évidemment.

.