Y a t-il une préado dans ta maison?

Tu disposes d’un specimen féminin d’à peu près une (petite) dizaine d’années chez toi, et tu ne sais pas si tu peux déjà te hasarder à penser qu’elle entre dans cette période pénible bénie et magique de la préadolescence ? Comment savoir s’il est temps de faire le plein de bouquins sur le zizi, lotions anti-boutons, rendez-vous chez le gynéco, serviettes Nana (pour elle) et  de bouquins sur les ados, d’antirides et de granules de Rescue pour rester zen (pour toi)?

 

Certains signes ne trompent pas.

 

  • Tu l’emmènes au resto en famille, elle fait la tronche. Tu lui demandes pourquoi, elle se met à pleurer. Il paraît qu’elle est fatiguée.

 

  • Tu cherches un volontaire pour mettre la table / débarrasser la table / vider le lave-vaisselle / sortir les poubelles / ranger la cuisine : elle n’est pas là, elle est aux toilettes. Elle a un système intestinal au top et hyper précis.

 

  • Tu dînes chez des amis, elle sort brusquement de sa torpeur pour te demander une brassière. Non, pas un soutif, elle se rend tout de même compte du ridicule.

 

  • Tu lui prépares de jolis vêtements colorés MAIS pas ringards, elle descend habillée de noir de haut en bas.

 

  • Tu la réveilles une demi-heure avant les autres, elle arrive encore à être en retard. Entre temps, la salle de bain est occupée. Paraît que c’est pour se coiffer, mais les paupières brillent légèrement quand elle en émerge. Ce qui souligne habilement son aptitude naturelle au lever d’yeux au ciel quand tu lui parles.

 

  • Tu as sorti le pot de cire pour les trois fils d’ange qu’elle a sous les bras. Tu lui achètes un déo bio. Et de l’Eau Précieuse. Qui fait désormais mousse, lotion, crème.

 

  • Tu lui as acheté de nouvelles spartiates argentées, mais elle refuse de les mettre sans vernis sur les ongles des pieds.

 

  • Tu te demandes ce qu’elle fout pendant des heures dans sa chambre, une seule chose est sûre, c’est pas la ranger.

 

  • Tu la trouves la plus belle du monde, elle trouve que ses cuisses de grenouille malingre pourraient être plus fines.

 

  • Tu l’emmènes chez le coiffeur, et elle sait lui parler. En ressort belle à couper le souffle. Du coup tu l’emmènes aussi sec faire des photos d’identité pour son passeport et son dossier Collège.

 

  • Tu penses qu’à cet âge on a une énergie débordante, quand tu la vois grimper aux arbres, disputer des parties de foot endiablées ou faire des courses à vélo avec les voisins. Mais tu lui demandes un service, tout d’un coup c’est la pire feignasse que la terre ait portée.

 

  • Tu surveilles scrupuleusement ses goûts musicaux, et elle trouve le moyen de se faire offrir en loucedé le combo Jonas Brothers-Justin Bieber-Tokyo Hotel.

 

  • Tu l’emmènes faire du shopping, non seulement elle sait très bien ce qui lui va, mais aussi très bien ce qui ne te va pas. Et elle ne se gêne pas pour te le dire.

 

  • Tu as beau prendre toutes les pincettes du monde pour lui dire, elle est chiante.

 

  • Tu prends dans tes bras ce qui reste de ton bébé fille, et elle te souffle à l’oreille le prénom de son amoureux.

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L’autre bout de la lorgnette

Du côté de la Mère Joie, ces deux jours-là, ça se passait comme ça,  comme ça et comme ça. Elle était loin d’imaginer ce qui se passait de ce côté-ci…

 

Mardi 22 mars

 

8h00

J’appelle LMJ, entre deux quintes de toux, on enfile les gros mots comme des perles sur la schoumoune qui lui tombe dessus, et dans un moment de lucidité, on évalue les chances pour que la césarienne ait lieu et les techniques de contention à la main de la cicatrice et/ou de toux à la Céline Dion en faisant grrrgrrr.

 

11h00

Un délire total par mail, ça change les idées. Je déploie des trésors de conneries et elle vide le pot de miel à la petite cuiller. Elle en oublie de terminer sa valise maternité. Misère, c’est hier qu’elle m’a annoncé sa grossesse. Je suis émue.

 

12h00

Tant d’émotion, c’est pas bon. Je l’informe qu’elle va bien accoucher le lendemain, je le sais, PUISQUE J’AI DES CONTRACTIONS. J’en informe Marjoliemaman, qui me déclare apte pour l’hôpital psychiatrique, définitivement. LMJ me demande si je suis aussi au taquet pour l’allaitement, malheureusement, du côté de mon balconnet 90 AB, je ne vois rien venir. Arnaque.

 

15h00

Elle va devoir partir, vu qu’il y a plus de chocolat aux noisettes,  on met au point une technique du feu de dieu, pour qu’une nana qui va quand même accoucher sans portable en 2011 tienne informée sa cop’s qui vient d’aller pour la 58ème fois vérifier aux toilettes qu’elle a pas ses règles, rapport que ça fait mal, bordel.

 

19h30

LMJ m’appelle de la cabine de l’hôpital : feu vert, demain, c’est le grand jour. Pour une nana qui souffre d’un sévère Syndrome du Neurone Unique (le fameux SNU), elle arrive à me citer trois numéros de téléphone de l’hôpital  où la joindre en moins de temps qu’il ne me faut pour trouver un stylo qui écrit. Je lui dis que je pense fort à elle. Je me fends d’un jeu de mot foireux sur Twitter : « césa maintenue malgré toux ». Petticoat me dit qu’elle tousse aussi, qu’elle espère qu’on lui fera pas de césa.

 

Mercredi 23 mars

 

9h

Réunion d’information pour les CM2 au Collège. Je mets mon portable sur vibreur dans la poche contre mon cœur.

 

9h30

Le portable vibre et je manque de m’évanouir : c’est l’Homme qui demande si tout va bien. Le con !

 

9h43

Le portable vibre et je manque de m’évanouir : c’est la Léonie Canot qui demande des nouvelles. J’en ai pas, bordel !

 

9h48

Le portable vibre et je manque de m’évanouir : la Léonie Canot me dit de respirer, bloquer, souffler.

 

9h50

Je passe pour une mère indigne qui passe son temps à textoter au lieu de s’intéresser à l’avenir de sa progéniture. J’apprends que ma fille aura des menus bios à la cantine, et je suis rassurée quant à sa future entrée à l’X.

 

10h00

Je vérifie pour la douzième fois que je n’ai pas eu d’appel en absence. J’ai mal au bide.

 

10h05

Le portable vibre et je manque de m’évanouir : Mary s’impatiente. Moi aussi, Mary, moi aussi.

 

10h30

Nous formons des troupeaux groupes et partons pour une visite des bâtiments du Collège. Les portes des toilettes des filles sont rose vif, je suis rassurée, à défaut d’X, elle pourra toujours faire l’ENA.

 

10h35

Dans la cour, je me tors les mains, pas de froid mais de stress. Les autres parents croient que je m’en fais vachement pour l’avenir de ma fille, des fois que l’ENA ne lui plaise pas.

 

10h41

Je rate une marche et je me casse la gueule dans l’escalier. J’ai le bide en vrac, les autres parents croient que je me demande si ma fille voudrait pas faire Harvard, plutôt. Mais moi je SAIS.

 

12h00

La Zette fait chanter les cigales dans mon téléphone, je lui dis que je sais mais que je sais pas, et que quand je saurai vraiment, je pourrai rien lui dire, la voilà bien avancée.

 

13h00 14h00 15h00 16h00

1236466246321 textos, appels, mails et autres tweets, je fatigue mais je lâche pas mon portable une seconde, même pour accrocher le linge au jardin, je le mets dans mon soutif, on sait jamais.

Pour tuer le temps, je tweete : Une mort = une naissance, il paraît. J’ai toujours su que @MèreJoie était mégalo. #ElisabethTaylorestmorte. Petticoat me dit qu’elle espère que le bébé s’appellera Elisabeth Taylor, surtout si c’est un garçon.

 

17h30

Une toute petite voix. Je retiens mon souffle. Elle aussi, c’est ballot. Je finis par oser lui demander comment elle va. Elle va bien. Et bébé aussi. Elle se marre, elle lui a déjà trouvé son nom de blog. Cette fille est dingue. Mais fatiguée. Elle me raconte. Je pleure pas, je suis pas une gonzesse, mordel.

 

18h00

J’informe la planète virtuelle que Maman et Bébé Joie vont bien. C’est la fête sur Twitter, c’est la fête dans les chaumières, du moins dans celles qui boudent pas que je ne puisse pas donner de détails. Je crois que j’ai un peu mal aux seins.

 

 

 

 


Obsession

Jeudi, shopping online.

  • Bonjour Monsieur Jef Chaussures (y a des gens, c’est dingue, ils ont un nom prédestiné. Genre il se serait appelé Jef Baignoire, tout de suite, ça faisait moins crédible.), je te commande des Converse hautes pointure 23, argentées, merci.

 

Vendredi.

  • Bonjour Mentalo, c’est Jef, désolé, mais yapu. (Et tu pouvais pas me dire ça plus tôt non ?! T’es plus mon copain, tiens.)

 

Samedi.

  • Bonjour Madame, je voudrais des Converse hautes pointure 23 pour ma fille (je suis con de préciser, aussi, ça se voit que c’est pas pour moi). Bon : noir, rouge, marine. Euh, plus fille-fille peut-être ? Livraison mardi ? ok.

 

Mardi.

  • Bonjour Madame, alors cette livraison ? Ah bon ? jeudi seulement ? ah  crottezutteflûte c’est pour DEMAIN qu’il me les faut bon d’accord. Quoi ? Votre magasin en ville ? De ce pas. Merci du tuyau !

 

  • Bonjour Monsieur, je voudrais des Converse hautes pointure 23 fille. Noir, kaki, marine ? euh, fille-fille ! Non ? Bon.

 

  • Bonjour Mademoiselle très enceinte du magasin de sneakers, je voudrais des Converse hautes pointure 23 pour fille. Ah bon, des blanches en cuir ? Mmhmmm. Ah, Monsieur votre collègue en a des roses en réserve ? Super.

Pompompompom (musique d’attente, la réserve doit faire dix mille mètres carrés). Ah super des roses. Hautes. Formidable. Ah, en 24 ? Ben non, c’est 23 qu’il me faut. Ah et sinon des roses en 23, mais basses ? Ben, non, je voulais des hautes, en fait.

 

  • Bonjour Mademoiselle de mon magasin de chaussures préféré où je laisse un rein à chaque fois que je passe avec les enfants, les Converse fille, vous les commencez en quelle pointure ? Ah, 28, crottezutteflûte d’accord. Bon, ben  filez-moi les Rondinella argentées à trois fois et demi le prix des Converse, alors, merci. Oui, en 24, ça taille plus petit que les Converse.

Roses.

Ou argentées.

Hautes.

En 23.

Snok.

 

(Bordel, c’est tout de même pas compliqué, si?)


La verrue… et la nausée

 

Il dénote dans cette grande capitale européenne, symbole du luxe et de l’argent visible. Il fait tache au milieu de ces grosses voitures noires aux vitres fumées et autres cabriolets de sport de couleur vive.

 

Et pourtant chaque matin il est là, avec son grand sac de voyage, peut-être un sac bleu Ikea, à vrai dire, émergeant d’on ne sait trop quelle nuit. C’est son quartier, il y a ses habitudes. Sans doute y a-t-il trouvé un banc confortable ou peut-être un coin agréable dans ce quartier résidentiel chic. Ou peut-être même l’hospitalité d’une banquette moelleuse dans un coin de jardin ?

 

Chaque matin il promène ses pas lourds sur le trottoir immaculé. Ne demande rien à personne, à ces gens qui pourtant auraient sûrement tant à lui donner, s’ils daignaient seulement se rendre compte de sa présence et partager ce que la vie a réparti inégalement à leur bénéfice.

 

Je ne sais pas ce qu’il fait de ses journées. L’hiver, à la nuit tombée, je le croise à nouveau, quand je fais le chemin dans l’autre sens.  L’été, sans doute s’aventure-t-il un peu plus loin.

 

Mais depuis jeudi, plus personne n’erre sans but sur le trottoir. A sa place, l’insulte est là, en lettres vertes sur ce mur de cette ville qui ne souffre la pauvreté que sur un bordereau de virement à destination d’un pays lointain, mais surtout pas sous ses fenêtres.

 

Depuis jeudi, la nausée ne me quitte pas.

Le courage de ses opinions...


Froufrous

L’apprentissage de la propreté, c’est avant tout dans la tête. Je ne lésine donc jamais sur les occasions de rappeler à la Pili-Pili qu’elle dispose d’un pot au design unique à son usage exclusif – et pas seulement pour lire Tchoupi.

 

Samedi matin, habillage dans la salle de bain. L’heure est à la jupette printanière, donc à la culotte à volants dessous, forcément (on ne se refait pas) (j’ai un truc en horreur, ce sont les mômes en couche, pardon). J’en profite pour faire mon lavage de cerveau quotidien.

 

-Tu as vu, Pili-Pili, la jolie culotte ?

-A culotte de gwand !

-Oui, c’est une jolie culotte, comme les grands. Tu sais que si tu fais pipi dans ton pot, tu ne mettras plus de couches, et je me ferai un plaisir de t’acheter un tas de culottes super jolies (on ne se refait pas non plus, dès qu’une ouverture shopping se profile), tu verras.

 

Et là, l’Homme intervient…

 

-Oui et d’ailleurs tu verras, c’est bizarre, plus les filles grandissent, et plus les culottes rétrécissent !

 

 

J'attends et je ne vois rien venir.