Ca sent la friture (de poisson)

 

 

Poncif number ouane : si tu vis dans une grotte sans montre, c’est aujourd’hui le jour dédié à la blague de potache.

 

Ah, ce qu’il était bon, le temps où dans mon école on sonnait encore la cloche marquant la fin de la récré, et que nous nous faisions la courte échelle pour en enduire la poignée de Nivéa. Ou celles des portes des salles de cours de dentifrice.

 

Ah, ce qu’on se marrait, au bureau, il y a encore quelques années, quand on cachait la souris d’un collègue juste avant son arrivée, le laissant ainsi perplexe et impuissant devant la technologie. Ah, ce qu’on a ri, le jour où on a déménagé le bureau complet du boss dans un placard à balais, enlevant même la plaquette  sur sa porte. Rayé de la carte, le boss.

 

Aujourd’hui, plus rien de tout ça, le Grand Capital a comme qui dirait gagné. Et les CPE sévissent dans les collèges.

 

Même dans les journaux, les canulars sont à pleurer. En même temps, on aurait peut-être hurlé au mauvais goût, par les temps qui courent.

 

Je veux rien dire, mais t’es vachement plus doué pour me faire rire que tout ce que j’ai entendu depuis ce matin. Limite, une blague Carambar, je serais pas contre.

 

Vas-y, lâche toi, raconte moi un canular, une blague, une connerie de ton cru, n’importe quoi, surtout, et c’est pas interdit que dans ma grande bonté je tire au sort un commentaire et t’envoie un petit cadal si tu me fais bien poiler.  En attendant, je vais remettre un protège-slip propre, on sait jamais.

 

 

Edit: c’est Bbflo qui remporte le petit cadal qui sent pas le poisson, grâce à son histoire qui me fait encore marrer trois jours après.

 

 

 


Dignité, maternité, fraternité

Ce qui est bien, quand tu as plusieurs mômes, c’est qu’ils sont rarement tous du même avis, du même caractère, ni même de la même humeur au même moment.

Du coup, tu t’ennuies jamais, y a plus de suspense à la casa que dans une émission de téléréalité qui n’en est pas (de la réalité) (parce que oui, c’est le grand n’importe quoi) (et je ne dénoncerai pas ici celle d’entre toi qui m’a avoué que je la surprenais en plain matage coupable de Carré VIIIP et qui se reconnaîtra) (j’ai juré, désolée, et j’ai pas de compte aux Cayman pour accepter tes tentatives de corruption).

 

Si la Pili-Pili maîtrise à la perfection son rôle de despote domestique made in Terrible Two et est donc subséquemment  relativement prévisible, c’est-à-dire complètement imprévisible, les deux aînés demandent un chouille plus de concentration pour pas rester sur le cul, la bouche ouverte (et non l’inverse) ou céder au fou-rire dévastateur d’amour-propre en pleine construction. (Il est pas question que je vende un rein pour payer le pédopsy, donc je fais un effort.)

 

Ainsi ce matin même, alors que hier soir je lui avais préparé ses vêtements (une jupe en jeans Levis et un top Cop Copine kaki et rouge devenu trop petit pour moi suite à mon soudain 90C post-grossesse quelques lavages de trop un petit embonpoint des hanches et des années mais qui ne m’empêche toujours pas de manger des Magnum Gold au bureau parce que j’ai un collègue assez choupi, je dois dire) (soyons honête), hein, j’ai pas dit jupe bleu marine plissée et chemisier blanc !), je vois descendre mon ado-naissante (pas encore dix ans, je rappelle) en jeans noir used (=délavé et déchiré au genou par une partie de foot de trop) et tish noir (j’ai vérifié, y avait pas de « no future » dessus, mais rien qu’une tête de mort à paillettes, je l’ai échappé belle). Bottes noires. A ma question

 

Ah ben alors, elle te plaît plus ta jupe je peux te l’emprunter ah merde tu fais la moitié de mon poids ?

 

elle eut cette réponse délicieuse d’intelligence suprême en relations fille-mère, option t’es qu’une pauvre truffe, maman, mais je te le dis pas encore, j’attends l’année prochaine :

 

Si, mais tu vois, je me suis dis que ce serait dommage d’encore trouer une paire de collants de plus au foot, alors j’ai préféré mettre un jeans!

 

Certes. Rappelle moi juste en quelle année c’était, la dernière fois que tu as mis une jupe.

 

Heureusement que dans le même temps, son frérot de six ans, cœur d’artichaut mâtiné de moelleux au chocolat, m’achevait de sa petite voix :

 

Maman, cette musique des Barbapapa, là, ça me donne trop envie de pleurer : c’est trop beau,  ça me fait penser à une musique de mariage !

 

Gasp. Quand même.

 

La dignité maternelle est un sport de haut niveau, si tu savais pas. Et la contenance en toutes circonstances demande un certain entraînement. Le grand écart à sept plombes du mat’, c’est vraiment pas donné à tout le monde.

 

 

 


Le Prince Charmant a dix-sept ans

 

 

Elles ont passé plus de deux heures à se préparer dans la salle de bains de province de leurs parents. Elles ont lissé leurs cheveux, mis du vernis sur leurs ongles, du fard sur leurs yeux, et évidemment du gloss, qui sera mangé avant l’arrivée. Elles ont travaillé leurs regards qui se voudront sinon aguicheurs, du moins remarquables. Jusqu’à totale maîtrise de l’attirail oeillade + balayage de cheveux + sourire plein de dents (elles-mêmes pleines de bagues, mais c’est un détail infime).

 

Elles ont fait cinq heures de train vers la capitale. Ont poireauté pendant des heures parmi leurs semblables devant des portes fermées. Il aurait plu ou gelé qu’elles ne l’auraient pas remarqué.

 

Elles sont persuadées que ce garçon de dix-sept au visage poupon, dont je n’ai jamais entendu le son de la voix, mais qu’elles semblent connaître par cœur sans l’avoir jamais aperçu que sur les posters de papier glacé des murs de leur chambre d’ado-naissantes, est l’homme de leur vie. Et réciproquement.

 

Pour un regard, elles donneraient leur vie, oubliant par là leurs projets les plus ambitieux pour faire un retour fulgurant près de cent ans en arrière : « je veux me marier avec lui », comme but ultime d’une vie pourtant prometteuse. Lui qui n’a d’autre conscience de leur existence que leurs hurlements hystériques à chaque apparition.

 

Hier soir, elles étaient à Bercy.

 

Hier soir, je me suis dit que j’avais vieilli.

 

Elles aussi, sans doute, un jour, vieilliront.

 

Heureusement.

 

 


A la bonne heure!

Alors certes je me prends les pieds dans mes cernes. La faute à cette foutue heure de moins, c’est sûr, pas du tout au fait que la nuit de samedi à dimanche, j’ai un peu fait la fête, et pas beaucoup dormi.

Certes j’ai eu un peu de mal à m’endormir hier soir à 21h30.

Certes j’ai un mal fou à me lever. Surtout qu’à six heures, il fait noir.

Certes j’ai un mal fou à faire comprendre aux enfants que non, il fait encore bon, mais on ne joue pas au badminton maintenant, il est tard, au programme, il y a lavage de mains, repas, et douche, plutôt.

Certes j’ai un mal fou à faire comprendre aux enfants (encore eux) que oui, il ne fait pas nuit, mais c’est bien l’heure de faire dodo.

Certes cette histoire d’économie d’énergie est une vaste fumisterie. Surtout quand tu vois le prix du baril de pétrole aujourd’hui, en comparaison de 1976.

Certes nous avons deux heures d’avance sur le soleil, ce qui perturbe le rythme biologique naturel de tout le monde.

Certes je plains les éleveurs, car les vaches n’ont d’autre montre que celle de leur pis gonflé.

 

Mais tout ça je m’en fous.

Hier soir, quand je suis rentrée du boulot, il faisait clair.

Et je n’ai pas allumé les lumières de la cuisine.

Pour la première fois depuis trop longtemps.

 

 


Spring sucks

Vingt bonnes raisons de détester le printemps et tout ce qui va avec.

 

1.    Je suis pas prête niveau top coat du gros orteil droit.

2.    Niveau épilation du mollet gauche non plus, note.

3.    Avec toutes ces fleurs partout, ça va sentir le rhume des foins. Si j’en étais affligée, ça ferait carrément chier, tiens.

4.    Je sais pas comment m’habiller, le matin ça pèle, l’après-midi ça pue sous les aisselles.

5.    D’ailleurs c’est simple, j’ai envie de nouvelles fringues, tellement j’ai rien à me mettre qui ne fasse ni hiver, ni été.

6.    Et je te parle même pas des chaussures, là.

7.    Avec ou sans chaussettes ? Les chaussettes dans les sandales, c’est so 2010, ma pauvre.

8.    Les cris des piafs me réveillent le matin.

9.    Les chats courent la chatte sur les toits brûlants, et c’est pas franchement discret. Je dors, bordel, arrêtez un instant de penser à la gaudriole, enfin.

10. Y a des tas de bébés partout, ça va me coûter une blinde en cadeaux de naissance. (Les filles, c’est pour rire, hein.)

11. Je voudrais déjà être bronzée pour mettre cette jupe / ce top, sinon ça a l’air de rien.

12. Je voudrais aussi prendre 20 cm de jambes et perdre 14 kilos dans la nuit, tant qu’à faire.

13. Tant de petites fleurs et de romantisme, ça fleure la mièvrerie, non ?

14. Si ça tombe demain il va flotter et geler. On n’est jamais sûrs de rien.

15. Les garçons attendent le retour de ma mini-jupe, et moi ça me bloque.

16. De toutes façons c’est d’un prévisible, aussi.

17. Faut que je change de sac. Donc que je trie. Pfff.

18. C’est la fin officielle de la saison de la tartiflette, et moi ça me rend triste.

19. Le jaune des narcisses, je rêve ou c’est un peu criard façon jaune cocu gilet fluo de sécurité ?

20. Toute cette bonne humeur, c’est carrément agaçant.

Cette couleur, ça donne mal au coeur, tiens.