Cher Tinnitus Miracle,
(fort ton pseudo!)
Je ne parle de ce que je connais. Et je vais te dire, j’en connais un rayon. Surtout quand je parle de moi.
Cordialement,
Mentalo.
Cher Tinnitus Miracle,
(fort ton pseudo!)
Je ne parle de ce que je connais. Et je vais te dire, j’en connais un rayon. Surtout quand je parle de moi.
Cordialement,
Mentalo.
Petit matin blême, nous nous croisons dans la douche, où j’en profite pour tâter amicalement la marchandise comme on se serre la pince, juste pour le plaisir de l’embêter un peu de bon matin.
;
Quelques instants plus tard…
;
-Aïe, j’ai mal!
-Quoi, j’y suis allée trop fort? tu rigoles?
-C’est pas ça. C’est que je viens de marcher dessus!
;
Un homme, un vrai, partage ma salle de bains.
;
Ce soir là, quand je pénétrai dans la salle d’attente bondée, j’y avais déjà passé trois heures un peu plus tôt dans la journée, parce que je m’étais prise, au volant de la Mentalomobile, pour Surya Bonali au summum de sa gloire, sauf que c’est de la triche, elle avait pas d’arbres dans sa patinoire, elle. Quand j’étais enfin rentrée chez moi, ankylosée et gelée, un appel de la nounou m’avait convaincue d’y retourner aussitôt, mes deux plus jeunes enfants fiévreux sous le bras (je suis très très forte), mais dopés à l’Advil.
;
Douze personnes devant nous. Bien. Joie de la médecine de campagne en temps de virus, microbes et autres miasmes. Mes enfants prennent place et jouent gentiment aux Lego mis à leur disposition, moi je lis un article sur la césarienne à mains nues, en pensant à mon amie La Mère Joie qui négocie l’agenda en ce moment-même avec le Docteur César.
:
A ma droite, une mère avec un petit de trois ans, souffrant manifestement d’otite. Il dort, mais ne tardera pas à se réveiller, à pleurer sa douleur et sa fièvre. Entre après mois une mère encore (pourquoi c’est le plus souvent les mères qui se collent aux emmerdements, hein ?) et son fils d’une douzaine d’années, calme, mais qui ne tardera pas à se tordre violemment de douleurs abdominales (et abominables, apparemment), à espaces irréguliers, c’est-à-dire de plus en plus fréquemment.
!
Devant nous, les trois mères, des adultes de tous âges, seuls, sans symptômes apparents, plongés le nez dans leur livre ou leur vieux Nouvel Obs de 2007 qui en a vu des mains douteuses. Une dame jette des regards embarrassés, on voit bien qu’elle laisserait bien passer un petit ou l’autre, mais tu comprends, son mari doit l’attendre dans la voiture, ou alors elle va manquer Plus Belle la Vie. Des autres, nous n’obtiendrons pas un regard, pas un sourire.
!
Au final, nous attendrons plus de trois heures. Le dernier quart d’heure, parce que j’ai laissé notre tour à ce garçon qui renversait à présent les chaises en se tordant de douleur. Parce qu’est-ce qu’un quart d’heure au regard d’une vie. En sortant, sa mère repassera la tête dans la salle d’attente, pour me remercier. Quand nous sortirons, il sera presque 21 heures, et la pharmacie de garde à trente kilomètres. Mais qu’importe, mes enfants étaient bien moins mal en point que les autres ce soir-là.
!
Cette indifférence me révolte. Partout où je la rencontre.
:
Dimanche matin, par moins cinq degrés et un magnifique soleil avé le ciel bleu, j’emmenai mon fils au cinoche avec deux copines à l’ADN exactement similaire et daté d’environ 7 ans au compteur du carbone 14. Rires aux éclats, cavalcades dans les rues désertes, amitiés aux grasse-matineurs et écrasement de nez, que j’ai fin et délicat comme chacun le sait, sur la porte close, parce que Way To Blue, agence de communication, n’est pas tout à fait au point question communication des horaires de cinoche en rase Provincie.
;
Sans nous laisser abattre le moins du monde, nous reprîmes le même tableau quelques heures plus tard, et avec plus de succès cette fois.
;
:
Un générique de dessin animé du siècle dernier de mon enfance, un brin longuet, je bâillai et sortis mon iPhone pour twitter mon infortune aux copines.
:
Place au Marchand de Sable, à Philibert le Mouton, aussi molletonneux qu’une descente de lit en porc-épic. Tiens, je rouvre un œil, Philibert est doté d’une tête à claques, certes, mais aussi d’une sacrée dose d’humour à deux balles dans le coin des sabots. Tu en connais beaucoup, toi, des moutons qui t’assènent un « ça envoie trop du pâté par la poste, ce truc » ? Avis à nos ados chéris, une belle alternative au très ennuyeux « c’est trop trop bien ».
;;
Suivent des scènes de la Mer du Nord, la vraie (c’est un film allemand), sauvage et chahutée, couleurs uniques. Des enfants aui jouent et qui rêvent de l’avenir et de grands voyages au long cours.
:
Ces deux mondes, imaginaire et réel, vont alors se rencontrer aussi délicatement qu’un atterrissage approximatif de Philibert sur la plate-forme du phare où vit Théo, sept ou huit ans. C’est que le Marchand de Sable a besoin de Théo , car Tournicauchemar lui a dérobé le sable magique grâce auquel les enfants de la Terre font de jolis rêves, menaçant de peupler les nuits des enfants du monde entier de cauchemars affreux.
;
;
Est-ce que quand je serai grand je serai capitaine de bateau ? demande Théo.
Tu l’es déjà, puisque c’est ton rêve, répond le Marchand de Sable.
;
Un film plein de poésie, d’optimisme, de rêves et d’images d’une beauté de livre d’enfant très réussi, à ne pas rater si tes marmots ont jusqu’à sept ans, je dirais.
;
;
C’est vrai que quand on est grand on n’a plus jamais peur ? demande Théo.
Non, on a toujours peur, mais un peu moins, lui répond sa mère.
;
;
Le Marchand de Sable, en salles le 9 février, 1h24.
Il me faut ce soir annoncer à mon fils le décès, paix à son âme, du fils vénéré toutou de ses grands-parents, adoré des enfants et qui le leur rendait bien.
.
-Bonhomme, il faut que je te dise un truc : Brutus est mort, tout à l’heure.
-Ah. Et pourquoi ?
-Il était très vieux, et son cœur était malade.
-Ah. Et Grand-Père et Grand-Mère, ils sont morts ?
-Ben non, pourquoi tu veux qu’ils soient morts ?
-Ben, parce qu’ils sont très vieux, eux aussi !
.
Heureusement que leur coeur n’est pas malade, en plus.
.