Le Père Noël existe : je l’ai rencontré le 23 décembre dans les rayons de Carouf, juste après l’avoir appelé pour lui dire que je m’y arrêtais avant de rentrer pour prendre les deux bacs de glace nécessaires à la confection du vacherin d’Audrey. Il avait les bras chargés de cadeaux pour nos mômes, j’aurais pas pu le louper. Il avait bien un air bizarre et un sourire de celui pris sur le fait, mais je n’y ai pas fait trop attention, habituée à le croire sur parole. Le toboggan de bain Hello Kitty ? Pour la Miss Pili-Pili. Les Domino Cascade ? Pour le Petit d’Homme. La Wii Fit Plus ? Pour la grande, il paraît qu’il y a des jeux trop bien qui s’y adaptent.
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Quelques puzzles, quelques mètres de papier cadeau et deux bacs de glace plus tard, nous nous répartîmes les tâches : toi tu planques les cadeaux dans ta voiture, moi je vais chercher les mômes. Le soir venu et la marmaille couchée, l’atelier éphémère des lutins prit place dans notre cuisine. Coupe, colle, emballe, planque le tout, l’affaire fut rondement menée, pourtant inversément proportionnelle au temps nécessaire aux enfants pour déchirer ces emballages faits avec amour et jurons, c’est vrai pourquoi le papier est toujours trop petit, hein?
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Le jour de Noël, à la descente de l’escalier, des ooooh et des aaaaah fusèrent au pied du sapin, et nous nous assîmes par terre au chaud devant la cheminée pour observer, l’œil humide, la magie de Noël faire son œuvre, calculant déjà que ces cadeaux pourraient éventuellement nous octroyer une heure peinarde dans l’après-midi pour revêtir string rouge et pompon blanc ma tenue coquine de Mère Noël et filer son cadeau en nature à qui de droit.
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Un cadeau plat restait, esseulé, sous le sapin, et l’Homme me le tendit. La Wii Fit Plus. Pour moi. Ah ah ah, ce qu’il est drôle. C’était pas pour la grande, au fait ? Non.

Traîtresse.
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Nous passâmes la matinée au coin du feu, qui imaginant des circuits démentiels de dominos cascade, qui penchant sur son puzzle à 1500 pièces, qui mettant ses petits doigts partout au grand dam des deux autres.
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Une seconde tournée de toasts, foie gras, canard, pommes duchesse, vacherin maison et quelques verres plus tard, les petits à la sieste et la grande à bloguer ( !) dans sa chambre, j’envisage doucement de terminer peinarde cet excellent polar commencé quelques soirs plus tôt pendant que l’Homme bidouille la Wii, le pompon blanc n’ayant pas suscité d’élan non maîtrisé jusque là.
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A défaut de me prendre par derrière, il me prit par traîtrise. « Monte », il me dit. Moi, sur ce truc, devant toi ? Jamais. « Monte, et fais pas ta cocotte, cocotte. » Après deux menus de Noël en moins de vingt-quatre heures? Jamais. « Monte. *Soupir las* » Je montai. La bestiole commença à me parler de mon équilibre, pas au top apparemment (en même temps, vu le taux d’alcoolémie non modéré depuis deux jours, ça ne m’étonna guère), puis de ma forme générale, m’estima en surpoids (ce denier toast au foie gras, je suis sûre que j’aurais pas dû) et m’annonça qu’elle avait calculé mon âge de forme physique à 46 ans. Alors que je fais à peine mes 25 ans, par là, hu hu. Saloperie. Saleté. Pouffiasse !
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Hilarité de l’Homme. J’exigeai réparation et vengeance immédiate, et pour cela le fis monter à son tour sur la traîtresse. Môssieur a un poids idéal et un âge estimé à 40 ans (-2 ans). Saloperie. Saleté. Pouffiasse !
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J’ai fini mon polar. Mon avocat était en congé.
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