C’est aujourd’hui la Journée Internationale de lutte contre les Violences faites aux Femmes. Ou à peu près, dans les termes. Bref en ce jour funeste de par son existence même, il s’agit d’ouvrir un peu les yeux. Parce qu’on n’en parlera jamais assez.
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Je ne sais combien de millions de femmes sont violées, excisées, torturées, assassinées, brûlées vives, enfermées, ignorées, voilées, séquestrées, humiliées, non soignées chaque jour de par le monde. Et j’en passe, et des meilleures. Ou plutôt des pires.
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Des fois, ça m’empêche de dormir.
Ce que je sais, c’est qu’en 2009, cent quarante femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint en France. Trois par semaine. EN FRANCE. Ici. Parmi nous. Ta voisine, peut-être. Ta soeur.
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18% de toutes les morts violentes recensées en France et, dans lesquelles l’auteur a été identifié ont eu lieu dans le cadre du couple.
35% des crimes conjugaux sont liés à la séparation (commission par des « ex » ou séparation en cours)
20% des homicides sont commis sous l’emprise de l’alcool ou de produits stupéfiants.
(Enquête nationale sur les violences faites au femmes)
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Souvent, ça m’empêche de dormir.
Parce que si le jour les blessures semblent cicatriser, la nuit, l’inconscient dément, et les souvenirs remontent sous forme de cauchemars.
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C'est pas Berthe, mais Elise.
On veut nous faire croire que leur coller un téléphone portable spécial, pour appeler la police serait la solution. Je me marre. Jaune. Faudrait encore qu’elles puissent s’en servir. Que la police intervienne. En une minute, la vie peut s’arrêter. Que fait la police alors? Elle constate le décès? Il faut mettre ces femmes à l’abri. Multiplier les informations, pour qu’elles sachent où trouver de l’aide. Et ne pas les renvoyer chez elles, avec juste un téléphone portable pour se donner bonne conscience.
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En 2010, la violence faite aux femmes était déclarée grande cause de l’année. Une année pour réfléchir à des solutions. Une année pour agir. On nous parle ce matin de formation de policiers référents, spécialement formés pour recueillir les témoignages de ces femmes qui osent enfin briser le tabou. J’ai envie de dire: enfin!
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Un mec qui tape, il change rarement de comportement tout seul, contrairement à ce qu’il promet évidemment juste après, et c’est pas un avertissement qui va lui faire peur. Parce qu’il n’a pas peur. Il n’a juste pas appris à gérer ses frustrations, ni à s’exprimer autrement. Ses émotions dépassent les mots qu’il peut employer pour s’exprimer. Alors il tape. Comme les gamins de trois ans. J’appelle ça le « syndrome du camion de pompiers »: il en est resté à l’âge où le gamin trépigne et hurle dans le supermarché pour obtenir le camion de pompiers qu’il désire. Qu’il abandonnera aussitôt obtenu, éternel insatisfait, pour tourner sa frustration vers autre chose, et ainsi de suite.
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Un mec qui tape, il se fait soigner. Peut-être qu’à ce prix il y a un espoir qu’il change. Mais c’est tellement plus compliqué que de filer un téléphone portable à sa victime terrorisée. En gros, ça revient à peu près au même que filer un ciré à un SDF quand il pleut, et de le renvoyer dans la rue ainsi pourvu, et encore, je suis gentille.
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Pendant longtemps, la honte empêche la victime de parler. Son estime de soi diminue, jusqu’à se sentir moins que rien, et surtout, cause de son propre malheur: je suis responsable, c’est ma faute s’il me frappe. Jusqu’à ce qu’un jour, la victime brise le silence, parce qu’elle va trouver sur sa route un confident, une amie, un médecin, un policier plus attentif et sensible au sujet que les autres. Elle peut alors tenter de se reconstruire.
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Honte? Mais honte de quoi après tout? Est-elle moins que celui qui la frappe ainsi? Ce n’est pas à elle d’avoir honte, mais à lui! Que la honte change de camp! Qu’est-ce qui peut justifier ces coups? Rien de ce qu’elle ait fait, rien. RIEN.
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Rien ne justifie la violence.
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A côté des violences physiques, il y a aussi les violences morales, privation de liberté (enfermement, séquestration, …), privation d’autonomie (confiscation de revenu, de véhicule, …), volonté d’aliénation (aliénation économique, administrative, …), les violences orales (harcèlement, insultes, chantage, menaces,…) qui ne sont pas moins à dénoncer et à combattre. La liste est désespérante car sans fin.
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Passé le long cheminement de la reconstruction physique et surtout morale, le devoir est alors d’en parler.
La violence conjugale existe dans tous les milieux sociaux sans exception, plus ou moins cachée, plus ou moins sournoise, mais toujours aussi dangereuse. Il faut briser ce tabou, afin que nos filles soient prévenues, et conscientes que les hommes n’ont aucun droit sur elles. Et que, si ça arrive, on peut les protéger. Même si ça demande beaucoup de courage.
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Ces femmes ont besoin de votre aide. Ouvrez les yeux à ce qu’elles vous cachent maladroitement, écoutez ce que vous ne pouvez entendre.
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PS Il va de soi que l’inverse existe aussi, et que c’est un parti-pris qui ne m’en fait pas parler aujourd’hui.
RE PS ce billet est truffé de liens utiles et/ou informatifs, ainsi que d’une charte à signer.