Moo joue au docteur

C’était le 11 septembre. 

2002. Ouf. (Tu croyais pas que j’allais larmoyer un coup sur Ground Zero, encore?). Jour funeste quand-même.

Ce soir là, je travaillais tard, comme tous les mercredis. A vingt heures, comme chaque soir, les systèmes informatiques s’éteignirent et je fis encore un peu de rangement avant de m’élancer sportivement dans l’escalier en marbre clair de mon entreprise. J’avais rencard.

Le sport est très mauvais pour la santé, sache-le. Surtout dans les escaliers en marbre fraîchement lavés par la femme de ménage. Trois marches plus tard, je fis un triple axel piqué avec retournement intégral.

Aïe. Bobo. Enorme bobo dans la partie arrière de mon anatomie.

Ouais, le cul, quoi.

Je ne pus me relever. Je comptai les marches en dessous de moi, et au dessus de moi, pour évaluer le chemin le plus court jusqu’à l’ascenseur. Je décidai de remonter. A quatre pattes. Arrivée au palier, je m’agrippai à la rampe pour me relever, et récupérer un peu de ma dignité.

Je rejoins ma voiture en clopinant péniblement. Je proférai à voie basse mes pires jurons (y a des caméras de surveillance quand même) et m’assis. Aïe.

Je m’en fus donc boire un coup avec une copine. Qui me trouva blême. Je lui contai ma mésaventure. Elle s’étrangla de rire.

Je souffre le martyre, et toi tu ris ! Ah c’est beau l’amitié, vraiment !

 

Quand elle eut fini de rire, elle me déposa aux urgences de l’hôpital local (à l’étranger, je précise pour la suite, que personne ne flippe que ça se passe comme ça dans un pays civilisé comme la France, ahem). C’est là que débuta la seconde infamie de la soirée.

-Déshabillez-vous, me fit le dragon préposé au flashage de mon postérieur. Ensuite, vous attendrez dehors, là, de l’autre côté, avec les autres patients.

-Oui, mais, euh…

 

C’est ainsi que non seulement je montrai mon postérieur orné d’un string noir en dentelle à tout l’équipe médicale, mais ensuite aux autres patients, venus bêtement qui pour un doigt retourné, qui pour un poignet foulé. Tentant vainement de camoufler une demi-fesse avec un dossier médical un peu mince.

Le verdict annonça un coccyx cassé, et un amour-propre piétiné.

Moralité : moins de sport, et une CULOTTE toujours dans le sac à main, des fois que tu finis aux urgences quand c’est pas planifié à ton agenda sous-vêtements.

Tu peux arrêter de rire, un peu ?

C’était ma participation au concours de ma filleule Moo (que c’est une chic fille), relayé de partout par un tas de gens très bien.

Moo joue au docteur


Comment un jour je fus presque une star

Enfin, plutôt: Comment un jour j’ai cru me la péter l’espace de dix minutes.

Soyons honnêtes. Quand même. On n’est pas Marseillais, ici. Pas comme l’autre, là, Joli-Papa,qui me textotait encore ce matin:

Quelle monotonie: je suis sur la plage de Marseille pleine de surfeurs. C’est toujours pareil. Bises.

Oui, j’ai un Joli-Papa farceur. Faut bien que son fils tienne son humour à deux balles de quelqu’un, hein.

Or donc. On disait que dimanche matin, j’avais cru me la péter dix cinq minutes.  Le temps que le gars de l’accueil du cinoche aille vérifier que personne ne connaissait de Mentalo, ni de Fille aux yeux couleur menthe à l’eau dans tout le complexe.

Cinq minutes de solitude pendant lesquelles je fis semblant de ne pas entendre les soupirs agacés de ceux qui me suivaient dans la file, et où je me fis extorquer un paquet de popcorn par ma progéniture blasée. Au bout desquelles (des cinq minutes, je veux dire), le gentil monsieur revient, et me souffla dans un clin d’oeil:

Ce serait pas un blog, des fois, Mentalo?

 

Si, mon petit gars, si. Et les gens de la file arrêtèrent de soupirer, et nous courûmes choisir notre place de rois et baffrer notre popcorn et chausser nos super lunettes 3D.

Alors quoi donc que j’en pense de Megamind?

D’abord il a fallu que j’émerge, j’avais pas beaucoup dormi, j’avais été voir un tas de lasers et de musique synthétique la veille, et il avait fallu se lever tôt, Elle avait canasson-trip.

Ce qui explique peut-être pourquoi, malgré mes lunettes 3D, je restai un moment hermétique à la voix sensuelle de Kad Merad, au débit bien trop rapide pour mon petit cervelas embrumé. (On me dit qu’on dit cervelet. Soit.)

Puis soudain, arrivée à peu près à la moitié du seau de popcorn, je levai un sourcil, et boudiou, ce film commençait à devenir intéressant, voire franchement drôle. Une carricature acérée des super héros de tout poil. Beaucoup d’humour,voire d’ironie. Un suspense haletant. Des rebondissements. Une histoire d’amour bien comme il faut.

Elle, neuf ans et demi, a adoré, et a tout compris (j’ai vérifié: j’ai fait une interro surprise au retour à la maison, en lui demandant de raconter à l’Homme). Le Petit d’Homme, cinq ans et demi, a surtout kiffé la musique, l’intrigue étant je pense un poil compliquée pour cet âge encore. Donc si ton mouflet a pas atteint l’âge de raison, soit il aime se trémousser avec des lunettes débiles sur ACDC et Michael Jackson et tu l’emmènes, soit tu le laisses à Mamie pour faire un atelier pâte à modeler.

Pour les esprits chagrins qui les trouvent pas très jolis, c’est que les photos sont pas bien flatteuses, parce qu’en vrai, le graphisme est superbe et les personnages sont franchement super expressifs et très travaillés.

Puis, pour une fois qu’on s’attache au méchant…

Sortie le 15 décembre.



Puisqu’il faut y aller…

J’ai ouvert un oeil (à 06:00 précisément) au son des infos qui nous abreuvaient de mauvaises nouvelles, si ce n’est qu’on meurt moins du cancer en France actuellement. Personnellement, je mourrais bien d’écoeurement de tout un tas de choses, actuellement, mais là n’est pas le sujet.

 

Pas question ce matin de refermer les yeux et de réenfouir mes joues déjà chiffonnées dans le moelleux des plumes de mon oreiller, tendant un orteil dans le froid extérieur pour bien vite le rentrer au chaud. Fallait que je me lève, et fissa. (Tout est relatif, fissa étant dans le cas de ce matin exactement six minutes, ce qui n’est pas trop mal). Les vacances (qué vacances?) sont finies. Si tu veux des sous, tu te bouges le gras du derrière, ma grande.

 

J’ai enchaîné douche et habillage tendance aléatoire mixée d’approximative, séchage de cheveux et tartinage de crème de nuit (ouais, me suis trompée, c’est grave docteur? ), suivie d’un soupçon de maquillage.

J’ai accroché une lessive qui avait tourné pendant la nuit, et pas dans sa couette, dehors. J’ai fait semblant de petit déjeuner. J’ai répondu aux soi-disant copines qui se réjouissaient de mon retour à la connexion neuf heures par jour, les s*****s.

Puis j’ai réveillé les enfants qui l’ont trouvée moyen drôle. Si j’avais été sadique, je leur aurais rappelé que ce sont eux, la semaine dernière, qui m’ont sortie du lit à pas d’heure (= avant les 08:00 réglementaires des jours de congé) et que là était ma vengeance. Mais non, j’ai été gentille, j’ai préparé les cacaos à l’huile de palme, les brioches à l’huile de palme avec le nutella à l’huile de palme. Je suis une bonne mère: ils ne risqueront pas de carence en huile de palme.

Puis j’ai réalisé que depuis mon lever, là, insidieuse, mais de plus en plus grosse, une boule se formait au niveau de mon estomac. J’ai filé aux toilettes, la boule mettant mes intestins à sac.

J’ai vérifié les cartables, les sacs, les cahiers que je n’avais pas oublié de signer (eh eh, après deux jours d’école, z’allaient pas m’emmerder non plus à l’eduknat). J’ai chargé le tout, accompagné de ma progéniture, dans la Mentalomobile qu’avait plus qu’un oeil valide, mais qu’il pleuvait trop hier pour songer à y remédier, oh, ça va pas non. Quoi? Ranger le garage pour y rentrer le carrosse? Une autre fois, si tu veux bien (en vrai, j’envisage plutôt de construire un autre garage), tu vas pas chipoter, hein.

La boule était toujours là.

Et encore, je ne savais pas qu’en arrivant sur mon lieu de torture travail un type à la mine patibulaire affiché en grand dans les couloirs m’annoncerait un cataclysme si d’aventure je me risquais à me connecter au vilain Twitter ou au méchant Facebook et autres horribles abominables réseaux sociaux.

 

Hein qu'il a l'air méchant? (en moins flou c'est encore pire)

 

 

Au milieu des deux mille mails qui squattent ma boîte en une semaine d’absence (dont une perle dont je te parlerai binetôt), un message de La Mère Joie qui s’impatiente:

-C’est bon, t’es arrivée au boulot ?

-Ouais, je suis là. T’as vu le monsieur comme il a l’air méchant? Si j’ai plus accès aux blogs, je prends ma retraite à 35 ans, et puis c’est tout. Tant pis pour le sens du devoir à enseigner aux gosses. J’ai mes priorités. J’ose pas cliquer, de peur de me saper le moral.

-Alors?

-C’est bon. J’ai eu chaud, quand même.

 

Comme quoi, il suffit qu’un cataclysme annoncé se transforme en simple catastrophe, et me voilà prête à bosser encore pendant trente ans de bonne humeur.

Tout est relatif, dans la vie.