Never say never. Let’s face it.

J’avais dit jamais.

C’était avant de la rencontrer. Après, depuis, je la suis dans n’importe quelle connerie. Voire, je la précède, c’est selon.

J’ai pourtant tenté de résister vaillamment. Quelques mois.

Puis elle a commencé à raconter des trucs aux initiés. Elle me faisait des cachotteries. A moi ! Son amie dans la vraie vie !

Ne me restait qu’une seule chose à faire : la suivre aussi dans la vie virtuelle.

J’ai twitté. Pas trop. Pas souvent. Juste pour le fun. Parce que tu lances un truc dans le vide comme une bouteille à la mer et y a toujours quelqu’un pour répondre à ta connerie par une autre connerie, H24.

Puis je suis aussi devenue son amie virtuelle. Grandeur et déchéance de mes belles paroles, de mes grands principes.

C’est ainsi que la page du blog, associée à la page de Mentalo, est née sur le réseau que j’avais dit que never j’y mettrais les pieds. (C’est dingue ce que j’ai une personnalité, moi, quand t’y réfléchis. Nan, ne réfléchis pas.)

Je sais pas encore trop bien ce que je vais y dire.

Ce qui m’y passe par la tête.

Des conneries, sûrement.

Parce que ça repose d’être intelligent.


La touche reset

Y a-t-il une touche reset au cerveau humain?

Des années, des décennies que je la cherche en vain (essaie pas 3615 Mentalo, je sèche, je te dis).

Ca m’économiserait pourtant une série de boutons sur la figure (pas là, maos en cas de stress sévère), de variations de poids diverses (plutôt dans le sens +++, si tu vois ce que je veux dire, hélas), de dépenser une blinde chez un psy que je n’ai pas encore trouvé et que je crains déjà de ne pas accrocher, et beaucoup de nuits d’insomnie.

Y a des trucs dans la vie que tu préfèrerais oublier. Des moments de petite ou de grande honte. Des moments d’humiliation. Des moments où  tu t’es sentie tellement petite. Tellement nulle. Des moments où t’as pété une durite, aussi. OÛ t’as pris une super mauvaise décision (peut-être parce qu’il n’y en avait pas de bonne, mais tu ne t’es même pas posé la question, finalement). Des moments où t’as flippé ta race (de pas avoir ton permis / ton diplôme / le job de tes rêves / ta péridurale / un mec bien / le dernier vernis 509 de Chanel). Où t’as pas dit ce que tu aurais dû dire. Où tu savais pas quoi dire. Où tu as lâchement pensé que ça valait pas la peine de dire quelque chose. Où tu t’en es mordu les doigts tout de suite après, mais c’était trop tard. Des moments où t’as clairement pas été à la hauteur.

Tu peux me dire pourquoi ces saloperies de moments-là, ce sont toujours eux qui te reviennent en mémoire les nuits de pleine lune – et les autres – quand t’es étendu sur le dos, le regard au plafond, et que le sommeil se refuse à toi, en même temps qu’un coup de rouge chaud aux joues, et que le goût de ce melon exquis des vacances, cette odeur de pins, ou de pain, aussi, ce sourire de tes enfants, ce regard de ton amoureux, eux, t’as que les photos pour t’en rappeler, et encore, tu te dis que c’est pas possible?

Elle aurait eu 94 ans aujourd’hui. Elle me manque souvent.

Grandir

Jeudi dernier, m’aventurant chez Cultura, le temple du vice et de la tentation en ce qui me concerne, à la recherche d’une jolie carte pour une occasion toute spéciale et imminente, je réalisai que si ma fille a les trousses (oui, les: une pour l’école, une pour le solfège, une pour la maison. Soupir.) pleines de jolis crayons aux couleurs chatoyantes (si on accepte l’idée que dans l’esprit d’une fille de neuf ans, le summum de l’élégance crayonnesque est soit Hello Kitty, soit Diddle machin), celle de mon fils, est désespérément vide de toute fantaisie.

La tête encore pleine de la scie fredonnée dans la voiture (allez, je suis partageuse : c’était Souviens-toi de Joe Dassin, ne me remercie pas, tu en as pour la semaine avec celle-là, et oui, j’ai des goûts douteux en voiture, c’est bien pour ça que je covoiture plus : pour plus subir les goûts douteux des autres), je slalomai entre les rayons, évitant soigneusement tout le coin bouquins pour tracer direct vers le coin papeterie.

Trouver la carte qui plairait sans nul doute me prit environ trente secondes, j’en ajoutai quelques unes en vue de diverses occasions que le calendrier allait me fournir dans les semaines qui viennent, et je me mis ensuite en quête d’un crayon pouvant effacer d’un coup de gomme à son bout l’idée à mon fils qu’il a une mère bien indigne qui lui préfère sa sœur, et lui éviter ainsi des années de psy sur le divan duquel il irait répéter que la preuve que sa mère ne l’aimait pas était la présence dans sa trousse de grande section de maternelle d’un vieux crayon banal au bout déjà mordillé par sa sœur et à la mine cassante.

Rien, que dalle. Que du rose, du violet, du brillant, du pailleté. Pas même un horrible crayon Spiderman ni une gomme Cars. Bon, tout ça c’est que des clichés sexistes, hein, je suis bien d’accord, mais que la maman qui a envoyé son rejeton de sexe masculin sans hésiter une seconde à l’école muni de crayons roses à paillettes se manifeste ici-même, je lui en serai reconnaissante.

Je décidai donc de risquer mes orteils dans le temple de la consommation voisin dont le nom commence par L et où je ne mets jamais les pieds et entrepris de fouiller, certes, deux semaines après tout le monde, le rayon papeterie ma fois encore assez bien fourni. Tien, que dalle. Que du rose, du violet, du brillant, du pailleté. Pas même un horrible crayon Spiderman ni une gomme Cars.

C’est alors que je trébuchai sur une tête de gondole et je lus « Grandir ». Le nouveau livre de Sophie Fontanel. D’abord j’aime énormément Sophie Fontanel pour plein de raisons diverses, la première étant que j’apprécie sa façon de penser, -je partage avec elle l’idée que dans «futile » il y a « utile » – la seconde sa façon d’écrire, la troisième et non la moindre étant qu’elle m’a sans le savoir permis de rencontrer dans son salon une personne qui est aujourd’hui très chère à mon cœur.

J’avais lu l’article consacré à ce livre dans ELLE il y a quelques semaines et il m’avait énormément interpellé. J’avais évité tous les livres chez Cultura, je me retrouvai sans réfléchir avec un livre dans les mains. Tout en dévorant la quatrième de couverture, je traçai ma route jusqu’au rayon frais, et empoignai les deux paquets de formage râpé nécessaires à la confection du repas du soir de ma famille, et rêvai de l’instant, où, enfin couchée, je pourrais me délecter de ces pages qui m’attiraient tant.

 

« Grandir ». C’était peut-être ça le secret pour ne plus croire qu’acheter des crayons bariolés ferait de moi une meilleure mère…


Bouge!

Tout à l’heure, alors que je faisais dans ma caisse (qui sent le fromage bien fait depuis quelques jours sans que je puisse, malgré des recherches intensives, identifier l’origine de ce fumet désagréable: ni un biberon fermenté, ni un Saint-Marcellin oublié lors des dernières courses, ni une vieille Converse qui aurait glissé sous le siège, ni un hareng qui aurait perdu ses pommes en route, rien) quelques exercices faciaux visant illusoirement à tenter d’effacer ma ride du lion pour faire passer le temps dans les bouchons sans être tentée de me curer le nez comme mes voisins d’infortune, j’entendais je ne sais quelle radio pérorer sur la semaine de la mobilité.

Alors là je me marre.

C’est que je voudrais bien, moi, prendre les transports publics.

Oh que oui que j’aimerais partager la mauvaise haleine du matin, la transpiration du soir, les microbes et les conversations affligeantes de mes concitoyens à toute heure. Je suis sûre que ça me donnerait par ailleurs une sacrée matière à te faire marrer un coup. Je pourrais m’endormir la bouche ouverte, un filet de bave coulant de mon menton sur l’épaule de mon voisin qui n’oserait pas moufter. Je pourrais lire des pages et des pages de cette littérature qui me manque tant.

Sauf que pour ça il faudrait que je fasse trente kilomètres tout de même dans ma caisse parfumée au roquefort pour atteindre la première gare digne de ce nom, après avoir emmené les enfants chez la nounou, peu avant six heures du matin. Je devrais sans doute me garer à environ vingt minutes à pied, rapport que le parking doit pouvoir contenir trois smarts et demie les jours d’abondance.

Oh, je suis mauvaise langue. Je pourrais y aller en bus, il doit y en avoir deux par jour qui s’arrêtent à un kilomètre de la maison. Un le matin vers six heures pour l’aller, un le soir vers vingt heures pour le retour. Ah, vérification faite, le fameux bus va vers l’autre ville, à l’opposé. Bien.

Donc je ferais une grosse demi-heure de train, en admettant qu’il ne soit ni en retard, ni en grève, ni trop bondé pour que je puisse y rentrer le bout d’un escarpin. Je courrais alors vers les quais de bus, et je partagerais d’autres moments exaltants avec d’autres tas de gens blafards et mal lunés. Une demi-heure, qui passerait pas trop lentement, entre la lecture d’un quotidien gratuit, l’écoute discrète des conversations de lycéens boutonneux qui me feraient bien marrer, et les coups de freins intempestifs du chauffeur psychopathe. Les jours de beau temps, j’emprunterais sans doute un de ces vélos de location au nom ridicule, en tirant sur ma jupe que le vent ferait s’envoler dans les côtes.

J’arriverais sans doute au boulot fraîche comme une rose, au bout de près de deux heures de trajet, à réitérer le soir dans l’autre sens.

Ce serait formidable.

C’est juste que mes journées ne font que vingt-quatre heures.


Une vie (pas si) secrète

Le buzz du moment, si tu sors de temps en temps de ta caverne préservé des ondes et autres fibres optiques, c’est la coke chez Delarue, naaaaan c’est pour rire, c’est le bouquin de Besma Lahouri, une biographie non-autorisée (sic) sur la vie (secrète?) de la Première Dame de France.

Ah parce que si t’as pas gardé toutes tes éditions de Voici depuis vingt-cinq ans, la dame elle se fait un plaisir de te faire un résumé, pour pas que tu meures idiot. Après tout c’est la (petite) histoire de France, hein.

Littérature de chiottes, moi j’appelle ça. Celle que tu lis au chiottes pour faire passer le temps (les quelques minutes que tu t’octroies dans une journée en tête à cul avec toi-même, que tu passes tranquille pour peu que tu aies des boules Quies (les bouchons piqués à Air France vont trüs bien aussi et sont moins dégueu) pour pas entendre ta progéniture te chercher à grands cris dans toute  la masion et tambouriner à la porte que tu auras pris soin de verrouiller si par malchance ils découvrent ta planque) et te choper des hémorroïdes.

Donc j’écoutais Besma Lahouri hier balancer des scoops plus affligeants les uns que les autres l’autre jour à une radio nationale. Et, tout en n’ayant vraiment rien pour, ni vraiment rien contre le porte-manteau de l’Elysée, mais alors je m’en contrefous, je me dis que, quand-même, c’est super simple de faire le buzz.

  • Tu racontes que tu vas balancer des secrets. Que tout le monde a lu dans Voici, donc. Qu’en fait de secrets, on repassera, ça s’appelle vie privée, ni plus, ni moins.

 

  • Tu prétends que la nana en gros (je résume et je carricature, hein), c’est une sacrée pute, vu qu’elle s’est tapée plein de mecs dans sa vie. Facile de le lui reprocher. Pire, houlala, c’était des mecs connus. Ah ben je vais te dire, évoluant dans son milieu, elle allait pas prendre le voisin de palier de madame Michu, tout de même! Puis du coup c’est plus facile de lui faire un palmarès du Roi du Matelas, du coup. Un coup bas, moi je dis. Surtout que je m’en fous, de savoir avec qui elle a couché. Une Première Dame se doit-elle d’être vierge pour porter des costumes Dior gris souris et des chapeaux de première communiante? Qu’en est-il de nos Présidents, alors, et de leur réputation de coureurs (j’ai pas dit chauds lapins, je l’ai pas dit, ah merde, si, je l’ai dit, là).  Mademoiselle Lahouri serait-elle un brin sexiste?

 

  • Quand Carlita sort avec un nouveau mec, elle appelle paraît-il toutes ses copines pour dire « devine avec qui je sors? ». Ben, comment te dire, je sortirais avec Brad Pitt, que je n’ai pas croisé au marché pendant mes vacances, finalement, parce qu’il était de corvée épluchage de carottes pour toute sa marmaille, ben je crois que je te ferais le même coup.  Devine avec qui je sors?! Brad Pitt! Naaaaan!!!!! Siiiiiiiiii! hi hi hi. Amoureuses, on a toutes douze ans, non? Surtout quand c’est Brad Pitt, mais je fais aussi une exception pour Jude Law, allez, je te le concède. (Chéri, arrête de dire que tu sais de source sûre qu’ils sont gays, tu es pathétique.)

 

  • Carlita serait obsédée du contrôle. Elle se serait entraînée des heures durant à ce que son visage ne manifeste aucune émotion. Ben je vais te dire, si t’as vu un défilé de mode et la tronche que les mannequins tirent, c’est sûr qu’elles risquent pas d’avoir des pattes d’oie aux coins des yeux, les nénettes. On va donc dire que c’était un entraînement professionnel, tout comme moi je m’entraîne à la patinette sur chaise de bureau, histoire d’avoir attrapé un gros cul avant la retraite, ça m’économisera l’achat d’un fauteuil ergonomique pour mes vieux jours.

 

  • Carlita serait obsédée du physique. Je serais photographiée, jugée, critiquée, pesée, découpée, sur toutes les coutures dès que je mets le bout de l’escarpin hors de mon jardin comme elle, je vais te dire, je veillerais à ce qu’ils soient cirés, mes escarpins. Et que mon épi arrête de rebiquer ridiculement comme ça, il m’énerve, à la fin. Tiens d’ailleur il me semble voir pointer un bouton, je crois que je vais poser un mois de congé.

 

  • Obama aurait été bien embêté de recevoir le couple présidentiel à l’époque de LA rumeur. Ah ben je vais te dire, quand j’ai des amis à manger, et que Rolande vient de m’appeler pour me raconter que Madame couche avec son boss et Monsieur avec la babysitter, et que tout le quartier le sait, même si c’est pas vrai, je suis pas vraiment à l’aise non plus, hein. On peut pas causer boulot, ni gosses, ni rien, ça plombe!

 

  • Carlita voulait être célèbre. Comme tous les candidats de la télé poubelle, de ceux qui poussent la chansonnette, à ceux qui se montrent en culotte, ou même sans, en passant par ceux qui poussent la phrase sans queue ni tête qui deviendra vite en même temps culte et symbole de la décadence du vingt-et-unième siècle, juste pour une minute de gloire dans un bêtisier télévisé. Parce qu’elle avait l’argent, le nom et la famille des biens-nés. Eh bien justement, il ne leur reste qu’à tenter d’exister pour eux-mêmes. Rien ne pousse à l’ombre des grands arbres…

 

  • Carlita serait obsédée du pouvoir. Ah bah en même temps, faut se le farcir, hein, son Président de mari. Fallait bien que quelqu’un se dévoue!  Pis j’en connais d’autres…

Tout ça pour te dire quoi?

Que j’ai rien pour elle, rien du tout. Mais j’aime pas qu’on s’acharne, ni qu’on salisse les gens. J’aime pas les proies faciles. A la limite qu’on se demande s’il n’y a pas une petite pointe d’envie dans le propos de Besma Lahouri. J’aime pas qu’on focalise sur des gens somme toute peu intéressants, alors qu’il y a des nanas de l’ombre (ou pas) dans ce monde qui en ont quand même une sacrée paire dans le pantalon.

Mais j’aurais plus rien à lire aux chiottes*.

*En vrai je lis le catalogue Ikea. Je comprends mieux.