Jeudi dernier, m’aventurant chez Cultura, le temple du vice et de la tentation en ce qui me concerne, à la recherche d’une jolie carte pour une occasion toute spéciale et imminente, je réalisai que si ma fille a les trousses (oui, les: une pour l’école, une pour le solfège, une pour la maison. Soupir.) pleines de jolis crayons aux couleurs chatoyantes (si on accepte l’idée que dans l’esprit d’une fille de neuf ans, le summum de l’élégance crayonnesque est soit Hello Kitty, soit Diddle machin), celle de mon fils, est désespérément vide de toute fantaisie.
La tête encore pleine de la scie fredonnée dans la voiture (allez, je suis partageuse : c’était Souviens-toi de Joe Dassin, ne me remercie pas, tu en as pour la semaine avec celle-là, et oui, j’ai des goûts douteux en voiture, c’est bien pour ça que je covoiture plus : pour plus subir les goûts douteux des autres), je slalomai entre les rayons, évitant soigneusement tout le coin bouquins pour tracer direct vers le coin papeterie.
Trouver la carte qui plairait sans nul doute me prit environ trente secondes, j’en ajoutai quelques unes en vue de diverses occasions que le calendrier allait me fournir dans les semaines qui viennent, et je me mis ensuite en quête d’un crayon pouvant effacer d’un coup de gomme à son bout l’idée à mon fils qu’il a une mère bien indigne qui lui préfère sa sœur, et lui éviter ainsi des années de psy sur le divan duquel il irait répéter que la preuve que sa mère ne l’aimait pas était la présence dans sa trousse de grande section de maternelle d’un vieux crayon banal au bout déjà mordillé par sa sœur et à la mine cassante.
Rien, que dalle. Que du rose, du violet, du brillant, du pailleté. Pas même un horrible crayon Spiderman ni une gomme Cars. Bon, tout ça c’est que des clichés sexistes, hein, je suis bien d’accord, mais que la maman qui a envoyé son rejeton de sexe masculin sans hésiter une seconde à l’école muni de crayons roses à paillettes se manifeste ici-même, je lui en serai reconnaissante.
Je décidai donc de risquer mes orteils dans le temple de la consommation voisin dont le nom commence par L et où je ne mets jamais les pieds et entrepris de fouiller, certes, deux semaines après tout le monde, le rayon papeterie ma fois encore assez bien fourni. Tien, que dalle. Que du rose, du violet, du brillant, du pailleté. Pas même un horrible crayon Spiderman ni une gomme Cars.
C’est alors que je trébuchai sur une tête de gondole et je lus « Grandir ». Le nouveau livre de Sophie Fontanel. D’abord j’aime énormément Sophie Fontanel pour plein de raisons diverses, la première étant que j’apprécie sa façon de penser, -je partage avec elle l’idée que dans «futile » il y a « utile » – la seconde sa façon d’écrire, la troisième et non la moindre étant qu’elle m’a sans le savoir permis de rencontrer dans son salon une personne qui est aujourd’hui très chère à mon cœur.
J’avais lu l’article consacré à ce livre dans ELLE il y a quelques semaines et il m’avait énormément interpellé. J’avais évité tous les livres chez Cultura, je me retrouvai sans réfléchir avec un livre dans les mains. Tout en dévorant la quatrième de couverture, je traçai ma route jusqu’au rayon frais, et empoignai les deux paquets de formage râpé nécessaires à la confection du repas du soir de ma famille, et rêvai de l’instant, où, enfin couchée, je pourrais me délecter de ces pages qui m’attiraient tant.

« Grandir ». C’était peut-être ça le secret pour ne plus croire qu’acheter des crayons bariolés ferait de moi une meilleure mère…