T’as remarqué?
Je suis là.
J’ai survécu.
Au piège infernal de la SNCF.
S’en est fallu de peu, mais sans doute amadoués par ma charmante marmaille, (qu’est tout de même la plus jolie du monde) (il faut bien le dire en toute objectivité), quelques anges gardiens se sont postés sur mon chemin qui fut donc – presque – pavé de roses.
C’était loin d’être gagné, le dieu du train pas en retard avait oublié de faire sonner son portable, samedi matin, et nous arrivâmes à Paris avec vingt bonnes minutes de retard. Ah bien, le TGV. Ne me fais pas déjà regretté de t’avoir préféré!
Nous nous engouffrâmes dans les couloirs sinueux de l’underground parisien avec l’énergie du désespoir qui n’allait plus nous quitter pendant les quelque 35 minutes qui nous restaient. Trois minutes de repos sur un quai de métro. Nos premiers anges gardiens rencontrés, sous la forme d’une jeune mamie parisienne, qui nous accompagna, nous et nos lourdes valises dans les escaliers et le dédale de couloirs, pour que je ne perde pas de temps en déchiffrage de panneaux.
(Ouais je suis provinciale et j’assume. Grave.)
Un second métro. D’autres couloirs. Un leitmotiv:
Dépêche-toi mon bonhomme, vite !
Et dans ma tête :
on peut le faire, on peut le faire, pinaise si on le fait pas on en a pour des heures à moisir à Paris, on peut le faire, on peut le faire !
Un dernier escalator. Je bénis mentalement conjointement l’inventeur de l’escalator et la bonne fortune des innocents (moi) qui fait que juste en haut, youhou, nous attend notre train, pour deux minutes encore.
Sauf qu’il y a un tas de vieilles rombières qui stationnent juste entre moi et mon train.
Je hurle
pardon pardon PARDON PARDON !!!!
et je force le passage, suivie de mes valises et de mes mômes. Les rombières me regardent comme si j’étais atteinte de la lèpre et d’une affection mentale gravissime. Je retiens le *Pétasse mais casse-toi donc!!!* et croche-patte la dernière au passage, ça lui fera son Vuitton.
Je réalise que j’ai oublié le numéro de voiture.
(Y a que moi qui suis incapable de retenir ce genre d’information plus de cinq minutes, ou bien ?)
Qu’il m’est impossible de fouiller dans mon sac. Je crie au personnel de quai :
-J’ai besoin d’aide ! Je dois prendre ce train et je ne sais pas où !
-Montez-là ! Je préviens le contrôleur !
Seconds anges gardiens de la journée. Je dois avoir une bonne tête. Ah non, c’est vrai, ce sont mes enfants qui sont si mignons. Ca fait un moment que je ne les ai plus vus puisque je cours devant, le nez en l’air pour apercevoir au plus vite les panneaux en scannant mentalement les possibilités tels un processeur Pentium 12000.
Le temps de sauter tous dans le train, les portes se ferment. Je regarde autour de moi : je me trouve en première, à six voitures de mes places réservées. Va falloir rester là, pas le choix, en plus c’est un train à double étage, heureusement presque vide. Je chuchote aux enfants tout aussi choqués que moi par l’aventure (haaaaan, le gamin a même pas pu savourer le métro dans le tunneeeeeel) qu’ils auront intérêt à rester calmes s’ils ne veulent pas finir sur la plate-forme, et j’entreprends de me remettre de mes émotions, ce qui me prendra au bas mot une heure.
Mais je suis une warrior et j’ai réussi.
Reste à les occuper trois heures trente, une paille au regard de ce que nous venons d’accomplir !
- Au rayon des bonnes idées
-une console de jeux
-des livres à colorier
-un ELLE à massacrer
-un Iphone pour twitter faire marrer les gosses
-un pique-nique
-une boîte de Knacki Balls
-une boîte de crayons de couleur à tailler
-un joli paysage qui défile pour faire des ooooh et des aaaah
- Au rayon des moins bonnes idées :
-un bib qui coule
-une Chupachup arrivée dans les mains de la mini. Qui en a étalé sur toutes les portes vitrées.
-les petites voitures. Qui à chaque roulis disparaissent sous les sièges pour parcourir tout le wagon, un gamin à quatre pattes à leurs trousses.
-la table à langer à l’autre extrémité du train. Qui te fait donc traverser 12 compartiments avec une bombe à neutrons chimiques dans les bras (pour les retraverser juste après, c’était occupé et de toutes façons j’avais oublié la couche de rechange) en laissant les gamins seuls.
-le pipi room juste en face, qui donne envie de faire pipi au gamin dix-sept fois en trois heures, juste pour jouer à appuyer sur le bouton pour ouvrir la porte (à propos la déco du pipiroom des premières est d’un kitch à mourir, mais au moins y a la place pour se déculotter sans avoir les fesses dans le lavabo).
Mais je suis une warrior et j’ai réussi.
Et après il y eut le soleil, les montagnes, et l’eau bleue du lac.