Chère SNCF,
Il pleut et j’ai le bourdon. Et aussi mes ragnagnas, ceci expliquant peut-être cela.
Et puis aussi je suis pas très contente.
Il y a quelques semaines de cela, me disant que l’air de la montagne ferait le plus grand bien à ma progéniture confinée dans une région certes moins pentue, mais aussi très beaucoup moins oxygénée, et commençant à tourner en rond chez la nounou alors que ses indignes parents persistent à vouloir travailler tout l’été sous prétexte que 1. y a moins de monde sur l’autoroute et le trajet leur prend moitié moins de temps et 2. y a queude à faire donc ils se la coulent peinarde parce qu’il faut bien que quelqu’un se sacrifie, j’acceptai sans hésiter l’alléchante proposition de la sagrada familia.
Ainsi la marmaille, du moins en partie, commença à se réjouir d’un déplacement d’environ 700 kilomètres, de gambader sur les pentes pentues et de se bourrer la panse de saucisson et de frometon, tout en jetant du caillou dans les torrents torrentueux. Sauf que si tu suis, Papa et Maman travaillent. Qu’ils ont déjà fait un tas de kilomètres dans tous les sens cet été, que c’est pas fini, qu’ils ont autre chose à foutre de leur week-ends, et que de toute façon en ce moment Maman s’endort au volant en rentrant du boulot.
Donc je me rendis il y a deux grosses semaines de ça à la gare digne de ce nom la plus proche, préférant, dans ma grande naïveté, le renseignement humain, complet et précis, à la froideur de l’internet. Grave erreur number ouane. Rapport que la madame elle s’est écriée :
Ah mais Madame, faut regarder sur internet !
Je ravalai le « à quoi tu sers, alors, grognasse ? » qui me brûlait les lèvres et j’entrepris de lui poser quelques questions subsidiaires, histoire d’éclairer un chouïa ma locomotive. Tu parles, Charles, la nana me prétendit que le trajet que je recherchais n’existait pas du tout, qu’il faudrait que je passe par Vladivostok, et qu’un service d’accompagnement, ça allait me coûter bonbon mais qu’elle voulait bien en faire la demande, 72 heures au plus tard avant le départ.
Je m’en fus donc chercher une autre solution, que je trouvai presque, mais je te passe les détails trépidants de ma vie passionnante, le plan B ne marcha pas non plus. Je fis un tour sur internet, et, forte des informations glanées, je m’en re-fus mardi dernier à la même gare. L’employé rondouillard et charmant contredit complètement sa grognasse de collègue qui fit semblant de pas me reconnaître, confirma le délai de 72 heures, mais me sortit le fameux :
Ah mais Madame, faut regarder sur internet !
Gnnnnn. Je rentrai chez moi. Allumai l’ordinateur. Demandai. Attendis. Reçus réponse. Lus :
Nous avons bien reçu votre demande de devis en JVS sur mesure et nous vous en remercions de votre confiance. Par conséquent nous ne pouvons donner une suite favorable à votre demande car nous clôturons les réservations 9 jours ouvrés à la réception de votre règlement avant la date de départ, ce qui nous ramène au plus tôt au 18 août 2010.
(Je t’épargne au passage mes considérations philosophiques sur la construction grammatique des lignes ci-dessus et du sens concret de tout cela, le sens final étant : « Madame, tu te démerdes », tout le monde l’aura compris.)
Pinaise, ce sera la rentrée des classes et mes mômes auront toujours les poumons encrassés, je te le dis, avec toutes ces conneries !
Genre.
…
…
…
Tu veux savoir la fin de l’histoire ?
Ce week-end, je me tape 4 TGV et 4 métros qui puent et donc 12 heures de trajet avec la marmaille, parce que je suis une mère sacrifice (ça c’est juste pour faire bondir ma potesse La Mère Joie, que tu devrais aller faire un tour chez elle y a un de ces bronx !).
Et pour le retour, dans une semaine, à peu près la même chose.
J’ai réservé sur internet. Ca aura épargné aux gentils employés de la gare d’apprendre de manière plus ou moins fleurie ce que je pense de leur entreprise de service public formidablement organisée.
Que le dieu du train pas en retard soit avec moi, c’est tout ce que j’ai à dire.